Pourquoi les statues antiques ont-elles de petits sexes?

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Épaules larges, pectoraux développés, biceps gonflés, abdominaux dessinés, bassin étroit, cuisses solides, les corps des statues antiques, grecques d’abord, romaines ensuite, impressionnent de perfection. Et quand l’œil passe sur la partie intime de ces superbes anatomies, c’est l’étonnement qui prend le pas sur l’admiration. Pourquoi diable de tels hommes au corps si avantageux sont-ils représentés avec des sexes d’enfant ? Cette taille signifie-t-elle que les hommes de cette époque étaient moins bien dotés que nos mâles actuels dont la taille de l’organe viril au repos varie entre 7, 5 et 10,2 centimètres ? À moins qu’elle ne représente un idéal esthétique ?

Un idéal esthétique

La réponse est clairement dans la seconde alternative. Les artistes du monde antique ont représenté de superbes jeunes hommes ou des dieux omnipotents avec des zizis riquiquis par idéalité artistique. Dans le monde antique, la perfection des lignes du corps ne doit pas être arrêtée par des éléments aussi « perturbants » qu’un pénis et deux testicules ! L’œil doit glisser sur cette partie de l’anatomie sans s’y arrêter pour jouir de la perfection d’une esthétique globale. Un sexe de taille normale risquerait de casser l’harmonie globale et l’équilibre entre le tout et ses parties qui sont jugés esthétiquement essentiels dès le VII e siècle avant notre ère. Comme l’explique l’historien d’art anglais Ernst Hans Josef Gombrich, les artistes grecs laissaient de côté les traits de leurs modèles qui leur déplaisaient pour les rendre les plus parfaits. L’analyse est confirmée par le directeur de musée et historien d’art, Kenneth Clark, british lui aussi, qui précise que rares étaient les Grecs aussi beaux que ceux qui furent sculptés par Praxitèle au Ve siècle avant JC et que les nus des statues magnifiaient la beauté humaine sans chercher à susciter le désir. À l’inverse, comme le précise l’historien anglais Kenneth Dover dans son ouvrage « Greek Homosexuality », les artistes grecs concevaient les pénis longs et épais comme grotesques ou comiques, les réservant aux représentations de satyres, créatures semi-humaines, de vieillards, hommes laids et barbares. Au contraire, le pénis petit, fin était considéré comme un idéal esthétique.

Un idéal moral

Cependant cette proportion correspond également à un idéal moral ! Un sexe petit et modeste est la preuve du contrôle de sa personne et de ses émotions. C’est l’auteur satyrique Aristophane qui au Ve siècle ACN dans sa pièce « Les Nuées » se moquait de l’enseignement de Socrate, et mettait en scène l’affrontement de deux personnages incarnant le Raisonnement juste et le Raisonnement injuste. Le premier propose une éducation qui donnerait « le teint bien vermeil, les épaules larges, le torse musclé, la fesse dodue » et rajoute-t-il « la verge menue » tandis que l’éducation du second offrirait « le teint blafard, les épaules maigres, le torse fluet, la fesse chétive et la verge pesante ». Ainsi un sexe modeste symbolise un homme éduqué capable de contrôler ses pulsions sexuelles. Le pénis petit et à l’état de repos est ainsi associé à la modération, vertu importante de la culture grecque.

Mais ces idéaux esthétiques et moraux liés au petit pénis n’empêchèrent pas les Grecs du monde antique de célébrer les phallus immenses. Des grandes fêtes, les Phallophories étaient organisées en l’honneur de Dionysos qui célébraient le sexe masculin dans toute sa splendeur. Des cortèges transportaient des statues articulées au pénis démesuré ainsi qu’un énorme sexe masculin de bois comme nous le faisons avec nos saintes reliques. Des acteurs portaient des masques et de faux sexes en érection, tout en chantant « Retirez-vous, faites place au dieu ! parce qu’il veut résister, gonfler, avancer au milieu. »