Edward et Wallis, les amants terribles

Edward et Wallis, les amants terribles

Nous sommes le 11 décembre 1936, au cœur du vieux château de Windsor. La veille, entouré de ses trois frères, le fils aîné de feu Georges V a apposé sa belle et ronde signature en bas d’un document inédit. «Moi, Edward VIII, roi de Grande-Bretagne, d’Irlande et des dominions britanniques au-delà des mers, empereur des Indes, déclare ici ma décision irrévocable de renoncer au trône pour moi-même et mes descendants.» Le geste est inédit, révolutionnaire. Jamais un souverain n’a abandonné volontairement la couronne de l’empire. Celui qui n’a régné que 325 jours adresse maintenant une allocution radiophonique à ses sujets. Malgré l’heure tardive, aux quatre coins du globe, ils sont des millions à tendre l’oreille. «Voici arrivée l’heure où je peux enfin ouvrir mon cœur. Je n’ai jamais voulu vous dissimuler quoi que ce soit mais, jusqu’ici, la Constitution m’interdisait de vous dire la vérité. L’homme qui vous parle aujourd’hui a renoncé au profit de son frère, le duc de York, à sa charge de Roi et d’Empereur. Vous savez parfaitement pourquoi je renonce. Cette décision ne signifie nullement que j’oublie mon pays ou l’empire. Mais je vous demande instamment de comprendre qu’il m’est impossible de continuer à porter l’énorme fardeau de ma charge et d’accomplir mes devoirs de Roi sans l’aide et le soutien de la femme que j’aime. Personne, je vous le jure, ne m’a influencé. La personne au cœur de cette affaire a tenté, en vain, de me dissuader. Que Dieu vous bénisse. Que Dieu garde le Roi.» Ces dernières semaines, Wallis l’a imploré de réfléchir. Presque supplié de ne pas renoncer au trône. Depuis leur première rencontre pourtant, en janvier 1931, lors d’un week-end de chasse, ils sont presque inséparables. Mais elle n’ignore pas, elle n’a jamais ignoré, qu’un prince de Galles, l’héritier d’un trône millénaire, ne pourrait épouser une roturière, deux fois divorcée de surcroît. Elle l’a dit, l’a répété, encore et encore. Mais l’obstination d’Edward n’a fait que croître. L’amour d’un Roi, il en était persuadé, parviendrait à faire plier la constitution. Il avait tort!

Dans la villa de Cannes où elle a trouvé refuge, Wallis n’a plus que ses yeux pour pleurer. Ce n’est pas de l’émotion, même si, elle en est consciente, le cadeau d’Edward est probablement la plus belle déclaration d’amour d’un Roi. C’est de la peur. Depuis des semaines, elle est la cible des malades mentaux et des jaloux. «L’amplitude de la haine que j’avais inspirée et l’image atroce que les gens se faisaient de moi dans le monde entier dépassaient tout ce que j’avais pu imaginer», confiera-t-elle, des années plus tard, dans son autobiographie. Un ouvrage publié en 1956 qui évoquera aussi longuement sa vie avant Edward: son enfance en Pennsylvanie, le pensionnat, son oncle David, ses deux premiers maris, un lieutenant aviateur et un propriétaire d’une usine à bateaux… Le Roi est devenu duc. Jamais plus il ne montera sur un trône. Jamais plus il n’obtiendra l’autorisation de vivre en Angleterre. Mais il est maintenant libre de convoler. L’union des amants terribles, sobriquet de la presse, est célébrée le 3 juin, au château de Candé, près de Tours, en France. Bien entendu, aucun représentant de la famille royale. Pas même un télégramme. On compte seize invités, les vrais amis, ceux des heures sombres. C’est le maire de Monts qui procède à l’échange des consentements. Le couple se rend ensuite dans la salle de musiques où un révérend procède à la bénédiction de l’Église d’Angleterre. Avant de s’installer définitivement à Paris, dans un somptueux hôtel particulier en bordure du bois de Boulogne, propriété de l’État français, l’ex roi et la nouvelle duchesse partent en voyage de noces. Direction la Sérénissime. Dans leur sillage, un cortège royal: 226 bagages à damiers frappés du célèbre monogramme Louis Vuitton. Certaines de ces malles transportent les manteaux haute couture et les colliers sertis de diamants réservés aux corgis du couple.

