Jane Birkin: "Je dois tout à Serge ! "

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Après "Arabesque", "Gainsbourg via Japan", "Gainsbourg poète majeur", maintenant le "Symphonique". Est-ce viscéral de continuer à vous glisser dans ses chansons ?

Ce n’était pas fait exprès ! J’étais au Québec pour le spectacle "Gainsbourg poète majeur", avec des lectures des textes de Serge par Michel Piccoli et Hervé Pierre. Au cours d’une interview là-bas, j’expliquais à la journaliste que Serge utilisait souvent la musique classique dans ses chansons. Je pensais bien entendu à "Baby Alone In Babylone", "Jane B.", "Lost Song", mais aussi à "Lemon Incest". Elle m’a demandé pourquoi je n’avais jamais interprété tout ça avec un orchestre philharmonique. Et cette exquise aventure a commencé là.

Serge Gainsbourg vous parlait-il souvent de sa fascination pour les compositeurs classiques ?

Je me rendais compte qu’il avait un grand savoir en matière de classique lorsqu’il m’a fait chanter "Jane B.", par exemple. Après, je n’étais pas tout à fait inculte de mon côté non plus, car j’avais été mariée avec le compositeur John Barry. Je pense d’ailleurs parfois à lui pendant les concerts. Serge enviait, de temps à temps, John. Pour ses orchestrations divines. Et pour avoir bénéficié des moyens de se payer des orchestres philharmoniques de 80 personnes pour certains films (rires). Pour les chansons, Serge n’avait pas ce luxe-là. Sur la table basse, chez lui, il y avait le portrait de Chopin. Mais il avait déjà fait son éducation avant que l’on se connaisse. Il ne m’a donc jamais emmené aux concerts classiques. Serge avait tendance à dire que c’était pour les initiés. C’était la même chose concernant son amour de la peinture.

Pourquoi avoir attendu ce symphonique pour chanter, pour la première fois, "Pull marine" ?

Il fallait une ou deux surprises pour ce spectacle. Je suis un peu gonflée de la faire, car Adjani la chantait divinement. Et puis, c’était un mini-portrait d’elle, quand même. Peu de gens savent que c’est elle qui a écrit la plupart des paroles. C’est très compliqué à interpréter comme chanson, il y a un maximum de mots. Mais j’espère bien m’en sortir !

Avez-vous été envieuse que Serge offre une telle chanson à Isabelle Adjani ?

On se tient surtout à sa place, dans ces cas-là. Je n’en menais pas large, car je l’avais quitté. Il n’y avait aucune raison que Serge me fasse un disque. Pourtant, c’est à cette époque qu’il m’a écrit quelques perles. Comme "Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve", ou "Les dessous chics". Puis, un jour, il me chantonne une mélodie. Et là, je l’arrête en lui glissant que c’est sublime. Mais il me rétorque : « Ah non ! Celle-là, c’est pour Adjani. » C’était bien fait pour ma gueule (rires) !

Dans la chanson "Une chose entre autres", Gainsbourg a mis dans votre bouche cette phrase : « Tu as eu plus qu’un autre/L’meilleur de moi. » Avec du recul, vous validez ?

C’est la vérité. Je dois tout à Serge. J’ai eu la chance d’avoir eu ce côté fragile de Gainsbourg, et il se gardait pour lui les chansons "Gainsbarre". Ce n’était pas une facette de lui que j’adorais, d’ailleurs. Mais maintenant, je me rends compte de la puissance mélodique de morceaux comme "Sorry Angel". Les jeunes adoraient, et c’est tout ce qu’il voulait à l’époque.

N’était-ce pas troublant de chanter les peines que vous lui aviez causées ?

C’est un cas psychologique, oui ! Pourquoi n’a-t-il pas trouvé une gamine de 17 ans, à la voix haute, pour les chanter à ma place ? Je crois qu’il était focalisé sur notre couple. Il me disait : « Que veux-tu, on est historique. »

Un lien amoureux, tenace et indélébile ?

Peut-être... En tout cas, il a trouvé un moyen pour que tout ça continue jusqu’à sa mort, et après. Est-ce qu’il avait deviné que j’allais porter ça, et encore emmener ses chansons partout 26 ans après ? Je lui suis reconnaissante à tous égards. Il a été d’une prévoyance incroyable pour Charlotte, Lulu, Bambou et moi. D’un point de vue financier, il a veillé à ce que l’on puisse s’en sortir. Quelques jours avant de mourir, il m’a offert un diamant. Savait-il que ses jours étaient comptés à ce moment-là ? Si c’était le cas, il a été vraiment courageux de ne pas partager ses craintes.

Vous avez dit récemment être enfin libérée sur scène. Pour quelles raisons ne l’étiez-vous pas auparavant ?

Et encore, je ne le suis pas complètement ! Les concerts me procurent un tel stress que je n’ai jamais pu vraiment en profiter. Cette fois, j’ai compris que je n’étais pas le personnage central. Lors de ces concerts symphoniques, que je sois là ou pas, la beauté de l’affaire est ailleurs. Au sein de l’orchestre et des arrangements. Bien sûr, j’essaie quand même de ne pas rater mon entrée, et de ne pas chanter à contretemps. C’est un minimum de respect pour le public.

Vous avez connu ces dernières années de sérieux problèmes de santé. Estimez-vous être une rescapée ?

Je n’ai pas eu peur de mourir, je n’étais pas vraiment consciente. Depuis quinze ans, je suis des traitements. Sauf que là, il m’est arrivé de telles tristesses, comme la mort de ma fille Kate, que ça ne m’a pas étonnée que le corps ne suive plus. Là, grâce à des cocktails magiques de médicaments, je peux encore jouer avec le temps. Je dois beaucoup aux médecins, et j’ai une réelle gratitude envers le personnel hospitalier.

Vous aviez écrit les paroles de votre album "Enfants d’hiver". Est-ce envisageable de reprendre la plume dans le futur ?

Il faut qu’il y ait une nécessité. À l’époque, j’avais surtout besoin de m’exprimer sur mon enfance, qui était le thème central du disque. Là, je ne ressens aucune urgence. J’aimerais réaliser un film ou une pièce au sujet de ma mère. Pour le moment, je suis partie pour un an et demi avec le "Symphonique", et cela me fait un bien fou. Après, on verra…

 
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