Stress : s’en servir pour mieux rebondir

Dans la savane, l’antilope, qui vient de repérer la présence menaçante d’un lion, démarre au quart de tour et s’élance dans un galop effréné, le félin à ses trousses. Le stress de l’antilope affolée est à son comble et se communique au reste du troupeau qui s’enfuit de tous côtés. Ce n’est que lorsque l’antilope astucieuse parvient à lui échapper que le calme revient instantanément dans la savane. Comme s’il ne s’était rien passé. « Nous fonctionnons de la même façon », nous explique Patrick Collignon, coach, conférencier et auteur de "Merci mon stress !". « Notre cerveau a cette même capacité de réagir quand quelque chose arrive. Le stress est instinctif, il existe depuis toujours, il nous permet, comme on le voit dans l’exemple de l’antilope, d’être plus rapide et plus fort. Il assure ainsi notre survie… sauf que lorsque celle-ci n’est pas en danger – ce qui est le plus souvent le cas aujourd’hui – le stress est alors rarement productif. Bien sûr, s’il s’agit de piquer un sprint pour attraper son train et qu’on y parvient, c’est pareil : la petite poussée d’adrénaline a fait son effet et le stress retombe immédiatement. »

Le stress a aussi un côté sociétal. Au Moyen Âge, chaque fois que le seigneur passait dans le jardin, on risquait d’en mourir… Le problème, c’est qu’au fil du temps, l’homme s’est inventé une multitude de raisons de stresser… et n’en a donc jamais vraiment terminé avec les sensations désagréables qui lui sont associées, sans compter les conséquences sur la santé qui peuvent découler d’un stress chronique (voir encadré). Dans son livre, Patrick Collignon présente les quatre principales sources de stress, mises en évidence par des experts français qui les ont regroupées sous un acronyme facile à retenir : CINE. "C" pour contrôle, la crainte que la situation échappe à notre contrôle ; "I" pour imprévisibilité, celle de ne pas pouvoir prévoir la suite des événements ; "N" pour nouveauté, la peur d’être confronté à une situation nouvelle ; et "E" pour ego menacé, la crainte de se sentir mis à l’épreuve et de se demander si l’on sera capable d’assurer. Le stress peut bien entendu trouver son origine dans plusieurs sources à la fois.

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Se remettre en question

« Le plus difficile est de considérer le stress comme un ami, comme un signal d’alarme (au même titre que la douleur), et de ne pas se dire qu’après tout, c’est le "mal du siècle". Il n’est ni un mal ni du siècle ! En fait, le stress nous met devant un choix : soit j’entends sa voix et je laisse venir, soit j’anticipe, je ne me laisse pas envahir et j’adopte une stratégie. Cela demande du recul, d’accepter de réagir différemment que d’habitude. » Face au stress, nous pouvons adopter différents comportements : accepter les choses qui surviennent, nuancer ce qui arrive, modifier nos habitudes ou nos opinions. Attention : accepter les choses ne veut pas dire se résigner ! Pour le coach, qui part de l’exemple de parents dont l’enfant ne prend pas le chemin dont ils rêvaient pour lui, cela signifie simplement pouvoir se dire : « Que puis-je faire pour que cela aille malgré tout, en tenant compte du fait que je ne pourrai visiblement pas changer les choses ? » Cela entraîne évidemment une remise en question de nos habitudes et de notre fonctionnement.

En situation de stress, nous analysons plus ou moins consciemment l’événement : l’enjeu qui se présente, mais aussi notre capacité à pouvoir y répondre. C’est ainsi que nous pouvons modifier notre perception de la situation, par exemple en réduisant le défi qu’elle représente. Patrick Collignon donne l’exemple du joueur de tennis au moment où il sert la balle de match : « En se disant que s’il ne gagne pas le point, il n’aura pas de seconde chance, il augmente artificiellement l’enjeu du point. Il risque ainsi d’être plus stressé que s’il jouait comme si cette balle n’avait pas plus d’importance qu’une autre. » Plus on dispose de tels moyens pour répondre au stress, plus on réduira celui-ci. On y gagne par la même occasion au niveau du contrôle de la situation. Mais dans certains cas, quand la personne sent qu’elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour s’adapter et que son bien-être est en danger, on parle de "stress dépassé". Dans ce cas, elle ne parvient ni à réfléchir ni à analyser la situation. Son comportement est inefficace et ce faisant, elle laisse le champ libre au stress.

