Climat belge: des étés à 37 degrés en 2060 !

Climat belge: des étés à 37 degrés en 2060 !

6 juillet 2063. La canicule s’est à nouveau installée depuis quelques jours en Belgique. Les prévisions de l’Institut royal météorologique (IRM) passent en boucle sur les écrans. Et les avertissements de sécurité aussi. Buvez beaucoup, sortez peu, n’arrosez plus les jardins. Les maxima vont atteindre 37ºC, à l’ombre, dans le centre du pays et en Campine. Même température à la côte. Il fera un peu plus frais en Ardenne (35ºC) et dans les Hautes-Fagnes, ou plutôt ce qu’il en reste vu l’assèchement général (33ºC). Mais c’est la nuit que les Belges souffrent le plus : la température reste bloquée au-dessus de 24ºC, passant même à 27ºC dans le centre. Les aînés se souviennent de la canicule de 2003, 60 ans plus tôt, qui a fait des milliers de morts en Europe, en France surtout, la première d’une longue série. Pure fiction ? Malheureusement non, les températures évoquées ci-dessus sont des prévisions scientifiques, réalisées tout récemment par l’IRM dans le cadre du projet Cordex.be, mené durant deux années en partenariat avec différentes institutions, dont la KUL, l’UCL ou l’ULg. Objectif du projet : déterminer l’évolution du climat en Belgique jusqu’à la fin du siècle. Et le rapport Cordex.be, qui sera remis très prochainement aux autorités fédérales, est effrayant.

Qu’en retenir ? L’IRM a notamment calculé l’évolution de la température moyenne dans notre pays. Aujourd’hui, elle est de 11ºC environ (en moyenne jour et nuit, sur 365 jours). En 2100, elle passerait à 14,5ºC. Cette augmentation de 3,5ºC est calculée sur la base du scénario le plus pessimiste du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui ne prévoit aucune baisse des rejets de CO2. En cas de réduction (drastique) des émissions de gaz à effet de serre, la hausse de la température pourrait être limitée à 0,5 ou 1,5ºC, selon les calculs de l’IRM basés sur deux autres scénarios plus optimistes du Giec. Quel chiffre est le plus réaliste ? Les rapports transmis lors du dernier sommet sur le climat, la COP23 à Bonn la semaine dernière, confortent le scénario numéro 1. En 2017, les émissions de CO2 liées aux énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), responsables de l’essentiel du réchauffement, sont reparties à la hausse après trois ans de relative stabilité, ont ainsi alerté les scientifiques.

Et la sortie officielle des États-Unis de l’accord de Paris, entérinée à Bonn, est désastreuse. Pour rappel, l’accord de Paris vise à limiter le réchauffement à 2ºC en moyenne. Lors du sommet de Bonn, la délégation officielle des États-Unis (principal pollueur derrière la Chine) est même venue expliquer que le recours aux énergies fossiles était une… bonne chose pour le climat. « Promouvoir le charbon à un sommet sur le climat, c’est comme soutenir le tabac à une conférence sur le cancer », a commenté, acerbe, Michael Bloomberg, ex-maire de New York, grand opposant au président Donald Trump. La seule note d’optimisme côté US ? Plusieurs états américains (Washington et Oregon, par exemple) ou plusieurs grandes villes (New York entre autres) ne suivront pas Trump et appliqueront l’accord à leur niveau.

La mer monte

Pour l’IRM, si nous ne parvenons pas à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, la température en Belgique augmentera dans une fourchette de 2,6 à 3,5 degrés lors de la période 2070-2100. C’est beaucoup. On considère qu’une augmentation supérieure à 1,5ºC a un impact direct sur les espèces animales et végétales et les phénomènes météorologiques extrêmes. À quoi ressemblera notre climat ? Concrètement, les hivers froids vont progressivement disparaître chez nous, avec en corollaire une augmentation des quantités de pluie de l’ordre de 20 %. En été, par contre, la sécheresse sera plus régulière. Les vagues de chaleur vont se multiplier, et ce déjà à moyenne échéance. « On peut tabler sur quinze jours de plus de vague de chaleur (soit plus de 30ºC le jour et 18 la nuit pendant trois jours d’affilée) dès 2035 », nous explique un expert de l’IRM. Le nombre de tempêtes violentes augmentera aussi dans notre pays. La côte est davantage menacée : des tempêtes spectaculaires, avec une élévation du niveau de la mer de 3,5 mètres, reviendraient en moyenne tous les 20 ans…

Les Hautes Fagnes condamnées

Selon une étude prospective de Greenpeace et de l’UCL, publiée en 2004 mais malheureusement toujours d’actualité, une augmentation nette de la température en Belgique aura des effets directs sur la biodiversité. On cite régulièrement des apparitions de nouveaux animaux (des insectes surtout, comme des libellules ou des moustiques) mais moins la disparition attendue d’autres espèces fragiles. Des poissons d’eau douce froide sont ainsi menacés, comme les ablettes ou les gardons. Des espèces végétales aussi sont promises à l’extinction, comme les hêtres qui ont besoin de périodes de gel pour se multiplier. Des milieux, déjà menacés, seront condamnés. L’exemple le plus frappant est celui des Hautes Fagnes. Le scénario le plus probable est la disparition des tourbières, dans les 50 ans à venir. L’impact du réchauffement sur la santé humaine est tout aussi important.

Le positif d’abord : « La baisse hivernale du nombre de jours très froids diminuera la mortalité cardio-vasculaire », explique Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l’UCL. Mais le cortège des mauvaises nouvelles est plus long, de l’apparition de nouvelles maladies à l’augmentation des problèmes respiratoires liés à l’ozone plus présent dans l’atmosphère. La chaleur, surtout, va tuer. « Une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur accroît la mortalité et la morbidité liées au stress thermique. Le taux de mortalité dans les grandes villes pourrait être doublé ou triplé durant les jours de température exceptionnellement élevée », prédit le professeur van Ypersele. Lors de la seule vague de chaleur de l’été 2003, environ 1.300 personnes de plus de 65 ans étaient décédées en Belgique. Glaçant.

 
 
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