Permis de conduire: tout ce qui change

Depuis 2017, les Régions sont compétentes aussi en matière de permis de conduire automobile. Et elles ne se privent pas pour marquer le coup en changeant les règles d’apprentissage. Attention, la délivrance du permis de conduire automobile lui-même reste du ressort du Fédéral et le document final, sous format carte de crédit depuis quelques années, reste identique pour tous les Belges. Mais les Régions ont désormais des règles d’examen et des systèmes de formation différents, même si elles jurent s’être concertées pour garantir une certaine cohérence et éviter une concurrence stérile.

Wallonie

En Wallonie, on a assisté fin 2017 à un rush vers les centres d’examen du permis théorique. Raison simple : depuis ce mois de janvier 2018, l’examen est devenu plus compliqué à réussir. Ce n’est qu’une petite nouveauté à retenir pour le sud du pays. Si l’examen théorique est réformé dès janvier, la formation et l’examen pratique vont, eux, aussi être modifiés, mais à partir du 1er juillet 2018. Détails.

1. L’examen théorique

De nouvelles thématiques sont ajoutées dans la formation théorique obligatoire, comme les effets de l’alcool et de la fatigue sur la conduite, la perception des risques et les bonnes pratiques en cas d’accident. Elles feront l’objet de questions lors de l’examen théorique (dont le prix reste inchangé, 15 euros). Lors de celui-ci, le principe de la faute grave est réinstauré. Deux erreurs aux questions relatives aux infractions du 3e degré (brûler un feu rouge, prendre un sens interdit…) ou du 4e degré (faire demi-tour sur l’autoroute…) entraîneront l’échec automatique à l’examen théorique. Et, comme avant, après deux examens théoriques ratés, c’est direction l’auto-école.

2. La formation pratique

Le choix entre la filière libre et l’auto-école est maintenu, mais la formation est renforcée dans les deux cas.

a) La filière libre

La filière libre (formation accessible dès 17 ans, avec un guide qui a son permis depuis au moins huit ans) démarrera par un encadrement appelé "rendez-vous pédagogique" d’une durée de trois heures (prix : environ 50 euros). Le guide et l’apprenti conducteur recevront là une formation d’introduction par une auto-école ou un instructeur breveté, ainsi que des documents pour un bon apprentissage, notamment un carnet de bord à tenir. L’apprenti y sera incité à parcourir au moins 1.500 km avant de présenter l’examen pratique. Des consignes précises seront données au guide, afin que son élève acquière "la maîtrise du véhicule et l’insertion dans la circulation" puis développe son "autonomie progressive", expliquent les services du ministre Di Antonio, responsable wallon de la sécurité routière. Autre nouveauté concernant la filière libre wallonne : la possibilité de conduire seul, sans guide, en bout de formation, pour se perfectionner et prendre de l’expérience avant de passer le pratique. Pour conduire seul, il faudra avoir au moins 18 ans et avoir réussi un test intermédiaire (un certificat d’aptitude, facturé 60 euros) dans un centre d’examen. Il s’agit ici d’une possibilité, pas d’une obligation.

b) La filière auto-école

La filière auto-école classique reste identique à celle en place aujourd’hui (accessible à 18 ans, sans guide). Mais s’ajoute une filière auto-école rapide, réservée à certains cas concrets et limités. Cette nouvelle filière accélérée comportera minimum 30 heures de cours en auto-école. Elle servira notamment lorsque des candidats se voient dans l’obligation d’obtenir le permis de conduire en un court délai, notamment pour décrocher un emploi.

3. L’examen pratique

Tous les éléments décrits plus haut sont évalués lors de l’examen pratique (facturé 36 euros). Nouveauté : un pré-test sur ordinateur ! Quelle que soit la filière choisie, un test de perception des risques (facturé 15 euros) devient obligatoire avant le passage de l’examen pratique proprement dit. Ce test, à passer dans le centre d’examen, consiste à visionner cinq vidéos où l’apprenti est virtuellement au volant d’une voiture. Il doit analyser le trafic, repérer les situations dangereuses. À un moment donné, la vidéo s’arrête et le candidat doit répondre à une question à choix multiple : a-t-il vu la moto dans le rétroviseur ?, le vélo sur sa droite ?

Les candidats devront désormais, avant l’examen pratique, réussir un test sur ordinateur, en interprétant 5 vidéos comme celle-ci.
Les candidats devront désormais, avant l’examen pratique, réussir un test sur ordinateur, en interprétant 5 vidéos comme celle-ci.

