«WaW» pour les hommes qui se féminisent!

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Des mâles imposants, pectos musclés, abdos dessinés, transpirant la sueur et la testostérone investissent la scène du Varia. Ils sont d’abord joueurs de foot célébrant leurs exploits sportifs avant d’abandonner progressivement leurs maillots et laissent émerger leur féminité. Leurs sexes une fois cachés, les gestes virils abandonnés, les cheveux lâchés, ces mâles deviennent féminins, déconcertant les spectateurs. Les uns rient – riront même souvent tant le spectacle est ludique –, les autres sourient, les derniers s’interrogent, questionnent, réfléchissent. Ces onze danseurs sont-ils désormais hommes ou femmes ? Première surprise de « WaW, We are Woman » le nouveau spectacle de Thierry Smits qui en réserve bien d’autres. Pendant 1 heure 15, sur des rythmes intenses, les danseurs de la troupe Thor vont se féminiser pour raconter les vies du sexe dit faible, les postures sophistiquées apprises, les sourires obligatoires, les soins esthétiques inéluctables, les harcèlements subis, les pleurs consécutifs, les accouchements difficiles, les avortements faits avec des cintres, les contestations par des concerts de casseroles, les tâches domestiques, les revendications de la militante Angela Davis. Mais aussi pénibles que soient leurs sorts évoqués ici par autant de tableaux dansés, les femmes se libèrent et participent à de frénétiques orgies. Les femmes – à moins que ce ne soient des hommes – deviennent des sorcières aux allures de Femen, des êtres libres, puissants et désirants ! Et si le féminin permettait l’émancipation du masculin ?

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WaW interroge le masculin et la part de féminin qu’il a en lui. Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ?

« Les hommes d’aujourd’hui ont beaucoup changé. Les figures incarnant la virilité d’autrefois ont tendance à disparaître. Je travaille avec des jeunes danseurs et je vois combien ils ont intégré l’égalité des genres. Les hommes revendiquent aussi le droit de montrer leur côté féminin et de vivre leur sensibilité. Maintenant nous sommes tous des personnalités différentes ; vous avez des hommes plus féministes que certaines femmes et des femmes qui se sentent à l’aise dans le système patriarcal. »

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Les hommes se féminisent en adoptant les gestes et les attitudes des femmes. Vous rejoignez en cela Simone de Beauvoir qui disait « on ne naît pas femme, on le devient ».

« Certains pourront voir dans ces gestes de femmes mimés par les hommes, un simple jeu avec les stéréotypes mais au-delà de la théaâlitré du geste – WaW a un côté ludique de comédie musicale – je crois que les attitudes comme les artifices du maquillage sont des moyens qui construisent le genre. Ces hommes qui se féminisent nous montrent que ce qui rassemble les hommes et les femmes, au-delà des genres, est leur humanité. »

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L’affaire Weinstein et les campagnes de dénonciation du harcèlement sont évoquées dans WaW. Qu’en pensez-vous ?

À un moment, les danseurs portent des masques de cochon et font ainsi un clin d’œil aux hashtags balance ton porc. Le harcèlement des femmes comme celui des homosexuels et des trans relève d’une attitude de cochon. Il est impardonnable, sans excuse. Maintenant cette campagne ne doit pas aboutir à de la vengeance. Ce sentiment n’est pas constructif.

Les suites de l’affaire Harry Weinstein ont tendu les rapports entre les hommes et les femmes. Sommes-nous dans une guerre des sexes ?

« Nous sommes au bord d’une polarisation entre les sexes construite en grande partie par les réseaux sociaux. Mais les intégristes qu’ils soient religieux, féministes, masculinistes sont tous dangereux. »

Propos recueillis par Joëlle Smets.

WaW - We are Woman Compagnie Thor de Thierry Smits Jusqu’au 16 juin au Théâtre Varia, 78 rue du Sceptre à 1050 Bruxelles ; Tél. 02.640.35.50. www.varia.be