Dossier spécial: le nouvel envol de Charleroi

BELGAIMAGE
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Un après-midi de printemps, au milieu de la nouvelle Place Verte réaménagée, des touristes flamands écoutent leur guide décrire les lieux et notamment le tout nouveau centre commercial Rive gauche. Nouveaux regards étonnés des visiteurs. « En arrivant à Charleroi, on ne s’attendait pas à voir une ville comme ça », nous raconte Jan, un Brugeois. « Tout n’est pas génial, mais il y a beaucoup de choses modernes et vraiment intéressantes ici ! Ce n’est pas l’image que j’avais de Charleroi avant de venir… » Il ne faut pas être flamand pour découvrir une ville en pleine mutation, où l’esprit d’entreprendre est revenu. Une cité carolo qui s’éloigne de plus en plus des clichés qui lui collent à la peau. Dans sa série La Belgique qui gagne, Soir mag vous propose une série d’exemples de la redynamisation de la ville. Commençons par Rive Gauche, nouveau centre commercial de la Ville Basse, un shopping center de 39.000 m2 et 78 magasins qui ne désemplissent pas !

800 emplois

À Rive Gauche, l’offre est adaptée au grand public. Primark, H&M, Jack & Jones, Scotch & Soda ou Springfield figurent dans la liste des enseignes présentes. « Fin mai, le site avait déjà accueilli plus de 1.700.000 visiteurs, avec une moyenne 25.000 le samedi, le plus gros jour. Des enseignes réputées sont toujours en négociation pour venir chez nous, tandis que des indépendants visitent les derniers emplacements libres. Il n’en reste que six ! Dans le passage de la Bourse (une magnifique ancienne rue contiguë, ndlr), des emplacements commerciaux sont aussi en discussion. Début juillet, un Burger King ouvrira », nous explique Thomas Cornil, le shopping manager. Réussite commerciale, le centre est aussi une aubaine en termes d’embauches. Environ 800 emplois ont été créés sur place ! Rien qu’à Primark, près de 300 personnes ont été engagées. Comme Morgan, 22 ans, qui a obtenu un CDD dans le magasin de vêtements : « J’étais au chômage. J’ai postulé dans plusieurs magasins de vêtements, mais seul Primark a donné suite à ma candidature », nous raconte-t-elle.

Une rue emblématique à l’abandon

Que du positif, Rive Gauche ? La rue de la Montagne toute proche, emblématique du commerce de Charleroi, est désormais désertée. Quelques propriétaires ont fermé boutique ou ont déménagé à Rive Gauche. « La rue a toujours un potentiel commercial. Il faudrait y mettre des établissements différents de ceux de City Nord, de Rive Gauche, du Shopping Cora ou de Ville 2. Dans le cas contraire, on va créer une surabondance d’offre. Les commerçants du boulevard Joseph Tirou, eux, sont contents. Ils profitent directement de Rive Gauche », commente Thomas Cornil. La Ville de Charleroi s’est penché sur cette problématique. « En collaboration avec l’asbl Charleroi Centre-Ville, nous rencontrons actuellement les propriétaires, pour tenter de faire revivre la rue de la Montagne. On met aussi en relation des enseignes et des propriétaires », précise Marie-Isabelle Gomez Calvo, responsable de la communication du cabinet du bourgmestre en titre Paul Magnette. Autre problème à traiter : la mobilité autour de Rive Gauche, assez catastrophique en période d’affluence.

Et le concurrent, Ville2 ?

Depuis l’ouverture de Rive Gauche, la direction de Ville2, le centre commercial concurrent, observe une baisse de fréquentation, qui devrait s’atténuer dans les prochains mois. De nouvelles enseignes, dont les noms ne sont pas encore connus, vont ouvrir sur place. « Avant la fin de l’année, nous devrions en avoir six supplémentaires », annonce Pol-André Lebeau, manager de Ville2, un peu inquiet quand même de la cannibalisation de Rive Gauche : « C’est une bonne chose pour redynamiser la Ville Basse mais j’ai des inquiétudes pour les commerces situés rue de la Montagne ou rue de Dampremy. Il faudra voir sur le long terme. »

Pour chaque euro Feder, 5 euros d’investissements de tiers !

