Huit choses importantes à savoir sur les loups

Huit choses importantes à savoir sur les loups

Aux dernières nouvelles (un communiqué du 26 janvier de l’Institut flamand pour l’étude de la nature et des forêts), le premier loup officiellement revenu en Belgique se trouve toujours dans les environs du domaine militaire de Bourg-Léopold, dans le Limbourg, dans une zone boisée où l’animal trouve suffisamment de nourriture. Nourriture sauvage ou non... Les données GPS ont ainsi confirmé que l’animal avait bien tué deux moutons à Meerhout.

Naya

Le loup en question est une louve, baptisée Naya. Elle est entrée en Belgique entre Noël 2017 et début janvier 2018. L’animal est originaire d’Allemagne, et est suivi grâce à une balise GPS par des scientifiques de l’Université de Dresde. Il a parcouru 500 kilomètres en dix jours, pour traverser une partie de l’Allemagne, des Pays-Bas, et s’installer dans le Limbourg.

Quatre cas suspects en Wallonie

Naya n’a pas (encore ?) mis une patte en Wallonie. Mais d’autres loups y seraient pourtant déjà bel et bien revenus. Des indices de présence de Canis lupus ont été enregistrés au sud du pays, au moins depuis 2011. Aujourd’hui, des témoignages crédibles, mais aussi des carcasses de gibier ou de moutons tués, accréditent le passage d’un ou plusieurs loups à quatre endroits différents de la Wallonie, dans les massifs de Saint-Hubert et du plateau des Tailles (La Roche). Mais aucune preuve scientifique formelle n’a encore été formellement apportée. Des analyses ADN (sur des poils notamment) devraient livrer leurs secrets dans quelques semaines, nous explique Alain Licoppe, du Département de l’Étude du milieu naturel et agricole (Demna), le “Monsieur Loup” de la Région wallonne (lire plus bas sur le Réseau Loup). Selon lui, il est hautement probable que des loups soient bel et bien déjà passés en Wallonie. «Ces animaux en quête de nouveaux territoires sont des solitaires, qui parcourent un grand nombre de kilomètres. Ils sont très mobiles mais aussi très discrets. En Flandre, le loup n’a été aperçu par personne. Seul son collier émetteur GPS permet d’être certain qu’il s’y promène… » Alors, si le loup n’est pas déjà en Wallonie, il va y arriver un jour ou l’autre. Il est désormais présent dans tous les pays qui nous entourent, y compris au Grand-duché de Luxembourg, où un loup a été identifié en juillet 2007 après avoir tué des moutons. Autant donc se préparer à ce retour inévitable. Et connaître quelques réponses à ces huit questions que vous vous posez sur les loups. Alain Licoppe nous a aidés à y répondre.

1. D’où viennent les loups qui arrivent ?

Il ne s’agit pas d’une réintroduction, mais d’une dispersion naturelle et progressive des populations de loups qui ont survécu dans des pays où ces animaux n’ont pas été exterminés, principalement la Pologne et l’Italie. Complètement protégées depuis la Convention de Berne (1982), les populations de loups ont recommencé à croître et à se disperser (voir notre carte ci-dessous). Le loup “flamand” est ainsi issu d’une population allemande, elle-même venue de Pologne. Les loups qui recolonisent le sud de la France viennent, eux, de populations italiennes. Précision utile : avant son extermination, le loup était présent dans toute l’Europe, y compris chez nous. Le dernier loup belge a été tué à Erezée en 1897.

2. Que mangeront les loups chez nous ?

En priorité : du gibier. Surtout des chevreuils ou de jeunes sangliers, devenus très abondants dans nos forêts. Mais des attaques de troupeaux de moutons ou de chèvres sont aussi à craindre. Le cas de Naya l’a déjà démontré. Le loup est un opportuniste : plus simple pour lui de tuer un mouton dans un enclos que de courser un chevreuil bondissant dans la forêt ! « On voit effectivement dans certains pays voisins que des loups s’en prennent aux ovins et aux caprins. C’est pour cela que nous avons déjà des contacts avec les représentants des éleveurs. Mais lancer des programmes de protection avant que le loup ne soit là, ce ne serait pas très intelligent », commente Alain Licoppe. Certitude : éleveurs et chasseurs vont devoir s’habituer à avoir un prédateur sur leur terrain.

3. Que faire si je vois un loup ?

« Faire des photos ! », réagit Alain Licoppe en riant. La rencontre risque en tout cas d’être très brève. Le loup craint l’homme et le fuit. « Les loups qui arrivent chez nous sont issus de populations sauvages très méfiantes, bien plus que celles qui vivaient en Europe au XVIIIe siècle ». Autre réflexe : prévenir immédiatement le Réseau Loup (lire plus loin).

