Les sédentaires en danger de mort!

Si l’on en croit l’adage "Qui n’avance pas recule", les sédentaires seraient donc en voie de disparition. Entendons-nous bien : ce n’est pas la sédentarité qui est en train de disparaître (ce serait trop beau), non, ce sont les sédentaires qui finissent par trépasser, vaincus par le manque d’exercice physique. Les chiffres en provenance de l’Observatoire français de l’activité physique, publiés dans "Le Figaro", parlent d’eux-mêmes : 3,8 % des décès sont dus au fait de rester assis plus de trois heures par jour et ce, quel que soit le niveau d’activité physique par ailleurs. Les chercheurs ont également pointé la gravité de la sédentarité des quadragénaires qui sont en position assise en moyenne douze heures par jour et même neuf heures durant leurs congés !

Au bureau, devant l’ordinateur, dans les transports en commun, en voiture, à table, devant la télévision, en lisant ou en envoyant des messages… Les occasions de s’asseoir ne manquent pas. Or, pour le cardiologue François Carré, auteur de "Danger sédentarité, vivre plus en bougeant plus" (éd. du Cherche-Midi) : est sédentaire celui qui reste assis en moyenne sept heures par jour. Et, pour compenser les effets de cette sédentarité, il faudrait selon lui compter au moins une heure et demie à deux heures d’activité physique par jour. Mais les Français ne sont pas les seuls à avoir relevé les méfaits de la position assise.

Des chercheurs britanniques du NIHR Leicester Biomedical Research Centre se sont également penchés sur les dangers qu’elle représente pour la santé en étudiant, pendant une semaine, une bonne centaine de personnes présentant un risque élevé de diabète de type 2. À l’aide d’un accéléromètre, ils ont tout d’abord mesuré le temps que les participants restaient assis ou allongés au cours de la journée et observé la répartition de ces moments statiques. Ensuite, via des IRM (imagerie médicale par résonance magnétique), ils ont entrepris de mesurer la quantité de graisse qu’ils présentaient dans le foie, autour des viscères et des zones subcutanées et finalement la masse graisseuse abdominale totale. Le résultat fut interpellant : plus les personnes adoptaient la position assise, plus leur taux de graisse abdominale était élevé et ce, quels que soit leur âge, leur origine ethnique et même le temps qu’elles consacraient à de l’activité physique ! Bien évidemment, ceux qui, en plus d’être sédentaires, ne pratiquaient pas les 150 minutes d’exercice physique modéré recommandées par semaine, présentaient un niveau de graisse encore plus élevé que les autres.

Des risques multiples

« Il faut bien se rendre compte que lorsqu’on parle d’activité physique, il ne s’agit pas nécessairement de sport, nous explique le Dr Jean-Pierre Castiaux, spécialiste en médecine du sport aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Faire ses courses ou aller à l’école à pied, emprunter l’escalier plutôt que l’ascenseur, faire un tour à vélo, se garer loin exprès, emmener le chien en balade, se déplacer pendant la pub à la télé, bêcher son jardin… sont autant d’activités physiques qui font de vous quelqu’un d’actif et qui vous éloignent des dangers de la sédentarité. » Et ceux-ci sont multiples ! Risque d’hypertension, d’obésité, de maladie cardiovasculaire (notamment risque plus élevé de faire des caillots sanguins et insuffisance cardiaque, c’est-à-dire une perte de la puissance de contraction du cœur), risque de stress, de diabète de type 2 (qui s’installe très vite), d’arthrose, de problèmes musculo-squelettiques et même de vieillissement biologique prématuré…

La sédentarité, tout comme l’apparition de graisse autour de nos organes internes qu’elle entraîne, peut causer des dégâts considérables ! Pour les personnes âgées chez qui elle cause de la fonte musculaire et de l’ostéoporose, la sédentarité présente carrément un risque accru de perte d’autonomie. Selon le cardiologue français Michel Galinier (CHU de Toulouse), interrogé par "Le Figaro" : « Le simple fait de passer de la position assise à debout un quart du temps de la journée diminue d’environ 21 % la mortalité cardiovasculaire. » Voilà une heureuse nouvelle car, pour ceux qui ne mettraient pas ce bon conseil en pratique, le médecin a calculé un bien sombre destin : au-delà de quatre heures par jour en position assise, chaque heure passée augmente en effet le risque de mortalité de 2 % et au-delà de huit heures, l’augmentation du risque passe même à 8 %, un risque qui peut même être encore majoré à 34 % si l’on reste assis pendant dix heures…

Bref, le cardiologue français ne mâche pas ses mots : rester assis constitue un acte potentiellement mortel. Tandis que rester debout, du fait du travail que cela requiert de la part des muscles, est bon pour le système cardiovasculaire. Évidemment, comme rien n’est parfait, la station debout prolongée n’est pas top pour la circulation veineuse, mais cela, c’est une autre histoire. Ou alors, vous aurez vite compris que c’est le mouvement qui compte ! Ni assis ni debout sans bouger et le tour est joué… « Une demi-heure d’exercice physique par jour, ce n’est pas si compliqué, nous confirme le Dr Jean-Pierre Castiaux (photo). C’est le mot "sport" qui rebute bien souvent. Mais il y a des alternatives plus faciles à adopter. De plus en plus de sociétés organisent par ailleurs des activités pour leurs employés. Certaines disposent même de salles de fitness.

