Les incroyables pouvoirs de nos animaux de compagnie

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Cette scène émouvante, peut-être l’avez-vous vue sur le Net. Des milliers de voyageurs se pressent à l’aéroport de Seattle. Parmi eux figurent Madison Palm et son chien Cora, une femelle corgi que la jeune femme a adoptée, la soustrayant ainsi à des années de maltraitance. Depuis, Cora est devenue une chienne de thérapie car elle possède cette incroyable faculté de ressentir la tristesse ou l’anxiété des humains. Ce jour-là, à l’aéroport, échappant un instant à la vigilance de sa maîtresse, Cora repère parmi tous les gens un voyageur assis dans la salle des pas perdus, qui attendait son vol. Elle trottine vers lui et s’assied à ses pieds. L’homme la caresse et ce faisant, commence à avoir les larmes aux yeux. Son chien était mort la veille. Cette histoire est révélatrice. Les hommes ont bien des choses à apprendre des animaux. Des choses qui ressembleraient en fait à… de l’humanité. Car nos amies les bêtes, en particulier le chien, le chat, le cheval et le dauphin, ont en commun la capacité de percevoir nos humeurs, nos blessures, nos angoisses, notre tristesse ou notre joie, parfois même nos maladies ! Et là où un autre humain y serait peut-être indifférent, parfois simplement parce qu’il ne remarquerait rien, l’animal, lui, aura instinctivement une attitude que l’on aurait envie de comparer à de la compassion.

Cora, le corgi de Madison, s’est dirigé instinctivement vers cet homme seul qui semblait triste.
Cora, le corgi de Madison, s’est dirigé instinctivement vers cet homme seul qui semblait triste.

C’est ce que nous a expliqué le Dr Gérard Lippert, vétérinaire acupuncteur et homéopathe animalier, passionné d’éthologie : « Les vaches, par exemple, sont des êtres sensibles et intelligents, qui répondent à leur nom quand on les appelle, comme le faisaient autrefois les fermiers, et qui organisent leurs groupes selon une certaine forme de hiérarchie. Mais chaque animal fait preuve d’une intelligence à la fois individuelle et collective. C’est quelque chose que, nous les humains, perdons de plus en plus : notre société ne pense plus de manière collective. Alors, si les animaux peuvent nous apprendre quelque chose, c’est bien ce lien permanent à la vie et au partage. » Rien d’étonnant donc si, aux États-Unis, des "chiens de thérapie" dressés, comme Cora, pour réconforter les gens dans la peine commencent à apparaître un peu partout, notamment dans des salons funéraires où leur présence permet aux personnes endeuillées de relâcher quelque peu la pression.

Les thérapeutes obtiennent d’excellents résultats en mettant en contact un chien et des personnes âgées ou en souffrance.
Les thérapeutes obtiennent d’excellents résultats en mettant en contact un chien et des personnes âgées ou en souffrance.

« Les chiens et les chats vivent dans l’instant présent, poursuit le Dr Lippert. Ils font ce qui leur semble bien pour eux au moment même, sans se poser de questions. Par ailleurs, ils compensent, par une présence vivante, le manque de relations stables et équilibrées que connaissent les humains. Pour certaines personnes, le chien ou le chat représente la dernière relation sociale qui leur reste. Le chat a cependant ceci de particulier qu’il est à la fois absent et présent : il fait exactement ce qu’il veut. C’est lui qui décide. Tandis que le chien est en demande permanente d’interaction avec son maître. Il absorbe donc plus facilement les excès de tensions, de stress, d’émotions de la famille. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir un chien qui souffre de troubles respiratoires ou cutanés qui sont en fait l’expression d’un trouble interne, des sentiments exacerbés qu’il a ressentis. Quand la queue du chien balance ou que le chat ronronne, c’est signe qu’ils évacuent un excès de tensions et, paradoxalement, ce ronronnement fait beaucoup de bien à l’humain à qui il apporte une sensation d’apaisement. »

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L’élan de la mer

Parmi les autres espèces qui font du bien aux humains, les dauphins occupent une place particulière : ce sont les seuls animaux sauvages qui viennent spontanément vers l’homme. On utilise d’ailleurs le terme "dauphin ambassadeur" en parlant de celui qui s’extrait du groupe pour aller à la rencontre de l’humain. Ces animaux qui communiquent par écholocation développent d’étonnants rapports avec les enfants et les personnes autistes. Des études ont d’ailleurs démontré une ressemblance entre le chant grégorien, le ronronnement du chat et l’écholocation. Celle-ci permet au dauphin de repérer où il se trouve, mais elle agit aussi comme une sorte de scanner qui lui permet de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de l’humain. Et ces vibrations ultrasoniques résonnent en nous. « Ce phénomène de résonance travaille dans tout notre système osseux, jusqu’à la moelle de nos os. Ce sont des sons thérapeutiques qui peuvent avoir un effet positif sur notre immunité », nous explique le Dr Lippert.

