Les mystères de Stonehenge

MUSEE GALLO-ROMAIN DE TONGRES
MUSEE GALLO-ROMAIN DE TONGRES

La plaine s’étend à perte de vue. Verte et fleurie. Venteuse aussi. Au milieu des collines du comté du Wiltshire, des pierres sombres et épaisses se profilent au loin. Il faut s’en approcher pour être pris par la force mystérieuse des monolithes de Stonehenge. Disposés en cercle, les uns sont debout, travaillés avec soin, coiffés de pierres faisant office de linteaux, eux-mêmes maintenus grâce à des tenons, les autres sont brisés et couchés, beaucoup ont disparu au fil des millénaires. C’est que les mégalithes de grès sarsen et de pierre bleue ont été dressés il y a plus de 4.500 ans! Ils ont été élevés sur un site occupé depuis des millénaires et aujourd’hui inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Les fouilles ont en effet montré que huit millénaires avant notre ère, des fêtes et rituels de grande ampleur ont été organisés dans ce site naturel où ciel et terre semblent se marier; des ossements d’animaux et des outils en silex attestant des festivités. Des hommes et des femmes s’y installèrent quelque 4.000 ans plus tard et commencèrent à cultiver les terres et édifier des tumulus pour célébrer leurs disparus.

Mais l’histoire réelle du monument débute vers 3.000 avant J.-C. quand des agriculteurs se mirent à creuser un large fossé circulaire entouré par un mur. À l’intérieur de ce cercle, ils élevèrent 56 piliers pour marquer la sacralité du lieu. Et quelque 500 ans plus tard, ils y placèrent de gigantesques pierres de quartzite verticales, hautes parfois de 7 mètres, des pierres bleues et de sarsen qui, étonnement pour les dernières, proviennent du pays de Galles éloigné du site de 240 kilomètres! Comment les hommes de la Préhistoire purent-ils transporter et lever de tels monolithiques? Et pourquoi? Les questions ont longtemps taraudé les archéologues qui ont parfois avancé des explications aussi loufoques que celles d’interventions extraterrestres. Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent pour dire que Stonehenge ne fut ni l’œuvre de druides ni un observatoire astronomique mais un temple ainsi qu’un cimetière.

Le site entier recèle des nombreux tumulus qui abritent bien des sépultures dont les trésors sont conservés dans le méconnu Wiltshire Museum situé à une vingtaine de kilomètres. Mais Stonehenge fut bien plus que cela. «Stonehenge est un vrai projet politique», explique Mike Parker Pearson. «Il faut se rendre compte que 4.000 personnes venant des différentes régions de l’île – soit 10% de la population totale – unirent leurs efforts pour amener les pierres sur le site et les élever!» Reconnu comme le grand spécialiste du site et l’archéologue faisant autorité en la matière, Mike Parker Pearson a démontré que Stonhenge ne pouvait être compris que si on le mettait en relation avec d’autres monuments érigés à proximité et en particulier avec celui de Durrington Walls où des traces d’habitations et de monuments circulaires en bois ont été découvertes. Les sites ne seraient d’ailleurs que les deux moitiés d’un même complexe, selon le professeur Pearson, l’un dédié au monde des vivants et l’autre à celui des morts. La disposition des pierres confirme l’hypothèse car au solstice d’hiver, le soleil disparaît dans l’alignement des pierres de Stonehenge tandis qu’au solstice d’été, le soleil se lève dans celui des cercles de bois du Durrington Walls…

Stonehenge. Au-delà du mystère. C’est à ce site intrigant et fascinant que le dynamique Musée gallo-romain de Tongres consacre sa prochaine exposition d’envergure qui se tiendra du 13 octobre au 21 avril 2019.