Je bande donc je suis!

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L’un évoque la pression subie par rapport à la taille du pénis et la qualifie d’« horrible ». L’autre se plaint d’entendre les femmes lui dire qu’elles veulent un « vrai homme ». « Ça veut dire quoi ? C’est quoi être un vrai homme ? » Un troisième confie sa lassitude par rapport à l’obligation de toujours devoir faire le premier pas. Un autre confie son envie d’être désiré, lassé de donner le rythme aux rapports sexuels : « J’ai eu beaucoup de partenaires dans ma vie. À force de faire du plaisir de ma partenaire une priorité, de prendre les choses en main dans ce sens, je crois que ça annihile toute envie d’aller vers moi de mes partenaires ; on me confie les clés et hop et pourtant j’aimerais qu’on me dise, qu’on me montre « j’ai envie de toi ». Un autre encore confie sa virginité et la pression sociale qui pèse sur lui parce qu’à 21 ans, il n’a jamais fait l’amour.

Les témoignages se succèdent sur le compte instagram « tu bandes » qui est en quelque sorte l’équivalent du compte « t’as joui » centré lui sur le vécu intime des femmes. Ouvert depuis septembre dernier et comptant déjà plus de 40.500 abonnés, des hommes y confient leur intimité et disent leurs difficultés par rapport aux rôles sociaux et sexuels liés à la masculinité. L’initiative est due à Guillaume, jeune Français de 25 ans, travaillant dans le théâtre qui dans une interview à un magazine féminin explique qu’il a créé ce compte « pour délivrer les hommes des stéréotypes, des préjugés et du sexisme et de la pression qui nous emprisonne. Parce que la vision de la masculinité est fausse. » Lui-même avoue que son éducation, son père en particulier, a tenté de faire de lui un « mâle » !

Un mâle ! Depuis des siècles, les hommes ont été enfermés dans les carcans de la virilité, obligés d’être toujours forts et courageux et interdits d’émotions et de fragilités. Dans l’intimité, cette virilité les a longtemps contraints à toujours désirer et bander ! Le phallus tout puissant ne peut jamais faiblir sous peine de qualifier l’homme d’impuissant ! Et combien d’entre eux ont subi et subissent encore cette charge, en se rajoutant celle de devoir faire jouir leur partenaire. Les choses changent petit à petit mais la pression est encore présente chez nombre d’entre eux. Pourtant les pannes érectiles sont fréquentes. En 2002, une étude menée en France auprès de 5.099 hommes âgés de 18 à 70 ans montrait qu’un quart d’entre eux avaient des problèmes d’érection et qu’au-delà de 45 ans, le pourcentage montait à 44 %. Le problème a des origines multiples, tantôt organiques, tantôt relationnelles, tantôt psychiques. Nombreux sont les hommes angoissés à l’idée de ne pas avoir d’érection ou pas de bonne qualité. Ils craignent de ne pas être assez viril, de ne pas donner du plaisir à leur partenaire, de la décevoir. Et très vite l’anxiété s’installe et aggrave le problème. Beaucoup sont également complexés par leur phallus, trop petit, pas assez puissant. Pas moins de 68 % des hommes aimeraient avoir un pénis plus grand selon l’étude publiée en 2008 dans le Journal of Health Psychology. D’aucuns n’hésitent d’ailleurs pas à passer sur le billard pour subir une phalloplastie qui va rallonger leur sexe.

Si les femmes font leur révolution et rejettent les carcans dans lesquels des siècles de patriarcat les ont enfermés, il est temps que les hommes, que plus d’hommes, se battent contre les stéréotypes virils et puissent vivre l’amour autrement. Ceux-ci ont tout à gagner d’une vie où ils peuvent exprimer leurs parts dites masculines d’action, de pouvoir, d’efficacité, de combativité et leurs besoins dits fémimins de sensibilité, fragilité, émotion. Et dans l’intimité aussi, il faut jouer de toutes les dimensions de l’individu. Bander ne suffit pas à faire un bon amant. Un rapport sexuel est une rencontre avec un partenaire faite de communication, écoute et jeux multiples et variés parmi lesquels ceux de pénétrer. Mais sans doute, les femmes doivent-elles participer à cette émancipation masculine ! Combien attendent encore que les hommes fassent le premier pas ou prennent l’initiative au lit…

Joëlle Smets.