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« Cette résonance rebondit en quelque sorte, via les os, jusqu’à la boîte crânienne où l’on observe alors une amélioration de la connexion neuronale. » Dans son ouvrage "Ces animaux qui nous guérissent", le Dr Philippe de Wailly, ex-président de l’Académie vétérinaire de France, raconte la première expérience qu’a conduite en Floride, en 1988, le neuropsychiatre Daniel Nathanson qui voulut analyser les bienfaits thérapeutiques du jeu avec un dauphin sur les enfants en difficulté. Son petit patient, Daniel, souffrait d’un retard mental important et n’avait jamais parlé. Mais ce jour-là, dans le Centre de recherche sur les dauphins de Marathon Key, il a prononcé son premier mot. Ce fut "yellow" : la couleur de l’anneau qu’il lançait au dauphin. « Daniel s’était ouvert au monde parlé, sans doute parce que, dans l’eau, en compagnie du dauphin, il avait ressenti une excitation particulière, créant le début d’une "confiance en soi" qui était inexistante », décrypte Philippe de Wailly qui cite d’autres cas d’enfants atteints d’autisme ou encore de petits trisomiques, que les dauphins ont aidés en matière de communications mais aussi d’éveil, d’attention et de concentration. Le vétérinaire émet toutefois des réserves : n’exagérons pas le pouvoir thérapeutique des dauphins. N’empêche… le cas de cette jeune femme atteinte de troubles neurologiques, sourde et muette suite à une chute, qui a récupéré la parole et 30 % de son audition après avoir nagé, des heures durant, en compagnie d’un dauphin, est interpellant.

Le dauphin qui communique par écholocation développe notamment d’excellents rapports avec les enfants et les personnes autistes.
Le dauphin qui communique par écholocation développe notamment d’excellents rapports avec les enfants et les personnes autistes.

Le chien, infatigable généraliste

Par le sentiment de sérénité qu’ils procurent aux humains, les animaux de compagnie sont connus pour constituer d’excellents atouts thérapeutiques, tant pour la santé mentale que physique. Ils permettent aux personnes dépressives, stressées, anxieuses, hypertendues ou qui souffrent de troubles de l’humeur ou de la mémoire de retrouver le goût de la vie, du plaisir et du contact avec les autres. Dans une interview qu’il nous avait accordée l’année passée, le Dr Francesco Bernardini, psychiatre à l’Hôpital Erasme, confiait qu’à ses patients dépressifs en période de rémission, il proposait d’adopter un chien. « Ceux qui en ont déjà un ne manquent jamais de me dire combien la présence de leur protégé leur fait du bien », avait-il ajouté. Certains directeurs de maisons de repos et de soins, et parfois même d’hôpitaux, l’ont bien compris, qui permettent à des asbl spécialisées d’introduire un chien, un chat ou même un... cheval dans les murs de leur établissement.

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« La présence animale est rassurante et permet un retour à la nature, remarque le Dr  Lippert. C’est l’idéal pour des personnes isolées ou hospitalisées, car les animaux font revenir les souvenirs à la surface, ils font travailler la mémoire des gens. » Une équipe de chercheurs américains de Rhode Island qui travaillait sur la maladie d’Alzheimer a d’ailleurs pu démontrer les bienfaits qu’apportaient les animaux de compagnie – surtout les chiens – aux patients atteints de cette maladie neurologique, en particulier lors de leurs crises de démence ou quand leur état se dégradait. Cité par Philippe de Wailly, l’Américain Bill Connely a créé une fondation destinée à dresser des chiens à l’assistance aux personnes atteintes d’Alzheimer. Car selon lui, aucun humain ne pourrait consacrer 24 h/24 à aider un parent atteint d’Alzheimer sans perdre son calme et sa patience. Aucun... sauf le chien. Et c’est encore lui qui, dressé pour cela, est capable de déceler de manière précoce, dans l’urine, sur la peau ou d’après l’haleine, la présence d’une tumeur cancéreuse ou de pressentir l’imminence d’un coma diabétique.

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Un chat pour faire baisser la tension