310 millions déjà injectés dans le quartier de la Ville Basse. Et demain, 142 pour la Ville Haute.

Comme d’autres villes wallonnes, Charleroi a bénéficié d’une aide européenne pour se relancer. On parle ici des fonds Feder. Cet argent, issu du Fonds européen de développement régional (Feder), est versé par l’Union européenne dans le but « de renforcer la cohésion économique et sociale dans l’UE en corrigeant les déséquilibres entre ses régions ». En résumé, ce sont les zones les plus défavorisées qui sont aidées, avec une priorité marquée sur la relance de l’économie locale.

Cœur commercial historique

À Charleroi, dans un premier temps, l’intervention Feder a été concentrée sur la Ville Basse, le cœur commercial historique de la cité, avec le financement des travaux de rénovation urbaine tout autour d’un nouveau pôle d’attraction, le centre commercial Rive Gauche. Nom de code de l’opération : Phenix. Pour faire renaître Charleroi de ses cendres ! Mais on s’aperçoit très vite que d’autres projets, publics et privés, se sont greffés au projet initial. « Les projets de l’enveloppe Feder 2007-2013, au travers de la programmation Phenix, ont incontestablement généré un phénomène d’émulation attirant de nouveaux investissements à Charleroi. Si l’on somme l’ensemble des projets publics et privés construits ou en construction dans la foulée de Phenix, on atteint le montant impressionnant de 310 millions d’euros injectés dans le seul quartier de la Ville Basse, soit, pour chaque euro Feder, 5 euros d’investissements de tiers », explique le service de communication du bourgmestre en titre de Charleroi, Paul Magnette. L’Union européenne a très exactement d’abord versé 59 millions d’euros à Charleroi (et a envoyé des émissaires sur place pour s’assurer de leur bonne utilisation !). Cette première enveloppe a été employée pour rénover l’espace public avec la création de zones piétonnes et de zones de rencontre, pour réaménager complètement la place de la Digue, pour rénover les Quais de Sambre et créer la placerelle (un espace public piétonnier par-dessus la Sambre), pour réinstaller un vrai cinéma en centre-ville (Quai 10) et pour créer un centre de distribution urbaine intelligent (un centre de dépôt accueille les camions à l’extérieur de la ville, avant que des véhicules plus petits et plus propres ne prennent le relais pour la distribution à l’intérieur de la cité).

ISOPIX
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Et maintenant, la Ville Haute

L’opération Feder ne s’arrête pas là. Depuis 2014, et jusqu’en 2020, une seconde phase est mise en œuvre. Après la Ville Basse, c’est au tour de la Ville Haute de faire l’objet d’une profonde métamorphose. On parle ici d’une intervention publique considérable : 142 millions d’euros, subsides Feder et Région wallonne ensemble. Nom de code ici : Charleroi DC (pour Charleroi District Créatif). L’objectif est de redynamiser le quart nord-ouest du centre-ville (40 hectares). Trois axes-phares dessinent ce nouveau projet : la rénovation des espaces publics, les Palais, le Campus des sciences, des arts et des métiers. Le projet vise d’abord à redonner une âme au cœur de la Ville, à le rendre plus agréable, plus convivial. La place Charles II (où se dressent l’Hôtel de Ville et le Beffroi classé au Patrimoine mondial de l’Unesco) et le quartier environnant vont être rénovés. Idem pour la place du Manège, la rue Neuve et d’autres lieux emblématiques. La moitié des 142 millions seront dédiés à la rénovation et la construction des grandes infrastructures de l’événementiel à la Ville Haute : le Palais des Expositions, le Palais des Beaux-Arts et le futur Palais des Congrès. Enfin, La création d’un Campus des Sciences, des Arts et des Métiers devrait permettre de booster l’enseignement supérieur sur le territoire de Charleroi, avec un objectif résolument tourné vers l’emploi, explique la Ville. Ce Campus, situé sur le site de l’Université du Travail, constituera un véritable pôle d’excellence formation – enseignement – recherche en centre-ville doté d’une Cité des Métiers, d’un Centre universitaire, d’un Centre d’Enseignement Supérieur Technologique, d’un Centre de Compétences Design – Innovation. Ambitieuse Charleroi !