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Faire face

Pour survivre au stress, nous disposons en réalité, comme les animaux dans la nature, de trois outils interchangeables : l’inhibition, la fuite ou la lutte. « Le stress est toujours là mais il tente de changer de stratégie face à l’obstacle », explique le coach. Le trac de l’orateur (fuite) peut ainsi se transformer en agressivité (lutte) quand il se met à parler, ou en découragement (inhibition) s’il est déstabilisé par une question de son auditoire. « Les méthodes pour venir à bout du stress sont multiples et chacun doit pouvoir trouver celle qui lui convient le mieux, conseille Patrick Collignon. Pour apprendre à garder son sang-froid, les thérapies comportementales, le taï-chi, les exercices de respiration et la méditation en pleine conscience ont fait leurs preuves chez certaines personnes. Mais nous réagissons selon le triptyque mental/émotionnel/action.

Certains se réfugieront ainsi dans le mental (le monde des idées) pour échapper à leurs émotions, tandis que d’autres préféreront se lancer dans une activité. Qu’il s’agisse de sport, de musique, d’une activité créative, de bricolage ou de jardinage, cela permet de se faire du bien en étant absorbé par ce que l’on fait. Pour être efficace, une activité anti-stress doit à la fois nous mettre en action et demander de la concentration. On évite ainsi de penser à autre chose. C’est encore mieux si elle nous sort de nos habitudes et que l’on aille, pour se déstresser, vers des choses que l’on ne connaît pas. A contrario, regarder la télévision ou boire un verre tout seul ne nous permet pas de libérer nos énergies. »

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Le stress chronique

À la longue, les situations stressantes chroniques épuisent notre organisme et ont des conséquences néfastes sur notre santé, tant mentale que physique. Au boulot, le stress croît lorsque, jour après jour, la personne a l’impression que ce que l’on attend d’elle excède ses capacités. En quelques semaines, elle peut présenter des symptômes aussi divers que des troubles digestifs (estomac noué, acidité, brûlures), intestinaux (diarrhées, colites, constipation), musculaires (tensions et douleurs dans le dos, la nuque, les membres), cardiaques (tachycardie, arythmie, angine de poitrine), respiratoires (essoufflement, toux, asthme…) ou neurologiques (maux de tête, migraines…). La consommation de café, d’alcool, de tabac, de somnifères, d’anxiolytiques ou de drogues, de même que le repli sur soi, l’agressivité et la diminution des activités sociales qui en découlent n’arrangeront pas l’affaire, bien au contraire. « À long terme, ces situations de stress prolongé peuvent notamment déboucher sur un burn-out », précise l’auteur de “Merci mon stress !”. Les études sur le sujet (souvent contradictoires) foisonnent. Le stress chronique serait aussi à l’origine de certaines défaillances du système immunitaire, de problèmes cutanés, d’insomnies, d’aménorrhée et même de vieillissement ! Il augmente également le risque d’obésité, de maladie cardiovasculaire et de dépression. La Ligue contre le cancer (France) précise toutefois que « dans l’ensemble, les études ne trouvent pas de corrélation significative entre stress et cancer ».

“Merci mon stress !”, Patrick Collignon, éd. Eyrolles, coll. “Moi puissance moi”, 196 p., 18 euros.
“Merci mon stress !”, Patrick Collignon, éd. Eyrolles, coll. “Moi puissance moi”, 196 p., 18 euros.