4. Ce n’est pas dangereux, un loup ?

« En cas de rencontre fortuite, on peut conseiller de ne pas s’enfuir, de rester debout pour montrer qu’on est le dominant. Mais je répète que le loup va partir tranquillement, en vous observant, car il est curieux », rassure Alain Licoppe. Un chien domestique, par contre, pourrait servir de proie à une meute de loups (pour le moment, on ne parle que d’individus isolés).

5. Pourquoi les loups ont-ils si mauvaise réputation ?

Charognards sur les champs de bataille, les loups ont endossé lors des siècles passés une réputation de “mangeurs d’hommes”. Des cas d’attaques sur des humains ont aussi eu lieu jadis, du fait d’animaux enragés. Et les loups ont aussi pris la fâcheuse habitude d’attaquer les animaux domestiques, surtout après la Révolution française. Le gibier, très chassé, disparaît alors des forêts. Et celles-ci sont défrichées pour faire paître le bétail. Le loup manque de ressources et s’approche des hommes, s’attaquant au bétail. Les conflits avec les humains sont alors plus importants. Des enfants, qui gardent seuls des troupeaux en lisière de forêt, sont attaqués. Au XIXe siècle, une campagne d’éradication du loup, devenu symbole du mal, finit par être menée dans quasi toute l’Europe. Deux cents ans plus tard, la situation est très différente, mais la culture populaire garde ancrée cette crainte du loup, toujours véhiculée par des contes et légendes.

6. Pourquoi le loup est-il un allié précieux pour nos forêts ?

Si la pression sur les élevages est régulée, la présence du loup dans nos régions doit être considérée comme une bonne chose. Il s’agirait du retour du premier prédateur naturel pour le gibier très (trop) abondant. Le lynx (le retour de ce gros chat n’a jamais été prouvé jusqu’ici) pourrait être le second à revenir en Belgique. Ces prédateurs peuvent réguler les populations de cerfs, chevreuils et sangliers mais surtout réinstaller une crainte naturelle chez ces animaux qui limiterait leur présence dans des zones ouvertes (cultures, plantations…) où ils font le plus de dégâts.

7. Peut-on confondre un chien et un loup ?

Des races de chiens (obtenues par croisement avec de vrais loups) sont visuellement très proches des loups. C’est le cas des chiens-loups tchécoslovaques ou des chiens-loups de Saarloos. « D’après DogID, l’organisme officiel d’identification, ces chiens sont nombreux en Belgique, d’où un risque de confusion », explique Alain Licoppe. La Région wallonne a formé des experts pour reconnaître les loups et leurs dégâts éventuels. Ces derniers seront indemnisés (pas d’indemnisation s’il s’agit d’attaques de chiens).

Alain Licoppe, du Réseau Loup, prévient : tuer un loup est passible de 8 jours à 6 mois de prison.
Alain Licoppe, du Réseau Loup, prévient : tuer un loup est passible de 8 jours à 6 mois de prison.

8. Un chasseur peut-il tirer un loup ?

Non. Le loup est intégralement protégé par la loi, dans toute l’Union européenne, sauf dérogation exceptionnelle (quelques autorisations locales en France). Un braconnier qui tuerait un loup en Wallonie risque une peine d’emprisonnement de huit jours à six mois et/ou une amende entre 100 et 100.000 euros.

Le Réseau Loup prêt à intervenir

En prévision du probable retour du loup au sud du pays, des experts sont mobilisés, prêts à intervenir. La Région wallonne a mis en place un Réseau Loup. Autour des spécialistes du Département de la Nature et des Forêts viennent se greffer des représentants des chasseurs (Royal Saint-Hubert Club de Belgique), des naturalistes (Plateforme “grands prédateurs”, regroupant différentes associations) et des éleveurs (Collège des producteurs ovins-caprins). Les scientifiques de l’Université de Liège complètent ce réseau. L’ensemble est piloté par le Département de l’Étude du milieu naturel et agricole (Demna, SPW). Au total, une trentaine de membres ont été formés par les spécialistes français de l’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage à la reconnaissance des indices de présence du loup. Ils peuvent notamment détecter des blessures spécifiques sur les moutons (à la gorge en particulier), analyser les cadavres, les traces, etc. Cette étape est importante, surtout pour l’indemnisation des éleveurs qui seraient touchés. Un système d’alerte loup est mis en place, également accessible aux citoyens qui peuvent ainsi signaler la présence d’un animal ou des traces suspectes. « Il est important de réagir très vite. Après quelques jours, un cadavre de proie, par exemple, n’est plus exploitable », explique Alain Licoppe, du Demna. Où s’adresser ? Un site internet donne la procédure : www.reseauloup.be. Vous pouvez aussi appeler le numéro de téléphone du Réseau Loup : 081/626.420.

Les photos de loups qui illustrent cet article ont été prises par l’auteur au Parc Animalier des Pyrénées.

 
 
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