Bruxelles

Dans la capitale, pas encore de date précise d’entrée en vigueur des nouveautés. Ce sera "courant 2018", dit-on chez la secrétaire d’État à la Sécurité routière Bianca Debaets, où l’on ajoute que l’objectif est « d’avoir une formation de meilleure qualité et mieux adaptée au contexte urbain ». Spécificités bruxelloises : une formation obligatoire aux premiers secours et l’apparition de quatre choix possibles de filière pour arriver au permis de conduire (pourquoi faire simple ? Refrain connu !).

1. L’examen théorique

Comme en Wallonie et en Flandre, un poids plus important sera accordé aux infractions graves au code de la route. En fait, dès que Bruxelles aura adapté son examen, les règles du théorique vont redevenir… les mêmes dans toute la Belgique. L’examen consistera toujours en 50 questions, où le candidat devra obtenir un minimum de 41/50 pour réussir. Cinq points seront retirés en cas d’infraction grave, et un point pour une faute légère. Le candidat peut donc faire maximum neuf fautes légères ou une faute grave et quatre légères. À partir de deux infractions graves, le candidat sera en échec. Nouveauté à Bruxelles : on pourra passer son examen théorique dans quatre langues : français, néerlandais, allemand ou anglais.

2. La formation pratique

Les filières classiques libre et auto-école sont maintenues et améliorées. Mais deux autres systèmes complémentaires apparaissent.

a) La filière libre

Elle est légèrement modifiée. La période minimale d’apprentissage dans cette option après obtention du permis théorique passe de 3 à 9 mois. Le maximum, lui, est fixé à 18 mois (au lieu de 36 mois dans le système actuel). S’ajoute encore ici une formation pour les guides, pour un meilleur accompagnement des candidats. Un carnet de bord devra par ailleurs être tenu par les apprentis.

b) La filière auto-école

Elle est maintenue sans changement : 20 heures de cours pratiques combinés avec un stage de minimum 3 mois de conduite.

c) La filière mixte

Une nouveauté, mélange des formules libre et auto-école. Les candidats, à partir de 17 ans, commencent des cours pratiques en auto-école (14 heures) avec ensuite six mois minimum (maximum 18 mois) de pratique en filière libre. On instaure aussi un soutien pédagogique obligatoire des professionnels des auto-écoles vers les guides.

d) La formule auto-école rapide

Une nouvelle formule auto-école rapide est créée. Il sera possible pour un candidat, dès l’âge de 18 ans, de suivre 30 heures de cours d’auto-école lui donnant un accès direct à l’examen pratique du permis de conduire (pas de stage minimum ni de permis de conduire provisoire dans cette filière).

3. L’examen pratique

Avant cet examen proprement dit, tous les candidats bruxellois devront suivre une formation obligatoire aux premiers secours, incluant la connaissance des bons réflexes à adopter après un accident. Ils devront aussi réussir un test de perception des risques, test adapté aux conditions de circulation à Bruxelles. Cela permettra notamment d’évaluer la capacité du candidat à anticiper en temps utile la présence de piétons, cyclistes ou cyclomotoristes. L’examen pratique a donc été élargi à ces tests sur ordinateur avant l’épreuve sur la voie publique. L’objectif de celui-ci est de vérifier si le candidat est capable de reconnaître les dangers potentiels à temps et de les évaluer correctement. Ici aussi, le candidat regardera cinq séquences, filmées dans le trafic quotidien, avant de répondre à des questions d’observation.

Un exemple de vidéo est disponible ici.

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Flandre

La Flandre a ouvert le bal des modifications, avec un nouvel arsenal de dispositions mises en application tout au long de l’année 2017. On peut retenir que la période de stage dans les filières est désormais de neuf mois, que les guides de la filière libre doivent suivre une formation, que la cotation des erreurs dans l’examen théorique est déjà adaptée (le même système que celui adopté bientôt en Wallonie et à Bruxelles). L’examen pratique comporte par ailleurs six manœuvres précises (comme un demi-tour dans une rue étroite). Et deux aptitudes supplémentaires sont évaluées à l’examen pratique : la perception des risques (via les petites vidéos décrites plus haut) mais aussi la conduite indépendante. L’aptitude du candidat à rouler de façon indépendante est évaluée lors de l’épreuve sur la voie publique. Il lui est demandé d’atteindre une destination indiquée à l’avance sans les instructions de l’examinateur. Le candidat peut choisir de suivre les instructions d’un GPS ou les panneaux de signalisation. Tous les détails de la réforme flamande sont disponibles sur le site http://www.goca.be/fr/, qui devrait prochainement mettre à jour les informations concernant la Wallonie et Bruxelles.