Les couples gays sont-ils comme les hétéros?

Les couples gays sont-ils comme les hétéros?

« Tu fais l’homme ou la femme quand tu fais l’amour ? » C’est la question intime la plus souvent posée aux homosexuels, comme si forcément leurs comportements sexuels ne pouvaient que reproduire ceux des hétéros. Mais comme le confirme l’étude Ifop menée pour le magazine français Garçon, la majorité des homosexuels changent de rôles. Sur les 848 hommes interrogés – des homos, des bisexuels ou des hommes ayant des attirances occasionnelles pour des personnes du même sexe – interrogés par l’institut de sondage français, pas moins de 75 % ont déclaré qu’au cours de leur vie sexuelle, ils ont été tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt considérés comme « passifs » ou « dominés » ou « féminins » – on adore l’association stéréotypée des 3 notions – tantôt considérés comme « actifs » ou « dominants » ou « masculins ». Et en ce qui concerne leur vie sexuelle actuelle, ils sont 65 % à alterner les rôles. Voilà un cliché associé à l’homosexualité qui vole en éclats. Les rapports homosexuels sont bien plus complexes et multiples que les visions réductrices qu’on peut en avoir. Ils nous montrent qu’il y a moyen de dépasser les relations « dominants – dominés », « pénétrants – pénétrés », « actifs – passifs », « masculins – féminins » et d’inventer d’autres modes de relations sexuelles, plus égalitaires et plus soucieux de réciprocité.

Des relations inégalitaires au quotidien

Par contre quand on interroge ceux qui se déclarent uniquement « actifs » (16 %) ou uniquement « passifs » (19 %) dans leur vie sexuelle actuelle et qui ne sont pas prêts à vouloir changer de comportement – seulement 31 % sont prêts à adopter l’autre posture –, on découvre que les rôles sexuels confortent les rôles sociaux de manière presque caricaturale. En effet les personnes qui se sont déclarées « passives » sont, si l’on en croit l’enquête de l’Ifop, celles qui effectuent le plus de tâches ménagères au foyer : 49 % des « passifs » disent participer régulièrement à la vie du ménage et 44 % des actifs avouent laisser les travaux ménagers à leur partenaire. Mieux encore, les « dominants – pénétrants au lit » ont des statuts sociaux plus élevés que les « dominés – pénétrés : pas moins de 51 % d’entre eux sont chefs d’entreprise, contre 38 % chez les « passifs », 34 % sont cadres et 40 % ont des postes dans les professions intermédiaires (40 %) alors que les « dominés » sont surtout des employés (41 %) ou des ouvriers (35 %). Par ailleurs 48 % de ces derniers n’ont pas de diplôme. Forcément les différences salariales suivent. Les hommes dits « actifs » sont 41 % à gagner plus de 3000 euros par mois, contre 27 % chez les « passifs » dont les rentrées tournent plutôt autour des 2000 euros. Mais ces répartitions inégalitaires ne sont pas toujours bien vécues par les intéressés. Lors des entrevues, des hommes dits « dominés » ont manifesté leur mécontentement à cumuler les positions de soumission domestique, sociale et économique. Mais pourquoi de telles corrélations se vivent-elles chez les couples gays ? Est-ce la domination sociale et économique qui induit la domination sexuelle ? Dans les relations pédérastes de la Rome antique, le dominant était l’homme plus âgé, installé dans la société, nanti qui pénétrait et initiait un jeune tant au niveau sexuel que social et culturel. Tout comme dans les couples hétérosexuels, il y a quelques décennies encore, la femme soumise économiquement et légalement à l’homme était considérée comme sexuellement « passive » et « dominée » et c’est elle qui assumait les travaux domestiques. Sans doute les couples homosexuels qui vivent ce schéma inégalitaire au quotidien, sont-ils influencés par ces relations hétéros qui ont longtemps perduré dans la société. Comme le commente François Kraus, directeur des études politiques au département Opinion de l’Ifop pour le site d’information Atlantico, « le quotidien conjugal des homosexuels n’échappe pas aux rapports inégalitaires observés dans tous les couples. Confirmant des études qualitatives sur le sujet, cette enquête montre en effet que les couples de même sexe ont tendance à répartir les tâches domestiques au sein du foyer en fonction des rôles perçus comme masculins ou féminins adoptés dans leur sexualité. Ainsi, les hommes majoritairement actifs sont deux fois plus nombreux chez les hommes faisant moins de tâches ménagères que leur conjoint (44 %) que chez les hommes en faisant beaucoup plus (25 %). À l’inverse, les hommes majoritairement passifs sont surreprésentés dans les rangs des hommes faisant beaucoup plus de tâches que leur partenaire (49 %), comme si la part de féminité accolée à la passivité sexuelle favorisait la prise en charge des tâches domestiques perçues comme féminines. »

 
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