La fin du diesel va rapporter de l’argent à l’État

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Partagé près de 500.000 fois, un message attribué à un ancien chimiste de Total fait fureur sur le réseau social Facebook, en France mais aussi en Belgique. L’auteur prétend donner la vraie raison de la charge menée aujourd’hui contre le diesel: ce n’est pas une question de santé mais une simple affaire de gros sous. En résumé, remplacer toutes les voitures diesel par des modèles essence entraînera une consommation générale supérieure de carburant (un moteur diesel consomme moins qu’un moteur essence) et donc une augmentation des taxes perçues par l’État. Notre chimiste a fait les comptes pour la France: si l’on convertit le parc automobile français de 38 millions de véhicules en 100% essence, l’opération rapporterait 11 milliards d’euros supplémentaires annuels au gouvernement français. Alors, fake news? Soir mag a soumis cette analyse à la Fédération pétrolière belge et a fait les comptes pour la Belgique. Et c’est nettement moins évident, même si le transfert de motorisation serait également une bonne opération pour les finances de l’État.

Accises en hausse

À court terme, dans le courant de l’année 2018, les accises sur le diesel et l’essence vont donc être égales en Belgique. Officiellement pour des raisons de santé publique (les fumées de diesel sont considérées comme cancérigènes depuis 2012 par l’OMS), le gouvernement relève progressivement les taxes sur le diesel, qui va donc bientôt coûter aussi cher que l’essence. Comptez bientôt environ 60 centimes d’accises par litre de carburant, essence ou diesel, selon l’estimation de la Fédération pétrolière. Pour calculer l’évolution de la vente de carburants, nous avons comparé la consommation d’une voiture essence moderne (7 litres aux 100 km) et celle d’une voiture diesel récente (5,5 litres): 1,5 litre de différence aux 100 km. À raison de 15.000 km en moyenne annuelle par voiture, cela donne une augmentation de la consommation de 225 litres par an. En accises, on arrive donc à 135 euros de taxes en plus. Ajoutons aussi le supplément de TVA à payer (environ 24 centimes par litre d’essence), soit 54 euros de plus par voiture. Total par nouvelle voiture essence: 159 euros de taxes supplémentaires perçues. Aujourd’hui, 60% des voitures en circulation roulent au diesel, soit 3,3 millions. En supposant que toutes ces voitures soient converties d’un coup de baguette magique en modèles essence, cela donnerait 524,7 millions de recettes supplémentaires pour l’État. La Fédération pétrolière penche plutôt sur une conversion progressive de 2 millions de voitures diesel vers l’essence. Ce qui ferait une rentrée de 318 millions supplémentaires. «C’est important, mais pas tant que cela quand on sait que les seules accises sur les carburants ont rapporté, dans leur ensemble, 5,2 milliards d’euros en 2016. Cette recette supplémentaire n’est certainement pas la motivation première du gouvernement, qui vise plutôt ici à rétablir une équité fiscale entre les différents carburants», commente Jean-Pierre Van Dijk, secrétaire général de la Fédération Pétrolière Belge. Pour être honnête, le calcul fiscal est même nettement plus complexe que notre estimation, notamment du fait du prix de vente des voitures essence neuves moins élevé que les modèles diesel, d’où une TVA inférieure reversée à l’État…

En attendant l’électrique

À plus long terme, le gain fiscal de l’État sur les ventes d’essence est menacé par l’arrivée des véhicules électriques, qui devraient s’imposer partout dès l’horizon 2020-2030. Nos dirigeants devront d’ici là plancher sur un nouveau système de taxation pour compenser la perte de revenus. Et on peut leur faire confiance…

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