Le musée mondial du Monopoly débarque à Charleroi !

Didier Colart va rassembler une collection de 2.000 Monopoly au cœur de la ville dans un nouvel espace, MondiLudia. Son ambition : faire de Charleroi la capitale du jeu de société.

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Un personnage, ce Didier Colart ! Après 10 minutes de discussion à peine, vous en feriez votre ami. Sa sympathie est immédiate, son enthousiasme débordant. Cent entrepreneurs comme lui et Charleroi se transforme en New York sur Sambre ! Sa société Dico.be (rien à voir avec les dictionnaires, prenez juste les premières lettres de son prénom et nom) s’est d’abord fait un nom dans la création de supports visuels pour mettre en valeur des marques ou des produits comme Pepsi, Chiquita, Uncle Ben’s, Duvel, Tropicana, Bru, Lays, DHL… Mais la vraie passion de Didier, ce sont les jeux de société. Et Dico.be a décroché l’exclusivité pour la Belgique francophone et le Luxembourg des éditions spéciales des célébrissimes Monopoly, Trivial Pursuit ou Qui est-ce ?, marques du géant Hasbro/Winning Moves. Dico.be a ainsi créé fabriqué un Monopoly Charleroi, et d’autres sur Dinant et Mons, ou un Monopoly RSC Anderlecht (deux autres vont suivre sur le Sporting de Charleroi et la Ducasse d’Ath). Autre réalisation de Dico.be, homologuée au Guinness Book : le plus grand Trivial Pursuit du monde (20 mètres sur 20), placé sur la place Saint-Lambert à Liège pour les célébrations de la Grande guerre. On doit aussi à la société un Trivial Pursuit des bières belges, et des mini Trivial Poursuit Mons 2015 ou Waterloo 2015. Le Qui est-ce Diables rouges 2014 ? Dico.be. Idem pour un Cluedo Charleroi ! Pas avec des hommes politiques actuels, mais des personnages historiques de l’époque Vauban. Fan de musique disons spéciale, Didier Colart a aussi créé un Monopoly des Gauff’, en hommage au groupe liégeois déjanté.

Bâtiment emblématique

Le nouveau projet de Didier Colart se concrétise cette semaine à Charleroi, sa ville d’adoption qu’il adore : créer un espace de jeux de société, MondiLudia. La localisation, dans un bâtiment emblématique du centre, a été longtemps secrète : ce sera dans l’ancien siège de la BNP-Paribas-Fortis, boulevard Tirou, 100, à deux pas de Rive Gauche… MondiLudia accueillera un espace de jeux, notamment une escape room, une pièce d’où l’on doit s’échapper. Quoi ? Le principe est simple : vous êtes enfermé dans une pièce et vous avez un temps précis pour tenter d’en sortir, en réussissant à résoudre en équipe une énigme. Un jeu qui fait fureur dans pas mal de villes européennes, à Bruxelles notamment. Mais le clou du spectacle à MondiLudia, ce sera son exposition temporaire : la plus grande collection mondiale de Monopoly. « J’ai rencontré Neil Scallan à Londres (à gauche sur la photo ci-dessus, au côté de Didier Colart, NDLR). Il possède une collection de 2.000 Monopoly d’éditions différentes, un record homologué au Guinness Book. On estime qu’il en existe environ 4.000 dans le monde », raconte Didier Colart. « Je l’ai aidé à les compter, les répertorier et les ranger dans un hangar près de Londres. Je lui ai alors proposé d’exposer sa collection à Charleroi et il a été d’accord. Ce sera la plus grande expo de Monopoly jamais organisée, une sorte de musée mondial du Monopoly ! L’idée est de les exposer au moins un an, à partir d’août prochain. Et si le public suit, il est possible qu’on lui trouve un endroit permanent. Je crois fermement à son potentiel d’attractivité, y compris pour des touristes étrangers qui viendront à Charleroi ! »

La « Manufacture Urbaine », bien plus qu’une microbrasserie

Depuis mai dernier, un lieu atypique, mariant bistronomie et culture, a ouvert ses portes à deux pas du Quai10 et du Vecteur.

