Détective privé, mode d’emploi

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Le 18 septembre 2018, cinq prévenus comparaissent pour fraude informatique devant le tribunal correctionnel de Charleroi. Le parquet requiert un an de prison. Ils sont suspectés d’avoir trafiqué des bornes téléphoniques Proximus pour imputer à des clients des appels sur des numéros surtaxés et récupérer lesdites taxes via une société écran. C’est un détective, qui s’est mis en planque auprès d’une borne louviéroise d’où partaient la plupart des appels litigieux, qui a permis de mettre au jour l’arnaque. Si, auparavant, le détective privé était principalement spécialisé dans les affaires de mœurs, espionnage industriel, concurrence déloyale, vol en entreprise, sécurisation informatique, abus de confiance ou encore escroquerie, la palette de son champ d’action est aujourd’hui multiple.

Au-delà de la filature d’un amant

Il n’a ni le style de Hercule Poirot ni la réputation de Gil Jourdan, mais il est, lui, bien réel. Olivier Knaepen est détective privé. En plusieurs années, l’homme a déjà résolu des centaines d’enquêtes nationales comme internationales, parfois relatives à des personnes connues, mais il taira les noms, secret professionnel oblige. « Les qualités pour se lancer ? Il faut avant toute chose chercher avec justesse, ensuite être patient et persévérant et puis, enfin, et surtout, savoir se taire après. Pour travailler efficacement, j’ai besoin d’un téléphone et d’une bonne connexion internet. Le reste, secret défense, ce sont les ficelles du métier. »

Le fin limier travaille à la fois pour des particuliers, des professionnels et le monde judiciaire, avocats et huissiers. Ses missions ? Elles sont aussi étonnamment variées que : tracer des débiteurs dans des affaires de contentieux, détecter les fraudes à l’assurance, enquêter sur la solvabilité de futurs partenaires commerciaux, repérer les arrêts de travail abusifs et maladies de complaisance ou retrouver des héritiers et successeurs en déshérence. On est bien loin du mythe Sherlock Holmes ! « Même si le vieux cliché du gars qui file un possible constat d’adultère demeure, aujourd’hui, de moins en moins de détectives enquêtent sur des histoires d’infidélité. Par contre, au-delà de la filature d’un amant à la demande d’un mari trompé, des domaines de pointe comme la contrefaçon, le vol de données, l’intelligence économique ou la cybercriminalité se développent au service des entreprises. »

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Photonews.

Tel est pris qui croyait prendre !

Si le ténébreux fumeur de Gitanes planqué dans sa R5, téléobjectif au poing, relève du polar, il n’en demeure pas moins que le flair est un atout indéniable pour exceller dans le métier. « La plupart des gens pensent qu’ils peuvent tout trouver sur internet ou grâce aux réseaux sociaux. Or, partir d’une feuille blanche, faire parler une situation qui semble conforme à la réalité et essayer de contredire les apparences, ce n’est pas du tout évident. Et le dénouement est parfois même très subtil. Je me souviens d’un dossier de fraude à l’assurance où l’assuré prétendait avoir fait un sinistre total avec sa voiture à cause d’un sanglier. Manque de bol, vérifications faites, le sanglier était mort depuis trois générations. Le type avait en fait une peau de bête qui ornait le mur de son bureau et il en avait arraché quelques poils pour les disposer sur le pare-chocs de son véhicule ! Autre anecdote, dans un autre dossier, j’avais été mandaté par une entreprise pour surveiller un employé suspecté de vol. Je l’ai finalement coincé pour autre chose. Éméché au petit matin, il a embouti lui aussi sa voiture et n’a déclaré l’accident à la compagnie d’assurances qu’à 7 heures, afin que les faits puissent passer pour un accident sur le chemin du travail. Il avait juste oublié un petit détail : les caméras de vidéosurveillance du lieu d’impact avaient filmé le dépannage du véhicule à 4 heures du matin… »

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Reporters.

À l’ombre, mais dans la légalité

« Savoir est à la fois un droit et un devoir et nous concourons à la recherche de la vérité », poursuit Olivier Knaepen. « Mais cela ne signifie pas pour autant que nous sommes autorisés à travailler dans l’illégalité. Je n’ai pas, comme on peut le voir au cinéma, d’autorisation de port d’arme. Je ne me lance pas non plus, “à la James Bond”, dans des poursuites effrénées, comme je ne mets pas non plus des balises sous des véhicules tiers ou des gens sur écoute. Au contraire de l’affrontement, s’il est bien fait, le métier de détective est un métier d’évitement. Il faut toujours être sur ses gardes et décrocher à la moindre alerte. C’est vraiment un travail de l’ombre, en “sous-marin”, mais dans le respect du droit et de la vie privée. »

Le détective privé décide, en effet, en toute autonomie des moyens et des méthodes à déployer dans le cadre de l’exécution de sa mission, à l’exclusion de ceux allant à l’encontre des lois en général et de la loi du 19 juillet 1991 organisant la profession de détective privé en particulier. « Ainsi, les photos par exemple, c’est uniquement dans les lieux publics. Si je prends une femme en photo au bord d’une piscine, ces images ne pourront être produites si elles ont été prises dans une propriété privée. De même, lorsque, dans le cadre d’une enquête, je découvre des faits illégaux, crimes ou délits, j’ai une obligation de dénonciation au parquet. À l’inverse, si je constate que l’objet réel de la mission qui m’a été confiée n’est pas légitime, voire abusif, je dois immédiatement mettre fin à celle-ci. » De manière plus générale, le détective privé doit avoir un casier judiciaire vierge et être agréé par le ministère de l’intérieur. Il doit aussi avoir suivi une formation de deux ans et suivre des remises à niveau périodiques. « On est vraiment des experts certifiés et même si le métier recèle bien évidemment une part d’adrénaline, elle s’efface rapidement devant les compétences pointues attendues d’un détective en 2018. » Quant aux prix des services, « c’est au cas par cas, à l’heure, selon l’importance et la durée de la mission », ponctue Olivier Knaepen, histoire tout de même de conserver une auréole de mystère…

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D.R.