Mon compagnon se masturbe…

La masturbation en solitaire est-elle problématique pour un couple ?

Souvent ce qui pose problème, c’est la découverte inopinée de la masturbation, quand l’un cache son auto-érotisme et que l’autre la découvre. Le premier a l’impression d’être fautif, d’avoir commis une bêtise. Le second se sent dans le rôle d’un parent qui découvre quelque chose qu’on lui cache. Tous deux sont souvent mal à l’aise. Il convient alors non de cacher la masturbation mais de l’expliquer et de rassurer : « je t’aime, je te désire, j’aime faire l’amour avec toi mais de temps en temps, quand tu n’es pas là, je me masturbe. » Maintenant la masturbation peut être problématique si elle perturbe la sexualité du couple et qu’elle remplace la relation avec l’autre. Certaines personnes peuvent devenir addictes au plaisir solitaire. Il faut savoir aussi qu’à partir d’un certain âge, pour les hommes, la sexualité a des limites : jouir plusieurs fois sur une journée est plus difficile. Si vous vous masturbez, vous aurez dès lors moins envie d’avoir un rapport. Par contre pour les femmes, les choses sont différentes puisqu’elles peuvent avoir autant d’orgasmes qu’elles le veulent sur la même journée.

La masturbation en solitaire trahit-elle un manque ? Une insatisfaction ?

Pas forcément. Certaines personnes peuvent se masturber parce qu’elles n’ont plus – ou pas assez – de relations sexuelles avec leur partenaire. Mais d’autres se masturbent seuls pour s’offrir tout simplement un moment de plaisir même si le ou la partenaire n’est pas là. Aux personnes qui ont des difficultés à accepter la masturbation de leur compagne ou compagnon, je donne souvent l’image du verre de vin. Vous pouvez adorer boire un verre en compagnie de votre moitié et en même temps vous offrir un petit apéro seul.

La masturbation permet de connaître son corps et de s’initier au plaisir. Elle est un premier pas important dans l’évolution érotique d’une personne. Qu’apporte-t-elle à une personne adulte ?

La sexualité évolue tout au long de la vie. Le ressenti à 20 ans n’est pas le même que celui à 40 ans car on devient plus libre, plus ouvert. La masturbation peut participer à cette liberté.

La masturbation en solitaire peut s’accompagner de fantasme dans lequel une personne autre que la ou le partenaire est impliqué. Que dites-vous à la personne qui se sent coupable de ce fantasme infidèle ?

Il faut bien faire la différence entre fantasme et réalité. L’un n’est pas l’autre. La fantasmagorie implique l’imaginaire et fantasmer sur un autre, ce n’est pas tromper son partenaire.

Faut-il, selon vous, dire à son partenaire que l’on fantasme sur d’autres personnes ?

Tout dépend du degré de confiance que les partenaires ont. Si l’un est très jaloux, il vaut mieux ne rien dire.

La masturbation au sein du couple peut-elle enrichir la vie intime ?

C’est un « plus » dans la vie du couple. On peut se masturber devant l’autre, masturber l’autre, etc. Cette pratique permet de varier les plaisirs. Il est important d’avoir une vie érotique qui innove : il est conseillé de changer d’endroit, de cadre, de position… Tant de couples se plaignent de la routine de leur vie intime. Un peu de fantaisie ravive le désir et le plaisir.

Comment expliquer qu’en ce XXI e siècle la masturbation soit encore taboue ?

Ce n’est pas tant la masturbation qui est taboue que le fait d’en parler. Pour beaucoup de personnes, il est difficile d’aborder ce sujet surtout en couple. Les raisons de cette timidité sont aussi personnelles qu’historiques. Elles sont liées à l’éducation que l’individu a reçue et qui peut le culpabiliser de s’adonner à cette pratique. Et puis pendant des siècles cette pratique a été diabolisée par les religions monothéistes et par le pouvoir médical au 18e siècle. Celui

La masturbation, si on en parlait ?

Dans cet ouvrage, Bruno Ponsenard aborde cette pratique de façon aussi nuancée que simple. À travers mille et une questions telles « à partir de quel âge est-il normal de se masturber ? » « Est-ce que tout le monde le fait ? « Est-il normal de ne pas jouir en se masturbant ? » « J’ai besoin d’un vibromasseur est-ce normal ? », le sexologue et psychanalyste français commente une pratique essentielle de la vie sexuelle jugée encore trop souvent taboue. Les explications sont aussi bien médicales que psy et sexologiques, illustrées par des cas cliniques.

Édition la musardine, 200 p., 16 euros

 
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