Quand 7 mecs parlent de sexe…

Quand 7 mecs parlent de sexe…

Il y a Charly et puis Stéphane, Michel, Damien, Christophe, Francis, et enfin Sofiane. Ils sont hétéro pour les uns, homo, bi et pansexuel pour les autres. Ils ont entre 26 et 43 ans. Mais tous autant qu’ils sont, se sont retrouvés pendant neuf mois pour parler sexe. Sans tabou, avec parfois un peu de gêne, ils ont discuté masturbation, fantasme, orgasme, longueur de sexe, intensité de plaisir, éjaculation, polyamour, bisexualité… Et ces échanges menés et dirigés par un des 7 hommes, Charly, sont devenus une excellente bande dessinée. « Pénis de table » est un album des plus instructifs, signé Cookie Kalkair ; les confidences sont régulièrement documentées, enrichies par des études. De plus Pénis de Table est un album vivant, plein d’humour et pudique : aucune scène de sexe dans cet ouvrage !

Pourquoi cet album ?

Mon précédent album traitait de la grossesse vue par un homme. Je me suis alors rendu compte qu’il y avait peu d’ouvrage abordable sur le sexe destiné aux jeunes hommes. À 20 ans, j’aurais aimé avoir un tel bouquin.

Vous êtes 7 mecs à parler de sexualité. Ce sont vos copains ?

J’ai passé une petite annonce sur mon blog personnel et une douzaine d’hommes provenant de cercles proches ont répondu. Tous étaient enthousiasmés par le projet mais la moitié d’entre eux se sont désistés quand ils ont appris que nous irions loin dans les discussions et que par exemple pour la masturbation, ils devraient dire combien de fois et où ils se masturbaient. Ils étaient paniqués à l’idée que leurs copines apprennent leurs confidences.

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Justement à propos de masturbation, vos 7 mecs se masturbent même s’ils sont en couple, ce que confirment toutes les études mais qui n’est pas toujours bien vécu par le ou la partenaire.

Absolument. On peut être heureux en amour, content de sa vie sexuelle avec sa compagne et se masturber. C’est Stéphane qui dans la BD, explique que faire l’amour et se masturber, ce sont deux choses distinctes et complémentaires et que la masturbation n’est pas une sous-version du sexe ou du dépannage. C’est complètement différent, c’est comme manger au resto pour l’un et cuisiner chez soi pour l’autre.

Par contre on peut être surpris que les « commandements » qui président à la sexualité des hommes soient si clichés, stéréotypés. Vous expliquez que pour les mâles, on attend d’eux :

1. La plus grosse tu auras

2. Toujours envie tu auras

3. Nombreuses tu conquerras

4. Longtemps tu tiendras

5. Toujours tu banderas.

C’est sans doute cliché mais c’est la check-list des hommes, le formatage classique de leur sexualité dans lequel nos pères nous ont mis et dans lequel nous nous mettons nous-mêmes. Cela met une pression énorme sur les jeunes. Ils pensent qu’ils ont l’obligation d’être performants. Avec les années, on s’en libère. Moi-même je m’en suis libéré grâce à ma compagne qui n’attend pas que je sois dans la performance. C’est libérateur. Mais les autres hommes qui parlent dans l’album se sont aussi dégagés de cette vision restrictive de la virilité et se sont souvent montrés très dans le sentimental.

Avec ces préceptes très mâles, vous discutez d’ailleurs de ce qu’est aujourd’hui la virilité. C’est quoi la virilité au troisième millénaire ?

La virilité n’a plus vraiment de sens aujourd’hui. C’est un concept usé. Je crois à l’équilibre entre les personnes qui s’aiment, quels que soient leurs genres ou leurs orientations sexuelles. Le sexe est une activité entre deux personnes ou davantage qui partagent des règles communes telles le respect de l’autre, l’épanouissement.

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En ce qui concerne l’orgasme masculin, vous cassez l’idée selon laquelle il est toujours facile – tant il est mécanique- et puissant.

Bien sûr ! On parle souvent de l’influence de l’émotionnel pour la jouissance des femmes mais l’orgasme des hommes est impacté également par le cerveau. Et on peut éjaculer sans jouir et jouir sans éjaculer. De même l’intensité du plaisir varie fortement. C’est Sofiane qui explique dans l’album que son orgasme est d’autant plus puissant qu’il fait des efforts pour le retenir.

Vous êtes une bande d’hommes assez libres et ouverts mais quand il s’agit de dire quelle est la taille de son sexe en le comparant à un légume, certains bloquent. C’est étonnant !

Il y a sans nul doute une compétition enfantine. Ou un truc hérité de nos pères. Plus jeunes, nous pensions que la taille du sexe était importante pour savoir au final que cela ne change pas grand-chose.

Lors de ces discussions qui ont duré plusieurs mois, par quoi avez-vous été surpris ?

J’ai été surpris de constater qu’ils avaient des difficultés à dire en mots ce qu’ils ressentaient au moment de l’orgasme. Nous avons même du reporter la discussion sur le sujet, tous voulaient faire l’amour, conscientiser ce qu’ils ressentaient pour pouvoir en parler. C’est sans doute un reste de l’éducation patriarcale.

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern