DMLA: les jeunes en danger !

DMLA: les jeunes en danger !

Les tout premiers signes d’une future DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) passent relativement inaperçus : une vision un peu trouble, un manque de contraste, des lettres qui se chevauchent, le besoin d’avoir plus de lumière pour lire… Mais ces symptômes pouvant être associés à d’autres pathologies, seul un examen ophtalmologique approfondi pourra confirmer un début de DMLA, une maladie qui touche la macula, c’est-à-dire le centre de la rétine situé à l’arrière de l’œil, responsable de la vision des détails, de la lecture… Avec le temps, si elle n’est pas traitée, la rétine travaille de moins en moins bien et cela finit par endommager la vision centrale, voire conduire à la « cécité légale ». « Cette maladie évolue de deux façons, nous explique le Dr Édouard Duchâteau, ophtalmologue, chef de clinique au CHU de l’Université de Liège. Soit elle s’atrophie car elle n’est plus bien oxygénée et nourrie : dans ce cas, des sortes de « clairières » vont apparaître dans la rétine, autrement dit des zones de non-vision. La personne voit des taches, des mots disparaissent à la lecture, les visages deviennent flous. Il s’agit d’une forme atrophique : la rétine se meurt tout doucement.

La deuxième forme consiste en la fabrication, par la choroïde (la partie de l’œil qui supporte et nourrit la rétine), de nouveaux vaisseaux sanguins en riposte à l’apparition de la maladie. Il s’agit en fait d’une fausse bonne idée car ces vaisseaux, qui ne sont pas étanches, causent de l’œdème dans la rétine qui commence alors à gonfler et à se déformer. On parle dans ce cas de dégénérescence humide (ou néovasculaire). Non seulement la vision devient floue, mais en plus on a l’impression que tout, autour de nous, se déforme. Les lignes droites deviennent des zigzags, les photos semblent chiffonnées, les portes ondulent… Après un certain temps, la rétine, qui travaille de moins en moins bien, augmente encore son appel à l’aide par des facteurs de croissance : les vaisseaux sanguins prolifèrent alors de plus belle et, ce faisant, détruisent la rétine centrale. La personne ne voit alors plus au centre, mais uniquement sur les côtés. Il lui est désormais impossible de lire ou de reconnaître un visage. Il faut savoir que la forme atrophique de la maladie peut devenir néovasculaire. On peut aussi avoir un œil à dégénérescence atrophique et l’autre à dégénérescence humide. »

De multiples facteurs de risque

La prédisposition génétique peut multiplier jusqu’à 250 fois la probabilité de faire une DMLA : elle est ainsi le premier facteur de risque, mais plusieurs gènes peuvent participer à cette augmentation. « Cela dit, on peut très bien être porteur d’un risque génétique sans faire la maladie, nous explique le Dr Duchâteau. Dans le cas, par exemple, de jumeaux dont l’un d’eux serait atteint de DMLA, le risque pour l’autre n’est « que » de 50 %. En revanche, si l’on est porteur d’un ou de plusieurs gènes, il est donc intéressant de modifier son mode de vie pour éviter de développer la maladie. » Le tabac est en deuxième position : il augmente cinq fois le risque. Ensuite viennent tous les autres facteurs liés au mode de vie : l’alimentation, l’obésité, les maladies cardiovasculaires et surtout… l’exposition à la lumière bleue. Celle provenant de la lumière naturelle, contre laquelle on peut se prémunir en portant des lunettes solaires de qualité, mais aussi et surtout celle émanant des écrans et des nouveaux éclairages de type led.