Une proximité avec les nazis

En octobre, ils prennent la direction de l’Allemagne. Au programme? Une rencontre avec les hauts dignitaires nazis, Goering, Goebbels, Ribbentrop, Himmler… Avant de rencontrer le Führer en personne. Les images font le tour du monde. Shocking! Pourtant, leur voyage s’éternise. En réalité, Wallis se sent comme un poisson dans l’eau. Reçue avec tous les honneurs, celle qui ne sera jamais reine ressent enfin, jusqu’à s’enivrer à en devenir folle, le délicieux frisson réservé ordinairement aux seules têtes couronnées. Hitler déplore qu’Edward ne soit plus roi. Une coupe à la main, Wallis admet qu’elle aurait fait une parfaite reine. Elle sera la femme la plus élégante de son temps, ne se contentant pas uniquement de suivre la mode, mais de l’insuffler. Toutefois, la vraie passion de Wallis est les bijoux. Jamais elle n’aura accès aux joyaux de la couronne. Qu’à cela ne tienne! À cette femme pour qui il a déjà renoncé au trône, Edward va offrir un écrin de reine. Rien n’est trop beau. Ce ruissellement de pierres précieuses va, très vite, faire d’elle la plus grande ambassadrice de la place Vendôme, à Paris. Dans leur château transformé en palais, pas moins de onze domestiques sont nuits et jours à leur disposition. Les Windsor ne quittent Paris que pour Saint-Tropez, Monaco, Gstaad, Miami, Marbella… Ils sont partout, mais jamais nulle part chez eux. Triste évidence: la seule chose qui remplit leur vie est le vide. Un vide vertigineux. Comblé par une débauche de luxe et d’excès. Comme une armure. Un bouclier contre l’ennui. Contre l’oubli. Contre la folie aussi. Edward s’éteint le 28 mai 1972, à 77 ans. Quelques semaines avant, déjà allongé sur son lit de mort, il a reçu Elizabeth II, en voyage officiel sur le territoire français. La visite a duré 37 minutes. Sur le perron de l’hôtel particulier, lors de la séance photos, les deux femmes n’ont que très mal dissimulé leur antipathie. Wallis survivra encore quatorze ans. Autant d’années d’errance. Victime d’une pneumonie, ses yeux encore incroyablement bleus se ferment à l’hôpital américain de Neuilly, le 24 avril 1986.

Wallis Simpson, prochaine biographie d’Andrew Morton

Il est le spécialiste des biographies à sensations. Ses livres incendiaires ont toujours un impact et caracolent en tête des ventes. Après sa biographie sur Diana, écrite d’ailleurs grâce à de nombreuses sources livrées par la princesse de Galles elle-même, Andrew Morton, on s’en souvient, s’est penché sur l’affaire Monica Lewinsky (ce qui lui a ouvert le marché américain), a dressé le portrait de David et Victoria Beckham, s’est penché sur les secrets de Madonna, de Tom Cruise, de Brad Pitt et d’Angelina Jolie. À chaque fois, les faits sont révélés sous un angle inédit. Le style est âpre, direct. Place à l’information, seulement à l’information. L’ouvrage sur lequel l’auteur à sensation travaille actuellement sera consacré à la duchesse de Windsor. L’éditeur, Michael O’Mara, a déjà prévenu du caractère sulfureux de l’ouvrage. Morton éclaire de façon nouvelle semble-t-il, les liens qu’entretenaient l’ex- Roi et son épouse avec l’Allemagne nazie et s’est penché longuement sur les hommes de la vie de Wallis. Prévue, en sortie mondiale, pour le 22 février 2018, Wallis in love ferait déjà frémir le palais de Buckingham.

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern
  • Incendie: Stéphane Bern raconte Notre-Dame

    Plus qu’un sanctuaire religieux, plus qu’un chef-d’œuvre de l’architecture gothique, plus qu’un haut lieu spirituel et culturel de la capitale française, la cathédrale Notre-Dame de Paris est constitutive de la nation française.