Cafein Agency
Cafein Agency

Il y a un an et demi, le concept de la Manufacture Urbaine émergeait. Trois associés, dont un Carolo, désiraient implanter une microbrasserie dans la ville redynamisée, mais pas uniquement. « Tous voulaient participer à l’essor de Charleroi », explique Sébastien Biset, le régisseur des lieux. Pour que son projet se concrétise, l’équipe a acheté l’immeuble de l’ancienne médiathèque à l’abandon (nº2, rue de Brabant) et en a préservé l’authenticité. Une recherche esthétique que les clients apprécient : ils redécouvrent un lieu empli de souvenirs. Résultat : un mélange brut, une façade blanche et noire rafraîchie, avec un intérieur alliant acier, béton, bois, inox et verre. Même si la production de bières artisanales était le seul projet à l’origine, la Manufacture Urbaine propose déjà son propre pain et torréfie elle-même son café. « Le pain et la bière ont une origine commune, les mêmes céréales entre autres. On a une gamme variée de bières : des blondes, des brunes et des noires. Et même une bière de table à 3,5 % d’alcool. Le midi et le soir, on sert aussi des produits d’artisans locaux. Nos fromages sont affinés avec notre bière, nos saucisses et nos pâtés aussi. On souhaiterait confectionner des limonades par la suite », détaille Sébastien Biset. La Manufacture Urbaine se démarque avec sa programmation culturelle, musicale en particulier. Chaque week-end, un live est annoncé. « La programmation est plus classique qu’au Vecteur », confie son régisseur. La Manufacture Urbaine complète l’offre culturelle carolo, à côté du Vecteur ou du Quai10.

Dirty Monitor, la référence en mapping vidéo

Depuis 2004, l’agence carolo s’est forgé une réputation dans le monde entier. Elle enchaîne les prestations, sur la tour Burj Khalifa à Dubaï ou au Festival du film de Pékin.

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La spécialité de Dirty Monitor ? Le mapping vidéo. Une technologie multimédia qui permet de projeter des fresques lumineuses, des images de très grande taille sur des structures en relief, comme des bâtiments ou des monuments. L’agence carolo s’est fait un nom dans le monde entier, avec des spectacles sur la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa à Dubaï, ou lors de l’ouverture du Festival du film de Pékin. Mais, malgré son succès, l’équipe de Dirty Monitor reste humble. « Nous restons d’abord un collectif d’artistes, passionnés d’audiovisuel et des amis avant tout », déclare Orphée, le directeur de création. C’est dans des soirées que ces virtuoses ont fait leurs armes. Ils sont parmi les premiers à y inclure de la vidéo. Ils enchaînent bientôt les festivals. Et Franco Dragone, le célèbre metteur en scène louviérois, les repère. Il les engage, notamment pour le spectacle Décrocher la Lune, où leur mapping vidéo met en scène des superhéros. Aucun membre de Dirty Monitor n’aurait imaginé une telle envolée. Ils ont réalisé des projets en Arabie saoudite, en Chine, aux Émirats Arabes Unis, au Koweït… Mais l’agence demeure fidèle à Charleroi, leur ville de prédilection. Son côté industriel est d’ailleurs une véritable source d’inspiration. Pour le spectacle Smoke on the water, commandé dans le cadre de Mons 2015 par la Ville de Charleroi, l’équipe a mis en images des forges et des mineurs. Référence au passé carolo. D’autres influences sont bien plus récentes, des films de science-fiction aux jeux vidéo en passant par Pinterest. Le principe du mapping vidéo, en théorie, est assez simple : la vidéo est réalisée sur mesure, en tenant compte des moindres détails de l’édifice sur lequel elle est projetée. Mais chaque dossier représente un challenge. Avec le projet Aramco, à Dhahran (Arabie saoudite), en novembre 2016, la société en a relevé un : un mapping vidéo à 360 degrés sur un bâtiment futuriste tout en courbes. Rien d’impossible pour les Carolos de Dirty Monitor.

