Johanna Dray : «La beauté n’est ni unique ni universelle 

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Vous vous dites discrète. Dans cet ouvrage, vous vous livrez pourtant entièrement…

Ce ne fut pas simple, croyez-moi. En tant que mannequin, vous n’offrez que votre image extérieure, un peu comme une enveloppe. Pour cet exercice, j’ai dû plonger dans mes souvenirs, regarder le chemin parcouru, analyser. J’ai vécu cette écriture comme une thérapie. L’idée de ce livre ne vient pas de moi. Je suis une fille très humble, trop parfois. Je n’avais pas la prétention que mon histoire intéresse qui que ce soit. La chance a voulu que la directrice éditoriale des éditions Pygmalion m’entende dans une interview à la télévision. Elle m’a contactée immédiatement et m’a convaincue de me raconter.

La chance et le hasard tiennent une place importante dans votre vie…

Je suis très croyante. Je ne crois pas au hasard mais en la destinée. En des rendez-vous. Celui avec Pygmalion, qui a donné naissance à ce livre. Le tout premier également, en 1996, avec le photographe Frédéric Germond, dans le métro de Paris. Assis sur un strapontin, il ne cessait de me fixer, avant de me demander si j’étais mannequin. D’emblée, je me suis dit : « Ou ce type est un dragueur, ou c’est une blague », lui faisant remarquer, au passage, que je n’étais pas particulièrement mince ! Ça tombait plutôt bien : il cherchait le nouveau visage de la griffe Gianni Forté, pionnier de la mode grande taille en France. Il m’a laissé sa carte, m’a dit de réfléchir. C’est ainsi que tout a commencé…

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« La beauté n’est ni unique ni universelle », écrivez-vous.

Cette phrase est mon credo. Je la répète en boucle. Ça me paraît tellement évident, et pourtant ! On vit dans une société où nous sommes, en permanence, assommés par des injonctions. La minceur, par exemple, est perçue comme le gage d’une réussite absolue. Je dis non ! Ce n’est pas vrai. Pas forcément. Avec ma taille 46, j’en suis l’exemple parfait. Attention, je ne prône pas l’obésité, je défends la diversité. Je ne suis combattante de rien, je livre juste mon histoire. Je suis fière de représenter les femmes rondes.

En parlant du mannequinat, vous dites : « Le grand public est persuadé que l’on boit du champagne dans une limousine en sortant des prises de vue mais, en fait, la plupart d’entre nous ont du mal à joindre les deux bouts. »

Seule une minorité de mannequins parvient à vivre correctement de ce métier. Les marques commerciales qui commandent un shooting pour la réalisation d’un catalogue par exemple exigent de plus en plus de clichés en un minimum de temps. Vous avez souvent l’impression d’être un portemanteau. Et que dire de tout le travail de promotion, indispensable pour un mannequin, non rémunéré ? J’ai eu, pour ma part, la chance d’avoir des photos dans "Elle", "Vogue" ou "Madame Figaro"… mais lorsque vous faites des photos pour un magazine, aussi prestigieux soit-il, ce travail est totalement gratuit. Au mieux il est défrayé. Les mannequins voyagent plus souvent en métro qu’en limousine !

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui souhaite se lancer ?

Cette question m’est posée très souvent. Par de jeunes filles, mais aussi par de jeunes hommes. Ils doivent savoir que c’est un métier très dur, instable. Qu’ils ont peu de chances d’y faire fortune. S’ils le souhaitent vraiment, ils doivent tenter l’expérience en gardant à l’esprit que si ça ne fonctionne pas, ils trouveront forcément une autre voie. Le meilleur moyen d’être repéré est de s’inscrire dans une agence. Mais attention, ne déboursez rien ! Une agence qui croit en vous prendra tous les frais à sa charge.

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