La rougeole de retour!

La rougeole de retour!

Virale et extrêmement contagieuse, la rougeole peut avoir des conséquences très graves, voire entraîner la mort. Pourtant, un vaccin (administré en deux doses) existe. Mais pour qu’il soit totalement efficace, il faudrait que le taux de vaccination de la population mondiale atteigne au moins 95 %. Ce qui n’est pas le cas dans certains pays. En Belgique, où la couverture dépasse légèrement ce taux, des cas sont cependant réapparus ces derniers mois. Lors d’une conférence de presse, la directrice Europe de l’OMS, Zsuzsanna Jakab, confirmait pourtant cette nécessité : « Alors que l’on progressait de manière soutenue vers une élimination ces deux dernières années, il est particulièrement préoccupant de voir les cas de rougeole se multiplier en Europe. Les autorités nationales devraient mettre tout en œuvre pour atteindre au moins 95 % de couverture par deux doses de vaccin antirougeole. » Le déficit en couverture de vaccination s’expliquerait par le coût du vaccin (pour les familles les plus pauvres dans le monde) et, en Europe, par le scepticisme de ceux qu’on appelle les "anti-vaxxers", qui estiment que le vaccin antirougeole peut conduire à l’autisme et refusent donc de faire vacciner leurs enfants. Une théorie pour le moins controversée dont nous vous avons récemment exposé les arguments. Concrètement, comment explique-t-on l’augmentation du nombre de cas en Belgique depuis décembre ? « Une personne, contaminée en Roumanie, est rentrée en Belgique où elle a à son tour contaminé des membres de son entourage, nous explique le Dr Carole Schirvel, infectiologue, coordinatrice de la Cellule de surveillance des maladies infectieuses. (AViQ). Comme il s’agit d’une maladie extrêmement contagieuse, ces personnes ayant fréquenté des salles d’attente, des cas secondaires sont apparus. »

La guerre des boutons

Les premiers symptômes de la rougeole peuvent être : de la fièvre, un rhume, de la conjonctivite, de la toux et finalement une éruption de taches rouges qui se propagent sur tout le corps, de la tête aux pieds. En cas de suspicion, il est conseillé de prendre immédiatement contact avec son médecin et d’éviter la salle d’attente. Après avoir été mis en présence d’une personne contaminée, si l’on n’est pas immunisé, on a 72 heures pour se faire vacciner. Une personne qui a déjà eu la rougeole ne l’aura cependant pas une seconde fois. Le patient atteint est contagieux 5 jours avant l’éruption des boutons, jusqu’à 5 jours après. La contagiosité est alors maximale pour tous ceux qui l’auront côtoyé fréquemment et de façon étroite, à une distance d’environ 1 mètre pendant plus de 4 heures. Du coup, ses proches deviennent à leur tour des vecteurs de contamination… Certaines personnes risquent de développer des formes graves de la maladie : principalement les enfants de moins de 1 an et les adultes de plus de 20 ans, les femmes enceintes et les patients immunodéprimés. « La rougeole étant de nature virale, il n’y a pas lieu de prendre des antibiotiques, explique l’infectiologue. Sauf si une surinfection bactérienne est mise en évidence par le médecin. Si l’état du patient se dégrade, par exemple au niveau respiratoire ou neurologique, que le malade ne boit plus et nécessite d’être réhydraté, le médecin peut décider de l’hospitaliser. » Risque-t-on de garder des séquelles, de type cicatrices, sur la peau ? « Non, nous répond le Dr Schirvel, ce n’est pas comme la varicelle. Dans le cas de la rougeole, l’éruption est maculo-papuleuse, il n’y a pas de vésicule, donc pas de séquelles. La peau désquame après l’éruption mais il suffit de bien l’hydrater. » Les complications liées à la rougeole peuvent être des méningo-encéphalites, le risque pour la femme enceinte d’accoucher prématurément, des diarrhées sévères, des pneumonies et même un risque de lésions oculaires voire de cécité. Il est pour cela conseillé de laisser le patient dans la pénombre et de lui administrer de la vitamine A dès le diagnostic. Outre le repos, le traitement consiste donc principalement à bien hydrater la personne et à l’inviter à se passer du talc sur le corps afin d’atténuer les démangeaisons.

L’épidémie se calme

En janvier dernier, l’OMS recensait déjà plus de 500 cas, disséminés principalement dans sept pays : la France, l’Ukraine, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie. La moitié des cas (283) se sont déclarés en Italie et la Roumanie a recensé (depuis janvier 2016) 17 morts : il s’agit des deux pays européens qui ont été le plus touchés. Des chiffres à ne pas prendre à la légère : en 2015, la rougeole a causé la mort de 134.000 personnes dans le monde, principalement des enfants de moins de 5 ans. Quand l’épidémie s’est étendue en Europe, la Belgique n’y a pas échappé. En Wallonie, le premier cas s’est déclaré à la mi-décembre 2016, jusqu’à atteindre, début mars, un pic de 40 cas. Au 8 mai dernier, l’AViQ (Agence pour une Vie de Qualité) a recensé un total de 293 cas en Wallonie. Parmi ceux-ci, 115 personnes ont dû être hospitalisées, mais heureusement aucun décès n’a été déploré. Depuis lors, l’épidémie diminue petit à petit, mais la vigilance reste de mise.

“J’ai eu la rougeole à 29 ans, un cauchemar !”

Valentine a aujourd’hui 33 ans mais elle n’oubliera jamais la rougeole qu’elle a contractée il y a quatre ans. « Cela a commencé par un énorme ganglion à la gorge, d’un seul côté, suivi d’une poussée de fièvre. J’ai consulté un ORL qui n’a pas compris ce que c’était et m’a conseillé de consulter à nouveau si mon état général continuait à se dégrader. Durant la nuit, ma température a monté jusqu’à 40ºC. J’ai fait un malaise. Comme je ne répondais pas au téléphone, ma mère est arrivée et, mue par la force du désespoir, a réussi à me porter jusqu’à sa voiture et à m’emmener à l’hôpital. Là, ils ont appelé un professeur en virologie qui a immédiatement diagnostiqué la rougeole. On m’a alors isolée et placée aux soins intensifs, sous baxter. J’avais des hallucinations et des trous de mémoire. Le deuxième jour, les boutons sont apparus. J’en avais partout, même sous les bras, c’était horrible, je n’étais plus qu’un bouton ! Je me souviens qu’on m’hydratait avec un petit brumisateur d’eau minérale et qu’on calmait les démangeaisons avec du talc. J’ai vu défiler une foule de jeunes médecins à mon chevet, appelés par le virologue plus âgé, car ils n’avaient encore jamais vu de cas de rougeole. Ils avaient peur car, quelques jours avant moi, un interne qui avait contracté la rougeole a failli mourir d’une encéphalite. J’ai appris par la suite que j’avais été vaccinée, mais une seule fois. Je n’avais pas eu le rappel du vaccin. Cette expérience m’a encouragée à faire vacciner mes enfants. »

Le saviez-vous ?

Au Kenya, quand leur enfant en bas âge a la rougeole, les femmes lui soufflent de la… marijuana sur le visage et les oreilles.

 
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