Françoise Hardy: «On n’apprend qu’à coups de souffrance, de douleur et d’erreurs»

Françoise Hardy: «On n’apprend qu’à coups de souffrance, de douleur et d’erreurs»

À 74 ans, après avoir frôlé la mort en 2015, Françoise Hardy sort un nouvel album que personne, pas même elle, n’attendait vraiment. Un disque qui s’est construit à la faveur de "belles mélodies" et de rencontres fortuites, quoique presque "à son insu". Reste que le temps ne fait rien à l’affaire. De son écriture toujours exquise, la dame continue, comme "Personne d’autre", à évoquer le temps qui passe et qui invite à bientôt prendre "Le large", ainsi que les "amours délétères" dont les flammes d’autrefois ont désormais le goût de la cendre.

Ce nouvel album est très mélancolique. Diriez-vous qu’il reflète votre état d’esprit actuel ?

Ce sont les mélodies qui m’inspirent et comme les plus belles mélodies sont toujours plus ou moins mélancoliques… C’est pour ça qu’il ne faut pas prendre ce que j’écris au pied de la lettre. La mélodie m’entraîne d’elle-même vers certaines choses, qui ne sont pas forcément un reflet fidèle de ma réalité. De toute façon, ça m’est très difficile de commenter une chanson. Tout est déjà dedans. Il y a aussi une chose qui est contraignante. J’ai 74 ans et je suis obligée de chanter des textes qui soient crédibles pour moi. Évidemment, quand on arrive à l’âge que j’ai aujourd’hui, les relations de couple, ça n’existe plus. Ou alors tout à fait autrement. D’une manière générale, je ne crois pas que ce soit à 70 ans passés qu’on puisse espérer réussir ce qu’on n’a pas été capable de réussir des décennies plus tôt.

L’amour n’est peut-être plus au centre de vos préoccupations mais, en ce qui concerne les personnages de vos chansons, il revêt encore et toujours une importance majeure…

Il y a beaucoup de choses que j’ai comprises sur le plan de l’amour, que je ne comprenais pas du tout quand j’étais plus jeune. On n’apprend qu’à coups de douleur, de souffrance et d’erreurs. J’ai fatalement commis des erreurs mais ça m’a aidée à comprendre certaines choses. J’ai compris qu’être dans une sorte d’abnégation totale par rapport à l’autre, c’est une erreur. J’ai cru pendant longtemps que c’était une preuve d’amour mais ce n’est bien pour personne. Il y a quelque chose de terriblement immature là-dedans. Il y a tellement de choses à comprendre, en ce qui concerne l’amour, que je pense qu’une vie ne suffit pas.

“La mélodie m’entraîne d’elle-même vers certaines choses, qui ne sont pas forcément un reflet fidèle de ma réalité.”

Dans la chanson "Personne d’autre", qui donne son titre à l’album, vous évoquez une femme qui attend un signe, sans jamais le voir venir. Il vous est arrivé de vous dire qu’à un moment ou à un autre, vous étiez passée à côté de certains signes ?

C’est une chanson qui parle de mon passé, du début de mon histoire avec Jacques (Dutronc, ndlr), même si j’ai fait en sorte que ça reste sibyllin. Je crois que ça tient au temps qui passe. On se souvient avec émotion des débuts d’une histoire, puis des caps difficiles qu’il a fallu passer. En même temps, les choses se brouillent un peu, se mélangent. Le passé déteint sur le présent. Cela dit, je sais qu’il m’est arrivé de comprendre tout à fait autrement certains signes qui m’avaient été envoyés. Il n’y a pas longtemps, quand j’écrivais mon autobiographe, j’ai pensé à Bob Dylan. Il n’aurait pas pu se passer quelque chose entre nous. Pourtant, il y a quelque temps, on m’a envoyé les brouillons de deux lettres écrites par lui et libellées "For Françoise Hardy". Elles m’ont beaucoup émue, parce que j’ai compris qu’à cette époque, en 1966, il avait fait une fixation très adolescente et très romantique sur moi. J’étais très fan et je me rappelle que j’étais allée le voir en concert. Or, après l’entracte, il se trouve qu’il n’a pas réapparu. Quelqu’un est venu me trouver pour me dire qu’il ne remonterait pas sur scène si je n’allais pas le saluer en coulisses. Je m’y suis rendue mais on était pétrifié l’un par l’autre. Il ne parlait pas un mot de français et moi, pas beaucoup d’anglais. Après le concert, je me rappelle être allée dans sa suite avec Johnny (Hallyday, ndlr), qui était là aussi ce soir-là. À un certain moment, Dylan a ouvert la porte de sa chambre et il m’a demandé de l’y rejoindre, moi seulement. Il m’a fait écouter deux chansons de son nouvel album, qui n’était pas encore sorti en France. Il y avait "Just Like A Woman", qui reste aujourd’hui encore l’une de mes chansons préférées, et un autre morceau qui s’intitulait "I Want You". Ce n’est que des décennies plus tard que, pour la première fois, j’ai compris définitivement qu’il avait voulu me faire passer un message. Mais, à l’époque, je n’avais pas du tout capté.

La chanson qui clôt l’album s’intitule "Un mal qui fait du bien" et, pour le coup, on a le sentiment d’un morceau tout particulièrement intime.

C’est une mélodie qui m’a tellement plu que j’ai tout de suite su que j’allais l’utiliser pour terminer l’album. Je tenais à ce que ce soit une conclusion en points de suspension. C’est peut-être la seule chanson où je fais vaguement allusion à ce qui m’est arrivé en 2015. Un pied de nez du destin. Vous pensez que vous allez mourir et puis, finalement, vous ne mourez pas.

© Benoit Peverelli.
© Benoit Peverelli.

 
 
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