MC Solaar: «L’éloignement, c’est comme une psychanalyse»

(©) Benjamin Decoin.
(©) Benjamin Decoin.

On l’avait laissé au "Chapitre VII" de son existence, pensant qu’il écrirait bientôt la suite. Seulement voilà, dix années ont passé, et pas de nouvelles de MC Solaar. Certes, une fois par an, il ne manquait pas de jouer les "Enfoirés" mais, de retour en chanson, il n’en était pas question. C’est pourquoi ce nouvel album a tout d’une très bonne nouvelle, qu’on découvre sous la forme d’un traité de "Géopoétique" et qui parle de l’influence de la géographie intime du presque cinquantenaire sur sa poésie, toujours aussi allumée, toujours aussi entraînante.

Vous avez pris une année sabbatique qui aura duré une décennie. Ça n’a pas été trop dur de revenir ?

Je suis victime de mes lectures. J’ai trop lu de livres d’utopistes qui disaient qu’il fallait aller bosser en usine, partir à la campagne fabriquer des fromages de chèvre, pour savoir ce qu’était la vraie vie. J’ai voulu aller vers la vraie vie, passer de l’autre côté. Je voulais également être là pour mes enfants, afin de ne pas avoir de regrets. Mais ça aurait pu être moins long. Je ne conseillerais à personne de faire la même chose. Surtout pas à un artiste. Avec le recul, je dirais qu’il faut vraiment essayer de concilier sa vie d’artiste avec tout le reste. Ce qui n’empêche pas de mettre les priorités au même niveau que les mondanités. Parce que trois ans, ça va, mais dix ans, c’est beaucoup.

Quel regard portent les gens sur un artiste qui ose se mettre aux abonnés absents pendant dix longues années ?

L’éloignement, ça peut avoir du bon. On n’est plus dans le jeu social, on se projette, on réfléchit. Ça fait une psychanalyse. Ce qui est difficile, c’est que, quand on est un musicien et qu’on n’a pas fait quelque chose depuis un an, les gens vous regardent en se disant : « Oh, le pauvre ! » Ils n’arrivent tout simplement pas à imaginer que, peut-être, on est heureux ailleurs. Quand un artiste "disparaît", ce n’est jamais porté à son crédit. Sauf, peut-être, en ce qui concerne Jean-Jacques Goldman.

(©) Benjamin Decoin.
(©) Benjamin Decoin.

Sur le premier morceau de l’album, "Intronisation", vous vous dites « plus Claude que Solaar ». C’est le cas aujourd’hui, plus que jamais ?

Oui, on peut dire qu’aujourd’hui je suis plus Claude que Solaar. D’ailleurs, ce personnage de Solaar, il date plus de l’époque où j’avais cette parole poétiquement guerrière. Solaar, il n’a jamais existé dans le quotidien, il n’apparaît que sur scène, dans les clips. Sinon, il y a toujours eu Claude – dans un bar, pas sur la piste de danse – pour le tempérer, pour lui interdire de casser des chambres d’hôtel ou de partir en vrille.

C’est vrai que, comme vous l’avez raconté dans une interview, vos enfants aiment mieux les chansons de Sardou que les vôtres ? Ils les connaissent au moins ?

Ce sont des enfants connectés, ils connaissent tout. J’ai raconté ça parce que j’ai une petite fille qui adore les "Kids United" et leur album "Sardou et nous". Quand je le lui ai apporté, elle a sauté de joie. Mes enfants écoutent de tout. Je ne leur donne rien, surtout pas d’ordres. L’essentiel, c’est l’école. C’est le seul truc que je suis de près, parce que l’éducation, ça reste la chose la plus importante.

 
 
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