Ces Belges qui  ont peur de prendre le volant

Jeune-femme-au-volant-peur_xx-large

L’amaxophobie, ça vous dit quelque chose ? Ce mot signifie la crainte de conduire. Même si elle est moins courante que la peur de l’avion ou des transports en commun, plusieurs milliers de Belges vivent avec cette crainte quotidienne. Une angoisse liée à un accident, ou qui survient petit à petit. Cette peur handicape grandement les personnes qui en souffrent. Bouffées de chaleur, mains moites, vertiges, les symptômes de cette phobie sont nombreux.

Éléonore (23 ans) a peur de passer son permis

Combien de Belges souffrent d’amaxophobie ? Difficile à estimer. Mais ils sont nombreux. Selon une étude de Vias (l’Institut belge pour la Sécurité routière), six jeunes sur dix sont déjà anxieux à la simple idée de passer leur permis de conduire. C’est le cas d’Éléonore, une étudiante de 23 ans vivant à Bruxelles. « J’ai pris conscience du danger que représentait le fait de conduire et j’angoisse quand je suis dans une voiture, surtout si le conducteur roule un peu trop vite ou freine brusquement. Je n’ai aucun contrôle sur ce qu’il se passe », dit-elle, avant d’expliquer l’origine de ses craintes. Un de ses amis a causé un accident mortel, renversant plusieurs personnes. Dès cet instant, l’idée même de toucher le volant d’une voiture a fait peur à Éléonore. Aujourd’hui, à quelques mois de finir ses études, elle est consciente de l’importance au niveau professionnel d’avoir le permis, et elle va devoir faire un effort : « Je pense que je vais passer le permis prochainement, mais je n’en éprouve pas du tout l’envie. Ce sera uniquement par nécessité. »

Pascale (53 ans) fait des détours

Il est prouvé que le risque d’avoir un accident diminue après 10.000 kilomètres parcourus ; c’est à partir de ce moment-là seulement que l’on peut considérer un conducteur comme "expérimenté". Mais tout cela reste subjectif, car même des personnes possédant leur permis depuis 20 ans connaissent toujours cette peur panique de conduire. Pascale, 53 ans, est dans ce cas. « Déjà, quand j’ai passé mon permis de conduire, mes proches ne me croyaient pas capables de gérer les situations sur la route, les autres conducteurs. J’ai alors beaucoup perdu confiance en moi… », raconte-elle. Au fur et à mesure des années, son assurance sur la route s’est amenuisée. Pourtant, logopède dans différentes écoles et mère de deux adolescents, il est difficile pour elle d’éviter les trajets en voiture, vers le travail ou pour conduire ses fils aux activités parascolaires. « Il m’arrive de faire des détours afin de choisir des routes que je connais mieux et qui comportent, pour moi, moins de dangers », dit-elle. Cette angoisse a sans doute provoqué, en partie, plusieurs accidents dont elle a été victime. « Je n’arrive pas à évaluer la vitesse des autres véhicules, j’ai du mal à me lancer dans la circulation et parfois je le fais trop tard, donc le véhicule qui croise ma route doit freiner à bloc ou m’emboutir… », reconnaît-elle.

TSJmobiliteFEV004-660x330

Le seul remède ? Prendre le volant

Il est possible de lutter contre cette peur panique. Ainsi, Rodolphe Koentges, pilote automobile renommé dans les années 90, propose des cours de conduite antistress. Cet expert de la conduite analyse les erreurs et corrige les imperfections des conducteurs. Il a lancé son entreprise de perfectionnement, baptisée "Go for safe driving". Pour profiter d’un cours antistress de quatre heures, il vous faudra compter 300 €. Malgré le prix, ceux-ci ont énormément de succès et nous avons eu du mal à obtenir un rendez-vous pour une interview ! Quatre heures, cela peut paraître peu mais la formation permet tout de même aux conducteurs d’enlever une bonne partie de leur stress, avec les bons conseils du formateur. La première partie du cours est théorique. Rodolphe Koentges visionne avec ses coachés des situations stressantes (franchissement d’un carrefour, dépassement d’un camion, etc.) et analyse leurs réflexes, qu’il corrige. Généralement, suite à un mauvais apprentissage, le réflexe est lui aussi mauvais… « Et ils s’étonnent pourtant que d’autres conducteurs klaxonnent… », explique le formateur. Après ce chapitre théorique, Rodolphe Koentges emmène les conducteurs en ville et les teste en situation réelle, avec leur propre voiture. Cela commence avec quelques exercices à faible vitesse, en ville. À ce moment-là déjà, il peut pointer les défauts. « Ces défauts-là, dès que la vitesse va augmenter, vont être multipliés. Et le stress va prendre le dessus », dit-il. Pour la plupart, les élèves se débrouillent bien à faible vitesse, mais dès qu’ils doivent s’engager sur une bretelle d’autoroute, par exemple, c’est la panique. « Leur niveau technique, souvent, n’est pas assez performant », dit-il. Des conducteurs ne parviennent pas à passer correctement les vitesses, par exemple. Et ce problème n’a pas été détecté lors de l’examen pratique. Il faut reprendre l’apprentissage. Au fil du parcours pratique dans le trafic journalier, en situation réelle de conduite, Rodolphe Koentges détecte les problèmes et donne des consignes.

Connaître sa voiture

De manière plus générale, le formateur relève aussi que la plupart de ses élèves ne connaissent absolument rien au fonctionnement de leur voiture. Or, dit-il, connaître le véhicule avec lequel on roule, savoir comment le maîtriser, aide fortement à soigner l’amaxophobie. « La première chose que je fais avant d’entrer dans la voiture avec la personne, c’est lui expliquer ce qu’est une voiture. Les gens prennent leur auto sans trop savoir. Cela prend exactement 5 minutes pour l’expliquer. Normalement, une auto-école devrait le faire. » Pour Rodolphe Koentges, une certitude : l’enseignement pratique du permis devrait être rénové. Il conclut par cette phrase un peu inquiétante : « On me dit souvent : "J’ai plus appris avec vous en deux heures qu’en 20 heures d’auto-école…" »

Rodolphe Koentges, ancien pilote de course, propose des cours de conduite aux personnes qui paniquent quand elles prennent le volant.
Rodolphe Koentges, ancien pilote de course, propose des cours de conduite aux personnes qui paniquent quand elles prennent le volant.

Trois conseils du formateur Rodolphe Koentges

1. Bien connaître son code de la route mais aussi sa voiture. Ne pas hésiter à relire son code et à refaire des tests régulièrement. Vous pouvez également demander quelques explications à votre garagiste pour apprendre à mieux connaître le fonctionnement de votre voiture.

2. Avoir une bonne position de conduite. Les deux mains sur le volant en position 180 degrés et un siège bien ajusté (le conducteur doit pouvoir toucher du poignet le haut de son volant et avoir le genou droit plié quand le pied est posé sur le frein).

3. Avoir une bonne technique du regard. Il faut regarder le plus loin possible, pas la voiture devant vous mais la troisième ou quatrième voiture devant. La voiture qui vous précède va devoir ralentir selon ce qui se passe devant elle. Et si la personne qui conduit cette voiture n’est pas attentive, elle va freiner trop tard et vous aussi. Ayez aussi un regard circulaire et anticipez. Quand vous voulez tourner à droite, votre regard doit déjà être à droite avant de tourner.