Caresser un chien ou un chat, écouter ronronner le petit félin, le garder près de soi… sont autant de promesses d’apaisement. Mais pas seulement. Des études ont prouvé que la tension artérielle diminuait, de même que le risque de faire une crise cardiaque ou d’angoisse ou encore d’être victime de dépression. Une étude australienne a même démontré que les propriétaires d’animaux domestiques présentaient 2 % de taux de cholestérol en moins que les autres, 4 % de risque cardiaque en moins, ainsi qu’un taux de lipides (graisse) plus faible également. Des chiffres faciles à expliquer : s’occuper de l’animal, le nourrir, l’emmener en promenade, jouer avec lui… sont autant d’éléments qui permettent à leurs maîtres de rester actifs et d’ainsi préserver leur santé cardiovasculaire. Dans son livre à propos des animaux qui guérissent, le Dr de Wailly rapporte cette anecdote qui lui a été racontée par un directeur de maison de retraite où les chats font désormais partie du décor : « On a vu des personnes du quatrième âge, multi-handicapées, les mains paralysées depuis des années, remuer de nouveau les doigts pour caresser un chat. » Et que dire de cette Anglaise qui vivait seule avec ses cinq chats et était tombée malade. Devant garder la chambre pendant plusieurs mois, elle a réalisé qu’à tour de rôle, un de ses chats venait s’installer à ses côtés pendant que les autres allaient se promener. Jamais elle n’est restée seule dans son lit. Ensuite, elle a guéri. « En fait, tous les animaux ont un ressenti affectif et émotionnel, conclut le Dr Lippert. Certains chiens et chats ne viendront jamais sur vos genoux, d’autres oui. Mais ce n’est pas une question de race, c’est propre à chacun d’eux. »

Le chat et son ronronnement permettent d’apaiser et même de faire baisser la tension.
Le chat et son ronronnement permettent d’apaiser et même de faire baisser la tension.

Le cheval, un véritable thérapeute

« Le cheval est un être d’une très grande sensibilité, nous dit le Dr Gérard Lippert. On l’utilise de ce fait volontiers pour des thérapies comportementales. Il permet également d’effectuer un travail ostéopathique à l’humain qui doit tenir en équilibre sur son dos. Et surtout, grâce à son organe voméronasal, il a un ressenti profond de la personne qui se trouve face à lui : quand ses narines se dilatent et que ses lèvres se retroussent, le cheval est en réalité occupé à ouvrir cet organe de détection subtil afin de mieux sentir la personne qui se trouve face à lui. » D’après le Dr Pierre-Marie Bougard, cité par l’auteur de "Ces animaux qui nous guérissent", le pourcentage d’amélioration de la qualité de vie après des séances d’équitation atteindrait les 34,44 %, surtout pour les cavaliers présentant une atteinte du système nerveux central. On range ces thérapies équestres en deux catégories : l’hippothérapie, particulièrement recommandée aux infirmes moteurs cérébraux, où le patient, accompagné d’un psychothérapeute, passif sur le cheval, se laisse simplement bercer par sa monture. Cela favorise la relaxation et améliore notamment le contrôle de la tête et des réflexes musculaires. Et l’équithérapie, une méthode dynamique qui consiste à accomplir des exercices sur le cheval, recommandée notamment aux personnes handicapées physiques à qui cette thérapie procure par ailleurs un merveilleux sentiment de liberté.

Peyo, le cheval de Hassen, se rend régulièrement dans le service de gériatrie de cet hôpital.
Peyo, le cheval de Hassen, se rend régulièrement dans le service de gériatrie de cet hôpital.

Peyo à l’hosto

Certains médecins se sont rendu compte du merveilleux pouvoir thérapeutique qu’offrent les équidés. Le reportage qu’"Equideo" publie sur le Net est édifiant à cet égard. Au centre hospitalier "Les Vergers de la Chartreuse", à Dijon, la direction a décidé de tenter une incroyable expérience : inviter dans l’hôpital, chaque semaine, Hassen Bouchakour et son cheval Peyo, entraîné à passer de service en service. Pour cela, le cheval suit un protocole sanitaire très strict : il est bichonné, recouvert, son crin tressé et il est mis en quarantaine deux jours avant de se rendre à l’hôpital. Hassen lui a appris à monter un escalier, à prendre l’ascenseur, à marcher sur un sol glissant et même… à faire ses besoins sur commande, à l’extérieur. Mais il reconnaît que ce qu’il n’a pas dû lui apprendre, c’est « ce don inné que possède Peyo pour viser le point de fragilité chez les gens ». Il suffit de voir le cheval s’approcher d’une vieille dame et commencer à lui lécher la jambe, exactement là où elle a mal, pour le croire sur parole. En gériatrie, une patiente alitée le caresse, les larmes aux yeux. Plus loin, un octogénaire ravi promène Peyo dans le couloir, en le tenant par la longe. Quand ils ont vu Peyo arriver pour la première fois dans leur service, la plupart des résidents l’ont regardé comme si c’était tout à fait normal. « Tiens, un cheval ! Bonjour… », se souvient Muriel. Les personnes mises en contact avec Peyo souffrent de différentes pathologies, notamment de troubles de la mémoire… « Avec ces patients-là, nous obtenons des résultats extraordinaires, que nous ne pourrions pas obtenir en temps normal, confie Sandrine, une aide-soignante. Le cheval permet d’ouvrir certains tiroirs car même chez les personnes censées ne plus avoir de mémoire, il reste toujours une petite étincelle enfouie dans un tiroir… » Et Peyo les aide à la retrouver.

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