« La lumière bleue est soupçonnée d’être un toxique puissant pour les yeux, nous explique le Dr Duchâteau. Le cristallin, petite lentille située derrière l’iris, évolue avec l’âge et, chez un enfant de moins de 10 ans, il ne filtre pratiquement pas la lumière bleue. À partir de 25 ans, il la filtre à 85 %. On ne peut donc absolument pas laisser sortir les enfants et les adolescents au soleil, à la mer ou à la montagne sans lunettes solaires de qualité. Leurs yeux ne sont pas protégés. » Mais ce n’est pas tout : trois études ont démontré le lien avec l’exposition à la lumière bleue, dont l’une montrait qu’elle avançait de dix ans le risque de développer une DMLA. Alors qu’il y a quelques années, les premiers signes de la maladie n’apparaissaient pas avant 60 ans, on observe aujourd’hui que 1 % de la population présente un début de DMLA entre 50 et 55 ans, c’est-à-dire lorsque ces personnes sont encore actives. Non seulement on a de plus en plus de cas de DMLA précoce, mais la maladie apparaît aussi de plus en plus tôt sous sa forme agressive. On s’écarte donc de plus en plus des anciennes statistiques.

Choisissez bien vos lampes !

« Prenez un écran d’ordinateur, de tablette ou de smartphone, poursuit le Dr Duchâteau. Le fond de l’écran sur lequel vous allez taper votre texte est blanc : c’est parce que, par souci d’économie, il est rétroéclairé par des lampes leds dont le spectre lumineux est très fort en lumière bleue. La lumière blanche qui sort d’une led est en réalité faite de lumière bleue que l’on a modifiée avec du jaune pour en faire du blanc. Et donc, plus la lumière est blanche, plus elle contient de bleu. Quelqu’un qui se trouve devant son écran pendant toute la journée ou un enfant scotché en permanence sur son smartphone ou son PC est en réalité en train de regarder une lampe contenant de la lumière bleue, et ce directement et à proximité des yeux ! Ce faisant, il intoxique sa rétine. »

De même, il est très mauvais de placer des ampoules leds dans des lampes de bureau, à proximité des visages. Autrefois, les ampoules à incandescence ne contenaient pas de lumière bleue toxique. Actuellement, on peut encore se procurer (mais pour combien de temps ?) des ampoules halogènes (spectre beaucoup plus rouge) qui n’en contiennent pas non plus. « Si l’on opte pour des ampoules leds au plafond, cela passe encore, avertit le Dr Duchâteau. Mais dans tous les cas, il faut les choisir avec maximum 2.700 kelvins : on a alors affaire à des leds dont la lumière est plus chaude. Car plus les leds sont blanches, plus la toxicité est grande pour les yeux. » Plusieurs études, réalisées avec des lampes leds blanches (lumière froide de 4.000 à 6.500 kelvins) vendues dans le commerce, ont démontré des brûlures de rétine chez les souris et les rats de laboratoire. Au Japon, où les cas de DMLA étaient extrêmement rares, le changement d’habitudes alimentaires qui a vu les Japonais se convertir à la nourriture occidentale riche et grasse, combiné à la multiplication des écrans, ont entraîné une augmentation nette des taux de DMLA, désormais similaires à ceux des pays occidentaux.

Traitements : l’avenir est prometteur

Il existe actuellement plusieurs traitements curatifs, essentiellement destinés aux personnes souffrant de DMLA humide. « Depuis 15 ans, on a mis au point des injections à l’intérieur de l’œil d’anticorps qui vont bloquer le signal chimique de prolifération des vaisseaux sanguins, facteur principal de la DMLA, nous explique le Dr Duchâteau. Différentes molécules existent pour inhiber l’inflammation. Les vaisseaux évoluent en effet de plusieurs microns par jour et si l’on ne fait rien, on risque d’atteindre la cécité en quelques semaines. Il est donc primordial de traiter le plus rapidement possible, de façon à stabiliser la vision. » Mais l’avenir est prometteur ! Les études sont en cours actuellement pour tenter de réparer la rétine définitivement abîmée via la greffe de cellules-souches. Ce sont des cellules que l’on prend sous la peau ou dans le sang du patient et auxquelles on « apprend » à redevenir des cellules de base, c’est-à-dire des cellules pouvant servir à recréer du tissu de n’importe quelle partie du corps. Ces cellules de base pourront ainsi être reprogrammées pour refaire de la nouvelle rétine et ainsi être incorporées dans celle-ci aux endroits malades (les fameuses « clairières ») où elles agiraient comme des « patchs ». « Il y a quinze ans, on devenait malvoyant à tous les coups, à plus ou moins long terme, rappelle l’ophtalmologue. Aujourd’hui, on peut arriver à stabiliser la vision et on n’en est encore qu’au début… Bientôt, on espère la réparation ! »

