À Passendale, ils furent 40.000 noyés dans la boue

À Passendale, ils furent 40.000 noyés dans la boue

Haut lieu historique de la Flandre-Occidentale, Passendale sonne comme une initiative alliée très coûteuse en vies humaines. En trois mois, les pertes s’élevèrent à 8.500 soldats français, 4.000 Canadiens mais surtout 250.000 Britanniques dont 40.000 périrent noyés dans la boue. Côté allemand, 260.000 hommes furent décimés tout au long de cette offensive déclenchée le 31 juillet et refermée le 6 novembre 1917. Le nom de Passendale demeure figé dans les mémoires comme une épouvantable bataille d’où surgissent les images terribles d’armées meurtries. Ces visions sont dues au fracas des armes mais tout autant à un ennemi incontournable : le mauvais temps qui s’était abattu sur les troupes anglaises, retardant leur progression. Le pari lancé il y a tout juste 100 ans est clair : le succès de l’opération dépend de sa vitesse d’exécution. Une fenêtre météo paraît favorable au commandant en chef du BEF (British Expeditionary Force), Douglas Haig. Il lui faut aller vite et fort pour transpercer les lignes allemandes. Un petit répit de trois semaines est accordé côté prévisions. Haig choisit le secteur d’Ypres pour s’avancer avant l’hiver. La guerre fait rage et s’éternise. Les hommes sont épuisés. Le front se fige. Il faut bouger. L’offensive alliée démarre le 31 juillet 1917 par un épais brouillard. Au nord, l’armée française passe l’Yser. Au centre, les Anglais s’enfoncent de trois kilomètres avant de bloquer. Un ennemi inattendu a surgi : une pluie continuelle, qui va contrarier les plans de l’Entente.

Les cratères d’obus se transforment en pièges de boue

Le champ de bataille est criblé de trous d’obus. La pluie gonfle, ruisselle, s’accumule et la boue se referme sur les soldats pris au piège. Les malheureux ne peuvent s’extraire du bourbier et ils sont des milliers à y laisser la vie. On estime leur nombre à 40.000, ensevelis dans des conditions atroces. C’est cet aspect, apocalyptique, qui s’inscrira dans les souvenirs, comme d’indélébiles tombeaux de boue grasse et sans pardon. Parallèlement, on assiste pour la première fois à l’utilisation du gaz moutarde, cette ypérite tant redoutée, qui donnera aux combats un caractère encore plus hideux. Plusieurs assauts successifs seront donnés, le 16 août, le 20 septembre, le 6 novembre (quand Passendale est enfin repris) avant de s’achever avec l’aide des Canadiens et des Australiens. Cette bataille a permis de soulager l’armée française engluée au Chemin des Dames et mis sur la carte – et dans le cœur des Anglais – la petite ville d’Ypres et ses nombreux cimetières militaires environnants. Ils sont encore énormément visités aujourd’hui, dont celui de Tyne Cot (le plus grand du Commonwealth). Passendale honore les hommes tombés en 1917 dans la fumée âcre, les arbres morts et l’eau boueuse qui ravit les plus faibles. Une “victoire” au prix fort.

 
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