Nawell Madani : «Je ne cherche pas à être un modèle»

Nawell Madani : «Je ne cherche pas à être un modèle»

Ce premier film contient beaucoup d’éléments personnels, comment avez-vous fait le tri entre ce que vous vouliez raconter et le reste ?

Je me suis inspirée d’étapes clés de ma vie et de ma carrière, ce qui donne de l’authenticité, comme cet incident qui a tout déclenché – ma pugnacité, ma repartie –, à savoir mon accident, enfant (elle a été grièvement brûlée au 3e degré, ndlr). J’ai ouvert pas mal de portes de mon intimité, c’est vrai. J’ai édulcoré certaines choses aussi. La vraie galère, elle a duré dix ans, par exemple. Je n’ai pas dormi qu’une nuit dans ma voiture quand j’ai débarqué à Paris, mais plusieurs… J’allais me laver dans une piscine du 19e. Mais je ne voulais pas verser dans le larmoyant. À partir du moment où j’ai choisi de nommer mon personnage Lila, je me suis éloignée de moi. Cela m’a permis de faire des digressions, d’insérer des fantaisies.

Le film vous donne malgré tout l’occasion de régler certains comptes, entre autres avec le machisme ambiant dans certains milieux…

C’est une réalité, c’est la vie d’une femme. Une fille dans une famille n’aura pas les mêmes libertés qu’un garçon ; une fille qui veut percer dans le hip-hop doit s’imposer dans des battles face à une majorité d’hommes ; une fille à qui l’on demande de se déshabiller pour figurer dans un clip où les mecs sont habillés… Tant que dans le monde du travail, les femmes resteront payées 20 % de moins que les hommes, on aura des comptes à régler. Pour le reste, je ne cite pas de noms, mais je pense que certains se reconnaîtront (rires).

Le film rend aussi un bel hommage à la famille…

Le film rend hommage à beaucoup de gens : à mon pygmalion, qui m’a tout appris (incarné ici par François Berléand, l’idole de son papa, ndlr), aux icônes de mon enfance comme "Rocky" ou l’héroïne de "Flahsdance", et évidemment à la famille. À mes parents, qui se sont beaucoup sacrifiés pour moi, à cette génération d’immigrés avec qui le dialogue n’était pas aussi fluide qu’aujourd’hui. Je voulais souligner à quel point ces parents avaient peur pour leurs enfants. Là où beaucoup ne voient que des freins à l’émancipation de la femme, il y a avant tout une envie de protéger ses enfants, ses filles en particulier. Aujourd’hui, tout ce que mon père m’a refusé, interdit, je le comprends et le valide. Il n’avait pas envie que je sois danseuse ou actrice, parce qu’à l’époque, les femmes étaient souvent réduites à des objets, à qui l’on demandait de se dénuder à la moindre occasion. Cela ne fait pas si longtemps que l’on voit des films axés sur une héroïne forte, que des actrices peuvent refuser de se déshabiller…

Vous défendez depuis toujours la place de la femme… Cela engendre de nombreuses réactions de la part de jeunes filles, voire de petites filles ?

Je n’ai que ça ! Sur les réseaux sociaux, les messages affluent non-stop. Je suis hallucinée par le nombre de témoignages de filles, de femmes plus âgées aussi, qui se sentent représentées. Qui se disent que grâce à moi, les rêves sont accessibles. Ça me touche d’autant plus que je ne cherche pas du tout à être un modèle. D’un autre côté, ça me met une sacrée pression car j’ai peur de les décevoir. Mais ça me booste aussi, je sais que je dois poursuivre dans cette voie. D’ailleurs, là, je bosse sur mon prochain film !

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