L’ULg choisie par l’Europe

Cela fait exactement un an que l’équipe de la Pre Agnès Noël (ULg) a démarré ses travaux de recherche d’un traitement destiné à soigner la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Pour qu’elle puisse mener à bien ces études, l’Europe a financé l’Université de Liège à concurrence d’un million d’euros. La mise sur le marché du médicament est attendue d’ici dix à quinze ans… « Nous sommes légèrement en avance sur notre planning », nous confie la Pre Agnès Noël. Entre-temps, l’équipe liégeoise a doté le LBTD (Laboratory of Tumor and Development Biology) d’un équipement d’analyse ophtalmologique exceptionnel et unique en Europe, le « Micron IV » de Phoenix Research Labs. Cet appareil, qui permet de réaliser des analyses complètes de la rétine, sera utilisé pour tester les anticorps générés contre une molécule impliquée dans la progression de la DMLA.

Épidémie annoncée

Aujourd’hui, la DMLA atteint 10 % des personnes entre 55 et 65 ans. 20 % de celles qui ont entre 65 et 75 ans et 30 % des 75 à 80 ans. Ces chiffres devraient encore s’alourdir au cours du temps, à cause de l’utilisation des nouveaux types d’éclairage et des écrans. Non seulement de plus en plus de gens souffriront de cette maladie, mais celle-ci apparaîtra de plus en plus tôt dans la vie. Pour enrayer cette progression, de bonnes habitudes alimentaires, l’arrêt du tabac et une diminution drastique de l’exposition à la lumière bleue semblent désormais essentiels.

Des moyens pour contrer la lumière bleue

Tout doucement, l’industrie se met en route pour tenter de trouver des protections destinées à contrer ces facteurs de risque, notamment des lunettes antireflet filtrant la lumière bleue lorsqu’on travaille sur les ordinateurs. Les verres des premiers modèles mis sur le marché présentaient des reflets bleus, mais on peut actuellement trouver des verres transparents qui bloquent la lumière bleue des écrans. « Placer cette « option » dans ses lunettes pour travailler devant l’ordinateur augmentera certes un peu le coût des verres, mais honnêtement, cela en vaut la peine !, conseille l’ophtalmologue. Il est également conseillé d’utiliser la fonction « night shift » afin d’atténuer la lumière bleue sur les écrans des smartphones et des tablettes. Si l’on n’y prend pas garde, on risque clairement de payer l’addition dans 20 ans ! »

Pourquoi les lapins ne portent pas de lunettes…

En matière de prévention de la DMLA, une alimentation riche en fruits et légumes verts est vivement conseillée, surtout s’ils contiennent beaucoup d’antioxydants et de vitamines C, D et E. Parmi ceux-là, il y a toute la famille des choux (chou frisé, chou rouge, chou-fleur, brocoli…), les épinards et le cresson, particulièrement riches en lutéine. Les poissons gras riches en oméga 3, les baies (myrtilles, grenade, cassis, cranberries…) et le vin rouge jouent également un rôle protecteur. « Plusieurs études ont été réalisées à ce propos, dont certaines ont été controversées, explique le Dr Duchâteau. En tout état de cause, on a remarqué que le risque de faire une DMLA diminuait de 25 % si l’on administrait un complément alimentaire aux patients qui présentaient les premiers signes de la DMLA ou à ceux qui faisaient partie du groupe à risque génétique. Ce complément alimentaire contient des oméga 3, de la vitamine C et D, du zinc, du sélénium, ainsi que le fameux pigment jaune qui protège la rétine des rayons bleus : la lutéine, extraite des fleurs de tagette. Le tout administré sous forme de gélules. »

 
  • Enquête: les anti-vaccins en Belgique

    BelgaImage

    Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Sont-ils dangereux pour la santé publique ? Plongée dans cette nébuleuse anti-vaccins qui se fait de plus en plus entendre en Belgique grâce à la crise du coronavirus. Enquête réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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