Des batteries géantes pour stocker  l’électricité !

Des batteries géantes pour stocker  l’électricité !

L’iceberg est droit devant, mais le capitaine (la ministre fédérale de l’Énergie, Marie-Christine Marghem) n’a pas encore donné l’ordre de dévier le paquebot dans telle ou telle direction… En caricaturant à peine, voilà la situation de la Belgique sur son terrain énergétique. L’arrêt du nucléaire (qui fournit actuellement un peu plus de la moitié de notre électricité, 56 % exactement) est décidé pour 2025, mais les solutions de remplacement restent totalement floues. Un “pacte énergétique” aurait dû être promulgué en cette fin d’année par le gouvernement, en accord avec les trois Régions, donnant le cap à suivre pour les 30 ans à venir. Mais patatras, c’est encore raté ! En attendant l’impossible compromis, chacun avance ses pions et ses idées. Dans sa toute dernière étude, la société Elia (le gestionnaire du réseau électrique haute tension) n’est pas du tout rassurante, estimant que le choc de la sortie du nucléaire risque de causer « des situations de pénurie, des hausses de prix et même de graves problèmes d’approvisionnement ».

Le spectre du black-out refait surface ! Elia estime que si l’on maintient la décision d’arrêt total du nucléaire, il faudra construire rapidement neuf nouvelles centrales au gaz (qui devraient entrer en action pour l’hiver 2025-2026 déjà). Une solution moins coûteuse passerait, selon Elia, par la prolongation d’au moins deux réacteurs atomiques – les deux plus récents sur les sept actuels – qui resteraient en activité au moins dix ans de plus (une option qui divise aujourd’hui le gouvernement fédéral). Mais Elia estime déjà qu’il faudra compter sur les pays voisins pour nous fournir assez de courant pour surmonter certaines périodes de forte consommation. Une certitude : l’avenir du système électrique belge passera par un mélange de fournitures, un “mix énergétique”, avec une part de plus en plus importante d’énergies renouvelables (soleil, vent, biomasse surtout), mais aussi un recours massif à des centrales capables d’assurer l’essentiel de la demande si nécessaire, notamment lors des périodes où il n’y aura pas assez de soleil ou de vent.

Fabriquer de l’hydrogène

Selon Elia, une autre voie à explorer pour compléter ces scénarios est le stockage d’électricité à grande échelle. C’est l’un des défis majeurs du futur : découvrir comment stocker, en grande quantité, l’électricité produite à un moment précis et la renvoyer sur le réseau lorsqu’on en a besoin. À l’heure actuelle, la production d’électricité est adaptée en continu à la demande réelle. Le recours de plus en plus important au solaire ou à l’éolien, deux sources de production inconstantes, demande à l’avenir de mettre en place un système plus intelligent, capable de stocker l’électricité excédentaire produite à un moment et la restituer quand elle vient à manquer. Les géants du secteur énergétique ont des projets concrets. On parle notamment de conversion d’électricité en… gaz mais aussi de batteries géantes. Le premier procédé, appelé “Power to Gas”, consiste à fabriquer du gaz avec de l’électricité excédentaire, gaz qui sera ensuite brûlé en temps utile pour recréer de l’énergie. Plusieurs projets tournent déjà. Exemple avec une centrale hybride d’Engie en Allemagne : l’électricité des éoliennes qui n’est pas consommée sert à fabriquer de l’hydrogène, qui est lui-même réutilisé plus tard comme carburant pour voiture ou combustible pour centrale électrique. On vous passe les détails scientifiques mais le procédé de “Power to Gas” consiste à utiliser de l’électricité excédentaire pour une électrolyse de l’eau, ce qui permet de créer de l’hydrogène. On peut aussi fabriquer du méthane de synthèse lors d’un procédé similaire.

La seconde idée de stockage dans des batteries géantes au lithium-ion est mise à l’épreuve un peu partout dans le monde, notamment par Tesla, qui commercialise déjà des batteries XXL pour les entreprises (appelées Powerpacks) et va construire un accumulateur géant couplé au parc éolien de Horsdale, en Australie. Cette méga-pile rechargeable aura une capacité de 126 MWh, de quoi alimenter 30.000 foyers durant une pénurie d’électricité. L’idée des batteries géantes est aussi testée chez nous, à Drogenbos. Ce projet belge a été mis en lumière de manière accidentelle, le 11 novembre dernier, lorsqu’un incendie a détruit un container de batteries au lithium sur le site d’Engie Electrabel le long du ring de Bruxelles, dégageant des fumées qui ont contraint les Bruxellois à se calfeutrer chez eux. Depuis quelques semaines, Engie testait là un système de stockage d’électricité à taille industrielle. L’incendie, qui a détruit un seul des six conteneurs de batteries sur le site, ne remet pas en cause la suite des opérations, expliquait-on la semaine dernière chez Engie, qui croit fermement à cette option de stockage. Les tests en cours, les premiers jamais menés en Belgique, concernent différents types de batteries de différents fournisseurs. Une capacité de 6 MWh était testée au moment de l’incident. La volonté est de passer progressivement à une capacité de 20 MWh. Ce n’est pas énorme, mais un bon début tout de même. « Une telle capacité pourrait déjà aider Elia, le gestionnaire du réseau, à accroître la stabilité et la fiabilité de l’approvisionnement », assure Engie.

Et les batteries pour particuliers ?

Pour les propriétaires de panneaux solaires, la tentation est grande de se tourner vers les nouvelles batteries domestiques. L’idée est formidable : l’électricité excédentaire produite par les panneaux lors d’une journée ensoleillée est stockée dans une batterie dans la maison, et cette énergie est utilisée lorsque la production des panneaux est nulle, le soir (ou la nuit pour recharger une voiture électrique, par exemple). L’intérêt de ces batteries domestiques est aussi de prendre le relais du réseau en cas de panne de secteur, d’alimenter directement toute la maison en cas de black-out. Mais le prix reste un écueil sérieux. Comptez près de 6.880 euros pour une batterie Tesla Powerwall de 14 kWh, plus 900 à 2.300 euros de frais d’installation (chiffres émanant du site de Tesla, leader du marché dont les batteries sont commercialisées en Belgique par Eneco), une batterie garantie dix ans. Pour beaucoup de particuliers, ce n’est donc pas encore très rentable, d’autant plus que beaucoup de propriétaires de panneaux solaires peuvent encore utiliser sans frais le réseau comme une grosse batterie (le compteur tourne à l’envers). Ce qui va changer avec la nouvelle redevance réseau. Déjà appliquée en Flandre, elle arrive à Bruxelles l’an prochain et en 2019 en Wallonie). Elle pénalisera l’usage du réseau lorsqu’on réinjecte l’électricité que l’on a produite soi-même. On estime le coût à 400 euros par an en moyenne en Wallonie. On pourra éviter cette redevance, au moins en partie, avec une batterie domestique et un compteur bidirectionnel (qui mesure l’usage réel du réseau).

 
 
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