Seniors : surtout ne pas se priver !

Seniors : surtout ne pas se priver !

Une enquête menée par un médecin néerlandophone dans une maison de repos bruxelloise avait dévoilé un constat alarmant : 80 % des résidents y souffraient de malnutrition. Un comble quand on sait que l’alimentation des personnes âgées doit répondre à des besoins énergétiques spécifiques et être suffisante en quantité pour couvrir ceux-ci. « On ne peut pas se contenter d’une alimentation composée exclusivement d’un seul type de macro-aliments (protéines, lipides ou glucides), car l’objectif ne serait alors pas atteint, nous explique le Pr Sandra De Breucker, chef du service gériatrie à l’Hôpital Érasme (ULB). C’est un peu le piège pour les personnes âgées à qui l’on préconise souvent de manger beaucoup de protéines. C’est vrai mais il faut y ajouter des fruits et légumes frais et un apport calorique suffisant. » Or, avec l’âge, un manque d’appétit peut se faire sentir, pouvant être lié à une perte de goût et d’odorat, à la prise de médicaments, à une maladie ou encore à un moral qui n’est pas au zénith… D’autres facteurs peuvent jouer également en défaveur de l’envie de manger, comme une mycose ou une sécheresse buccale, une mauvaise dentition, des douleurs, l’obligation de suivre un régime sans sel ou encore une déshydratation. À partir de 65 ans, les seniors ont ainsi tendance à se détourner de la viande. Les papilles gustatives commencent en effet à être moins performantes et la saveur des aliments disparaît peu à peu.

Réveillez le carnivore en vous !

Le fait qu’ils mangent moins de viande – et donc de protéines – entraîne une fonte musculaire qui les fait entrer dans un cercle vicieux : diminution de la mobilité, repli sur soi, baisse de moral… « La fonte musculaire liée à l’âge est préoccupante, nous insistons donc sur l’importance de maintenir le capital musculaire et osseux, de façon à ce que les personnes âgées puissent conserver leur autonomie, insiste le Pr Sandra De Breucker. Pour cela, rien de tel qu’une alimentation équilibrée et de l’exercice physique. » Le "Guide français de nutrition pour les aidants des personnes âgées" souligne qu’une perte d’appétit se traduisant par un amaigrissement, même léger (2 kg), doit être considérée comme un signal d’alarme et signalée au médecin traitant. Manger peu fragilise. « Il faut considérer que 1 gramme de protéine est nécessaire par kilo de poids corporel, par jour, explique le Pr De Breucker. Ainsi, si vous pesez 60 kg, vous aurez besoin de 60 g de protéines par jour. Et donc, puisqu’un morceau de 20 g de viande contient 4 g de protéines, il faudrait que la personne âgée consomme 200 g de viande par jour + 1 yaourt + 1 verre de lait + 1 fromage pour avoir son quota de protéines. Voilà ce qui convient à une personne âgée en bonne santé. » Le médecin reconnaît qu’il s’agit d’un véritable challenge car la plupart se détournent également des produits laitiers qu’elles disent ne pas supporter. « Il leur suffit alors de remplacer le verre de lait par un morceau de fromage », poursuit la spécialiste. Pour une personne âgée malade ou en état de malnutrition, les normes recommandées sont de 1,2 à 1,5 g de protéines par kilo de poids corporel. Et toujours de l’exercice physique.

Se muscler à tout âge

« Ce qui est positif, c’est que, même à 95 ans, les gens sont encore capables de fabriquer de la masse musculaire, encourage le Pr De Breucker. Une étude réalisée aux États-Unis en 1995 a d’ailleurs démontré qu’avec un complément alimentaire enrichi en protéines et de l’exercice physique modéré, les personnes âgées présentaient un gain de masse musculaire de 50 % ! » Pour réaliser cette expérience, les chercheurs américains avaient opté pour de l’exercice physique à base de plateformes vibratoires et pour des compléments alimentaires en bouteilles de 200 à 300 ml, contenant 350 calories et 12 à 14 g de protéines. « Un ou deux flacons par jour de ces compléments peuvent être recommandés, pour un laps de temps déterminé, mais il convient bien de ne les utiliser, comme leur nom l’indique, qu’en "complément" d’une alimentation naturelle équilibrée et enrichie par ailleurs. Il s’agit quand même de produits chimiques ! », met en garde le médecin qui se bat depuis des années pour que l’on puisse obtenir le remboursement de ces compléments alimentaires – comme c’est le cas partout ailleurs en Europe – lorsqu’ils s’avèrent indispensables au maintien en bonne santé de la personne.

Les conseils du médecin

- Ne pas penser que c’est normal de manger moins parce que l’on est âgé.

- Éviter les menaces : « Allez, il faut manger, hein ! Sinon on devra te placer… » Cela ne sert à rien.

- Comprendre les causes de la malnutrition ou du refus de manger et ne surtout pas considérer qu’il n’y a rien à faire.

- Éviter les conseils aberrants qui se perpétuent de génération en génération : « Il faut manger du foie de veau ou de la cervelle. » Si la personne n’aime pas cela, ce n’est pas une bonne idée. Il faut au contraire aller vers ce qu’elle aime.

- Fractionner les repas. Penser aux collations, au goûter… Mieux vaut manger de petites quantités plusieurs fois par jour. Qui a dit que l’on était obligé de ne manger que trois fois par jour ? Notre physiologie n’est pas forcément adaptée à ce rythme.

- Servir de petites quantités dans l’assiette, quitte à se resservir. Une enquête a démontré que la première chose qui influence l’appétit est la quantité servie. Quand il y a trop, l’appétit s’éteint tout seul.

- Penser à assaisonner les plats. Il faudrait dans l’absolu multiplier par dix la quantité de sel dans un aliment pour que la personne âgée puisse le goûter et multiplier par six l’amertume (à ne pas faire évidemment). En revanche, le sucré est le seul goût qui ne s’altère pas avec l’âge.

- Ne pas s’étonner qu’un régime soit libéralisé après 80 ans : « C’est souvent très dur, pour les personnes âgées, après 20 ans de restrictions alimentaires, de s’entendre dire qu’elles peuvent à nouveau consommer les aliments qui leur étaient interdits. Le sel pour les insuffisants cardiaques, le sucre pour les diabétiques… L’explication est simple : la maladie a généralement eu le temps de se stabiliser. »

Le saviez-vous ?

Quand il mange en compagnie d’autres convives, l’homme mange 25 % de plus que s’il mangeait seul. Pour la femme, il s’agit d’une augmentation de 15 %. Une bonne raison pour s’attabler en compagnie de nos grands-mères…

Enrichir les mets

Pour susciter le goût et l’envie de manger, rien de tel que de lier une sauce ou d’enrichir un gratin, un potage ou une purée, avec du lait concentré non sucré, du fromage râpé, des œufs, une part de crème de gruyère, du jambon mixé, une béchamel. Optez pour le gratin dauphinois ou l’omelette généreuse aux pommes de terre, oignons, fromage et fines herbes. Prévoyez une collation consistante : gâteau de riz, pain perdu, lait de poule, crème de marrons, pudding aux œufs… Évitez d’écraser les médicaments dans la nourriture car cela en change le goût. Pour les personnes qui ont des problèmes de mastication ou de déglutition, moulinez la viande, de même que les autres ingrédients qui composent le plat mais sans les mélanger, afin de conserver la saveur de chacun et surtout une présentation incitant à la consommation.

 
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