Venyo : prêt pour le décollage !

La firme de Gosselies conçoit et fabrique des simulateurs de vol pour Boeing 737. Le marché est énorme.

Quand on parle de Gosselies, on pense tout de suite au séisme social chez Caterpillar, à ces centaines d’emplois sacrifiés. Mais la zone d’activités tout autour de cette usine fermée est loin d’être un désert économique. La preuve avec l’Aéropôle, une zone d’activités économiques autour de l’aéroport de Charleroi et qui compte environ 150 entreprises employant 4.000 personnes. Parmi ces sociétés, beaucoup sont directement connectées au monde de l’aéronautique, comme la gigantesque Sabca (pièces d’avions et de fusées notamment) mais aussi des petits poucets qui ne demandent qu’à tirer sur le manche pour décoller. Exemple avec Venyo, qui est en train de se faire un nom sur le marché très fermé des simulateurs de vol. En 2013, la société belge fait le buzz au Salon aéronautique du Bourget, en présentant son premier simulateur, installé sur place en deux jours et accessible durant tout le Salon aux pilotes présents ! « On a juste besoin d’une prise électrique dans un hall », résume Jean-Claude Streel, business development manager. « Alors que les modèles massifs de nos concurrents, qui fonctionnent avec des vérins, doivent être posés sur des chapes en béton ultrarésistantes, dans des bâtiments conçus pour ça… ». En 2013, il s’agissait d’un prototype, destiné à tester le marché, qui a magnifiquement répondu. Quatre ans plus tard, et autant de temps d’un travail acharné (notamment pour obtenir toutes les homologations nécessaires, ce qui n’est pas une mince affaire vu les règles de sécurité de l’aviation civile), Venyo a installé son premier simulateur opérationnel dans un centre de formation de pilotes à Paris et devrait bientôt décrocher son premier contrat dans une compagnie aérienne. Face à la concurrence qui vend ses simulateurs cher et vilain (10 à 15 millions de dollars l’unité !), la société Venyo a mis en place un système commercial innovant et moins cher : le simulateur n’est pas vendu au client, mais placé à sa disposition et entretenu dans le cadre d’un leasing opérationnel. Pour l’instant, Venyo s’est spécialisé dans un seul type de simulateur, celui du Boeing 737 NG. Pas un choix stupide : c’est l’avion de ligne le plus vendu au monde avec l’Airbus A320 ! « Deux cents compagnies l’utilisent dans le monde, dont Ryanair », explique J.-C. Streel. Le nombre de pilotes à former dans le monde est donc considérable ! En rythme de croisière, la firme espère produire au moins 8 simulateurs par an. À terme, si les affaires marchent bien, Venyo pourrait développer d’autres types de simulateurs (pour l’A320 notamment). Toute la conception et la production se déroulent sur le site de l’entreprise à Gosselies. Venyo emploie 25 personnes (environ la moitié dans la recherche et le développement, l’autre dans la production).

Même l’odeur est la même

Nous avons eu l’occasion de nous asseoir dans l’un des simulateurs en phase finale de construction à Gosselies. Un vrai bijou de technologie, qui reproduit à l’identique le cockpit d’un 737. « Même les bruits, même l’odeur sont les mêmes ! Un pilote veut retrouver l’environnement qu’il connaît, que les boutons soient identiques, qu’ils fassent exactement le même bruit », explique Jean-Claude Streel. Les cockpits eux-mêmes sont récupérés sur des avions qui partent à la casse. Ils sont complètement démontés et rééquipés de matériel neuf pour simuler très exactement un vrai poste de pilotage de 737. À l’avant du cockpit, des images de synthèse reproduisent pistes, aéroports, nuages, mais aussi le comportement très précis de l’avion en l’air. Impressionnant de réalisme ! Derrière les sièges du commandant et du copilote, un poste d’observation pour les instructeurs, qui peuvent simuler toutes les pannes, tous les incidents possibles et imaginables, pour mettre les pilotes à l’épreuve de difficultés qu’ils ne rencontreront (heureusement) que dans ce simulateur !