La notion d’activité physique est désormais bien intégrée : la plupart des gens ont enfin compris qu’elle constituait un facteur de protection indispensable pour l’organisme. Ses bienfaits sont multiples, tant pour se protéger des maladies cardiovasculaires qu’ostéoarticulaires. L’exercice physique permet notamment aux articulations d’être mieux soutenues. Et puis, ses bienfaits se manifestent aussi sur le plan moral ! On sort, on sécrète de l’endorphine, on brûle le sucre et les graisses… L’exercice physique permet de conserver un bon métabolisme et il prolonge la vie. » Une étude réalisée en Angleterre, qui posait à un panel de personnes la question de savoir quels étaient les facteurs favorables à une meilleure qualité de vie et à une meilleure acceptation du vieillissement, a démontré que la chance d’être en bonne santé arrivait en premier lieu, directement suivie par l’exercice physique.

On s’y met à 65 ans !

Plus on commence jeune, mieux c’est évidemment. Les enfants de sportifs le deviennent généralement aussi. Mais il n’est jamais trop tard pour se choisir un sport ou pour se mettre à bouger davantage. « Beaucoup de gens commencent à 65 ans, lorsqu’ils prennent leur retraite, et on voit rapidement leur forme gagner du terrain, s’enthousiasme le Dr Castiaux. Les bénéfices commencent à apparaître après trois mois déjà ! Grâce au sport, les nouveaux retraités, souvent désorientés par tout le temps libre qui s’ouvre devant eux, recommencent une nouvelle vie. Par ailleurs, ceux qui ont déjà fait un infarctus ou qui souffrent de diabète ont tout intérêt à s’y mettre aussi. Même le risque de récidive d’un cancer est lié à la quantité d’exercice physique ! » C’est désormais dans les hôpitaux que se dessine l’avenir de la médecine du sport, tant en matière de thérapie que de prévention (voir encadré). Mais il ne faudrait pas en oublier pour autant les bénéfices du régime alimentaire équilibré qui doit accompagner l’exercice physique. « Pour autant, le sport ne fait pas vraiment maigrir, mais il permet d’accentuer les bénéfices d’un bon régime alimentaire, reconnaît le Dr Castiaux. Si l’on doit maigrir, le sport tout seul ne sert à rien. Les bienfaits d’un bon régime commencent… quand on l’arrête et que l’on fait du sport pour en maintenir les effets. »

Le sport délaissé par l’école

Nous sommes devenus un peuple de sédentaires. « Sans doute parce que l’on vit trop bien, avec trop de choses… », soupire le Dr Jean-Pierre Castiaux, qui est formel : si les enfants ne font pas davantage de sport à l’école, ils n’en feront pas plus tard. « Il faudrait absolument augmenter le nombre d’heures d’éducation physique, nous dit-il. Le nouveau Pacte scolaire s’est penché sur le problème, mais pas suffisamment ! On parle de citoyenneté, d’éducation civique… mais pas assez de l’éducation physique qui est pourtant primordiale pour la santé de la future génération. Nous, médecins du sport, estimons qu’il faudrait au moins trois heures de cours par semaine, que ce soit de la gym, de la danse, du sport, des jeux… Inspirons-nous des écoles allemandes où les enfants n’ont pas congé le mercredi après-midi qui est consacré à de l’exercice physique obligatoire. Hélas ! Du côté francophone, il semble devenu impossible de mettre tout le monde d’accord à ce sujet ! »

Debout les morts !

La plupart des études soulignent l’importance de l’exercice physique régulier pour contrecarrer les effets délétères de la sédentarité. Mais, en 2015, des chercheurs ont laissé entendre que la position assise représentait un facteur de risque à elle seule et que, pour être en forme, il était davantage nécessaire de réduire le temps que l’on passe assis plutôt que d’augmenter son activité physique. Bref : autant jouer sur les deux tableaux !

 
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    Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Sont-ils dangereux pour la santé publique ? Plongée dans cette nébuleuse anti-vaccins qui se fait de plus en plus entendre en Belgique grâce à la crise du coronavirus. Enquête réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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