Raphaëlle Giordano: "J’ai mis le doigt sur quelque chose d’universel"

Raphaëlle Giordano: "J’ai mis le doigt sur quelque chose d’universel"

Sorti à la rentrée 2015, " Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une" est devenu un phénomène de société. Véritable best-seller réédité à dix reprises et vendu à plus de 500.000 exemplaires, il a changé la vie de nombreux lecteurs. En mélangeant style romanesque et guide de développement personnel, Raphaëlle Giordano a trouvé la recette idéale pour rendre accessible à chacun les outils de la "psychologie positive". Son nouvel ouvrage, "Le jour où les lions mangeront de la salade verte", réutilise les mêmes codes pour s’attaquer à une autre thématique : les rapports de force et la muflerie de certains dirigeants. Rencontre avec l’auteure de ce phénomène littéraire.

Quand vous avez commencé l’écriture de "Ta deuxième vie", réalisiez-vous que vous aviez sous votre plume un futur best-seller ?

Je mentirais si je disais oui ! On ne peut jamais s’imaginer une réussite pareille. Par contre, je dois dire que je voulais fermement ce succès. J’étais habitée par la volonté que cet ouvrage marche. Après plusieurs années d’écriture, c’était mon huitième livre édité. Il faut savoir que quelques mois plus tôt, j’avais sorti un roman généraliste que j’avais envoyé à quinze maisons d’édition parisiennes : personne ne l’a pris ! Je sais donc ce que sont les échecs... Mais j’en ai tiré des apprentissages. Cela faisait plusieurs mois, plusieurs années même, que je portais en moi cette envie de me réaliser en écrivant un roman. C’était vraiment un rêve de vie. J’avais mes entrées dans l’univers de l’édition des livres de développement personnel car j’avais déjà écrit plusieurs ouvrages dans ce domaine. J’avais acquis une certaine légitimité. Je me suis alors tournée vers la maison d’édition qui avait édité mes livres de psychologie du développement. Je leur ai proposé d’écrire cet ouvrage, un mélange entre une fiction et des conseils.

Comment expliquez-vous une telle résonance auprès du public ?

J’ai mis le doigt sur quelque chose d’universel. Le roman fait d’ailleurs son tour du monde ; il a été traduit dans 32 langues ! Nous sommes assez nombreux à ressentir un mal qui nous touche, ce que j’ai appelé la "routinite aiguë". C’est une forme de désenchantement, de morosité. Je l’attribue à une perte de sens. Nos sociétés sont très évoluées, nous sommes tournés vers les biens de consommation. Mais souvent, les gens n’ont pas réfléchi à ce qui donnait du sens à leur existence. Ils n’ont presque plus d’idéaux. Les gens manquent de batailles personnelles.

Pourrait-on dire que la "routinite" est la maladie de l’enfant gâté ?

Cela s’en rapproche. La "routinite", c’est aussi quand on n’arrive même plus à se connecter à sa joie de vivre et à revenir à l’essentiel, à des choses simples. Le bonheur n’est pas si compliqué que cela. Mais le mal-être est vraiment réel, la souffrance est bel et bien là. Actuellement, vous avez accès à des tonnes d’informations sur le développement personnel. C’est presque trop ! L’objectif de mon livre était aussi de créer comme un petit film, avec un fil rouge, un chemin de transformation filmé du début à la fin. Il y a une mise en situation avec des expériences très concrètes.

Ce livre a bouleversé certains lecteurs qui ont concrètement décidé de changer leur manière de vivre. Que ressentez-vous d’avoir eu ce pouvoir?

Je trouve cela extraordinaire. Je suis touchée. Je n’ai évidemment jamais cherché à avoir ce pouvoir ! Je ne me mets pas au-dessus des gens, je ne me positionne pas comme une experte. Mais c’est vrai que j’y consacre tout mon temps et que j’ai, plus que les gens qui travaillent, la possibilité de découvrir des trouvailles. Je ne fais que partager ces choses avec mes lecteurs. Je mets à leur disposition ce que j’ai pu comprendre et expérimenter.

Dans votre nouvel ouvrage, vous vous attaquez à la "burnerie"…

Beaucoup de personnes ont pensé que cela avait un lien avec le burn-out. Mais pas du tout, la "burnerie" est le mot qui m’est venu pour "burnes", ces comportements trop chargés en testostérone, des rapports de force, des instincts dominateurs, des ego boursouflés, un manque d’écoute. Je n’ai pas eu besoin d’aller très loin pour chercher ce thème-là car les fondations de mon existence reposent sur la présence d’un vrai "burné", mon père. Je l’aime, j’ai fait le chemin du pardon. C’est un homme intelligent mais qui a un refus de travailler sur lui et de revenir sur ses blessures du passé, or c’est un homme blessé par son enfance. C’est vraiment de là que vient ma vocation. S’il avait travaillé sur ces blessures, cela lui aurait permis d’améliorer ses rapports aux autres. La genèse du livre est liée à ce que j’ai vécu avec mon père et ensuite dans mon parcours professionnel. Malheureusement, je suis tombée sur des hommes très "burnés". Et pourtant, je les aime, les hommes. Je ne suis pas féministe, mais force est de constater que les mecs sont plus concernés par ces comportements-là. Certaines femmes essayent même parfois aujourd’hui d’avoir le même comportement pour s’imposer. L’idée des lions est celle d’avoir beaucoup de personnalité, mais d’aller révéler sa puissance intérieure autrement, de venir gommer ces travers qui peuvent resurgir et qui sont néfastes pour l’entourage.

Après le succès de "Ta deuxième vie…", a-t-il été difficile de reprendre la plume, de se dire qu’il fallait faire mieux ou du moins tout aussi bien ?

Même avant le succès avéré de ce roman, le thème de ce nouveau livre m’habitait déjà. Cela s’est très vite construit dans ma tête et il y avait longtemps que cela me taraudait. L’ouvrage s’est vite écrit mais il y a eu des moments plus compliqués quand je suis arrivée au deuxième tiers du travail, car le premier livre commençait vraiment à très bien marcher. Il y a eu de plus en plus de pression au fur et à mesure. Ma maison d’édition et moi commencions à ressentir ce stress. Nous comprenions qu’il fallait que ce deuxième titre soit parfait, la barre était mise très haut.

Votre première héroïne, Camille, était une partie de vous. Ressentez-vous la même chose pour Romane ?

Même si ce sont des fictions, mes personnages sont des porte-parole de mes idées, de ce que j’ai envie de défendre ou de véhiculer. Donc oui, ce sont des parties de moi.

“Le jour où les lions mangeront de la salade verte”, éd. Eyrolles, 318 p., 16 euros.
“Le jour où les lions mangeront de la salade verte”, éd. Eyrolles, 318 p., 16 euros.

 
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