MATHIEU GOLINVAUX
MATHIEU GOLINVAUX

OncoDNA cible les cancers

Installée dans le Biopark de Gosselies, la firme de biotechnologie conseille les oncologues du monde entier.

À Gosselies toujours, juste à côté de l’aéroport, le Biopark Charleroi Brussels South regroupe ce qui se fait de mieux en matière de biotechnologies : des instituts universitaires de recherche, des entreprises innovantes ou un centre de formation dans ce secteur hyperprometteur. Au total, quelque 800 personnes (d’une quinzaine de nationalités) travaillent chaque jour sur le site du Biopark. Nous avons choisi de vous présenter l’une des firmes actives là-bas, OncoDNA, dont le potentiel paraît extraordinaire. Fondée en 2012, la firme révolutionne la manière d’aborder et de traiter les cancers. Et le pluriel est de rigueur. « Pendant longtemps, on a parlé du cancer. On traitait le cancer du poumon, le cancer du sein, etc. Puis on s’est rendu compte avec l’évolution des recherches qu’il y avait presque autant de cancers que de malades ! », nous explique Nathalie Bernard, responsable de la communication d’OncoDNA. L’idée de la société est d’analyser très précisément la carte génétique d’une tumeur, sa signature ADN, bref d’en dresser le portrait-robot exact afin de conseiller à l’oncologue le traitement le plus adapté pour ce cas précis. « OncoDNA se définit comme une société de théranostique du cancer : on associe diagnostic et thérapie », nous explique-t-on. L’intérêt d’une analyse très fine des marqueurs de la tumeur est de proposer le traitement qui va être le plus adapté au malade, notamment en repérant la présence de tel ou tel récepteur favorable à tel ou tel médicament. « Cela permet de gagner souvent beaucoup de temps », explique Nathalie Bernard. « Seulement 30 à 50 % des malades répondent au premier traitement, qui n’est pas forcément le bon. Si vous donnez au malade un médicament mais que ce patient n’a pas les bons récepteurs, cela ne marchera pas. » Alors, on imagine bien sûr que tous les oncologues du pays font dresser cette carte génétique pour tous les malades ! Eh bien non. En Belgique, l’analyse (qui coûte entre 1.000 et 5.000 euros) n’est pas remboursée par l’Inami, et donc inaccessible à beaucoup de patients (à supposer qu’ils connaissent l’existence de celle-ci !). Une étude est en cours, mais il faut attendre. À l’heure actuelle, OncoDNA réalise donc l’essentiel de son chiffre d’affaires avec des patients étrangers. « Nous avons des clients dans plus de 50 pays, jusqu’au Brésil. On commence à être connu en Belgique mais moins qu’en France, en Espagne, en Ukraine ou en Pologne ! » Concrètement, les échantillons de tumeur (ou de sang qui contient un peu d’ADN de la tumeur) sont envoyés à Gosselies par avion DHL et analysés sur le site du Biopark. Un rapport est ensuite envoyé à l’oncologue, avec la proposition de traitement. OncoDNA suit également de près les études cliniques en cours dans le monde entier et peut même orienter des patients vers ces recherches qui n’ont pas encore abouti à la mise en circulation d’un médicament. Enfin, OncoDNA a mis en place ce qu’on appellerait un Facebook des oncologues, une plateforme internet de discussion pour tous les praticiens du monde. De quoi échanger sur leurs bonnes pratiques. Dans les deux prochaines années, OncoDNA proposera un même système de discussion entre les patients. La société emploie à Gosselies près de 50 personnes, plus 10 dans son antenne espagnole.

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