1er juin 2009 : Pierre-Louis, un destin brisé

1er juin 2009 : Pierre-Louis, un destin brisé

En Belgique, on l’appelait Pierre-Louis mais pour la Maison du Brésil, il était “Son Altesse royale dom Pedro-Luiz, prince d’Orléans-Bragance”, quatrième dans l’ordre de succession au trône après ses deux oncles et son père, Antonio d’Orléans-Bragance. C’est d’ailleurs avec lui qu’il passe sa dernière journée, en ce 31 mai 2009. Il fait magnifique sur Rio de Janeiro et sur Pétropolis, la “cité impériale”, berceau de la famille depuis qu’elle a régné sur le Brésil, entre 1822 et 1889.

Pour refermer comme il se doit ces quelques jours de vacances, la famille décide de faire un dernier parcours de golf. Pierre-Louis est un as de la discipline ! Sportif, il l’a toujours été, que ce soit sur les courts de tennis ou au football qui le passionne. Ce dernier morceau de vie de famille est merveilleux. Sur la route de l’aéroport de Rio, père et fils ont des conversations rares sur le sens de la vie. Dans un entretien à la presse locale, Antonio racontera plus tard que son fils lui avouait être vraiment heureux, et que Dieu était très important dans son existence. Il se souvient de son aîné qui, lorsqu’il était en voiture, appelait son père pour lui faire écouter un morceau de classique qu’il aimait. Une autre de leurs passions communes. Mais le destin va en décider autrement.

Il est 19h30 lorsque les 216 passagers pour Paris embarquent à bord de l’Airbus 447 d’Air France. Cinq heures plus tard, l’avion se désintègre à quelques miles des côtes brésiliennes. Il n’y a aucun survivant. Il faudra deux ans avant que l’on retrouve les boîtes noires et, qu’à la lumière des conversations enregistrées dans le cockpit, l’on prenne la mesure des événements qui ont conduit à l’accident. Le 5 juillet 2012, le Bureau d’enquêtes aériennes remet son rapport définitif. Les défaillances sont tant humaines que techniques : les sondes Pitot qui mesurent la vitesse sur la pression de l’air se sont couvertes de givre. L’avion a “décroché”, perdu de l’altitude et malgré les warnings, les pilotes n’ont pas apporté les réponses appropriées car ils n’ont pas compris la situation de l’appareil. En donnant l’ordre de cabrer, le pilote aux commandes a précipité l’avion dans le vide. En 4 minutes 23, l’appareil a chuté “en feuille morte” , sans piquer, avant de se désintégrer au contact de l’eau. À bord de l’avion, outre le prince, figuraient un célèbre architecte allemand, Moritz Kock, ou encore Harald, un Allemand qui était tombé amoureux d’une Brésilienne et qui rentrait chez lui pour préparer les documents de mariage de sa fiancée.

Un héritier brillant

Pierre-Louis était brésilien d’origine et belge de cœur. Il avait la double nationalité. Sa mère, Christine de Ligne, avait quitté le domaine familial de Belœil pour suivre Antonio sur ses terres brésiliennes et tenter de relancer, à force de rencontres à travers le pays, le processus dynastique. Le prince y croyait lui aussi dur comme fer, et accompagnait souvent ses parents, en sa qualité de président des “Jeunes monarchistes”. Brillant titulaire d’une maîtrise en entreprises, Pierre-Louis travaillait chez BNP Paribas Luxembourg. Ses patrons louaient un jeune homme doué, sympathique en diable et plein d’humour. Philosophe et profondément croyant, Antonio d’Orléans-Bragance s’est exprimé sur le drame qui a touché son fils : il l’a appris par la télévision, aux premières heures du matin. L’espoir était encore là. Mais le corps du jeune prince a été retrouvé un mois plus tard, le 5 juillet, et rendu à la famille. « Dieu a souhaité le rappeler à lui. C’est son choix et nous devons respecter sa volonté. » Ironie du destin : la cousine de Pierre-Louis, Alice, 24 ans, devait voyager à ses côtés. Elle prendra finalement un autre vol. Trois heures avant.

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern