Sur les traces de la première colonie belge en Guinée

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Contrairement à ce que l’on pense, le roi Léopold Ier a eu bien plus d’ambitions coloniales que son fils, Léopold II. Il a même eu une cinquantaine d’opportunités d’acquérir des territoires aux quatre coins du globe. Il aurait pu régner, s’il l’avait voulu, sur la Crète, une partie de l’Ethiopie, l’île de Cozumel, les îles Féroë, le sultanat de Sarawak, l’île de la Tortue, Saint-Barthélémy, les Nouvelles-Hébrides et même le Texas. Mais les deux expériences qu’il mena, au Guatémala et dans l’actuelle Guinée, a plutôt refroidi son enthousiasme et, surtout, celui de ses ministres.

L’aventure guinéenne avait pourtant bien commencé. Dignes successeurs de la Compagnie d’Ostende qui, au XVII et XVIIIèmes siècles, régnait sur la côte ouest africaine, quelques armateurs belges s’étaient établis sur celle-ci, y développant, non plus le trafic d’esclaves comme d’antan, mais le commerce du poivre et, surtout, de l’huile d’arachide particulièrement utilisée dans une Europe ne cessant de s’industrialiser. On y trouve les Gantois Jean-Louis De Coster, Pierre Vincent et les frères De Cock, le Bruxellois Jacques Sigrist, l’Anversois Henri Serigiers. Tous aspiraient à cadenasser leur négoce. C’est-à-dire, à l’époque, l’organiser sous la forme d’une colonie mono-politique. Des démarches furent ainsi faites, à l’initiative d’Abraham Cohen, auprès du gouvernement belge afin qu’il entame une telle procédure. Fin 1847, une mission d’études était ainsi confiée au lieutenant de vaisseau Joseph Van Haverbeke, aux commandes du « Louise-Marie », beau bâtiment de 200 tonneaux, armé de dix canons.

Comme l’explique Patrick Maselis, le hasard voulut qu’au moment de sa visite dans l’embouchure du Rio Nunes, le roi Lamina, chef de la tribu des Nalous était très remonté contre les Français, déjà présents dans la région. Il leur avait rendu de nombreux services, mais attendait encore qu’ils lui rendent la pareille, comme du reste cela avait été promis. Et lorsque Lamina vit surgir un bateau battant pavillon belge, il se précipita vers ses maîtres, peut-être par vengeance, pour offrir une partie de son territoire afin d’y créer une colonie non française. Face à une opportunité aussi providentielle, et certainement conscientisé aux enjeux par Abraham Cohen Van Haverbeke signa tout de suite un contrat, dont les onze articles sont d’une simplicité édifiante.

Dans les grandes lignes, la Belgique devenait propriétaire des deux rives du Rio Nunez, entre Rapass et Victoria, pour à peu près l’équivalent de 15.000 francs d’époque, auxquels il fallait ajouter 5.000 francs de rente annuelle pour le roi Lamina, et la prise en charge de Sayon et Carimou, fils et neveu de celui-ci, invités à recevoir en Belgique une éducation européenne. Ce qu’ils reçurent jusqu’en décembre 1851. L’accord, ratifié le 27 décembre 1848 par le roi des Belges prévoyait aussi intrinsèquement que la Belgique s’engageait à le protéger contre ses ennemis et rivaux.

Une première victoire navale belge

C’est d’ailleurs en application de cette promesse que notre Marine royale fut amenée à intervenir, toujours sous le commandement de Joseph Van Haverbeke, dans le combat naval de Debokké, le 24 mars 1849. Pour l’anecdote, ce fut la seule fois où des Belges se battirent, sous pavillon national, avant la guerre de 1914.

Ce combat naval eut deux effets. Le premier fut, par cette victoire face à l’envahisseur, le roi Mayoré de la tribu Landanou, d’accroître un tout petit peu le territoire de la colonie belge. Et donc son influence sur la région. Le second fut, par contre, de susciter la colère des Anglais, jusqu’alors très puissants à cet endroit de l’Afrique. D’ailleurs, quinze jours plus tard, Anglais et Français signaient, dans le plus grand secret, un accord attribuant à la France tous les villages situés le long du Rio Nunez. Les colons mirent neuf ans à l’apprendre…

Entretemps, faute d’investissements de l’Etat belge et d’une véritable administration coloniale, certains d’entre eux avaient plié bagage. D’ailleurs, de retour cinq ans plus tard dans la colonie, Van Haverbeke ne la reconnut plus. Tout était délabré, presque abandonné. Il retrouva même les deux jeunes Sayon et Carimou, qui avaient pourtant appris le français et l’anglais en Belgique, redevenus presque sauvages. Quant à Lamina, devenu la vedette des caricaturistes belges, il était décédé, sa succession faisant l’objet de discordes familiales. Le traité fut finalement dénoncé le 23 avril 1858 dans l’indifférence générale. Parce que le Parlement belge était las de voter, chaque année, le tribut promis à Lamina. Mais aussi, et surtout, parce que l’autre aventure coloniale belge, au Guatémala cette fois, avait également écoeuré les élus belges. Et c’est ainsi que la France put mettre la main sur cette riche région africaine.

Que reste-t-il de la colonie belge de Rio Nunez ? Une splendide toile de P.J. Claeys, conservée au Musée royal de l’Armée à Bruxelles. Quelques petites ruines au port de Boké. Et, dans un petit musée guinéen, une courte évocation de la bataille, brillamment remportée par la flotte belge. Quant à Joseph Van Haverbeke, véritable pionnier de l’expansion coloniale, il acheva sa carrière comme inspecteur général de la marine civile. Il mourut à Anvers, le 5 octobre 1907, à l’âge de 94 ans. L’Afrique conserve.

 
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