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Yann Queffélec: «Une déclaration d’amour à mon destin»

Dans son nouveau livre, « Naissance d’un Goncourt », l’écrivain revient sur son histoire, tout en véracité. Soir Mag vous propose aussi les autres sorties « bouquins », critiques à l’appui.

Temps de lecture: 5 min

Avec sa phrase « Toi, chéri, tu as une gueule d’écrivain », l’éditrice Françoise Verny change du tout au tout la vie de Yann Queffélec qui préférait à l’époque prendre la mer plutôt que la plume. C’est cette rencontre qu’il raconte dans son nouveau livre. Une rencontre qui lui a valu le prix Goncourt en 1985 pour « Noces barbares ».

Pourquoi avoir voulu revenir sur le roman qui vous a valu ce prix ?

En me baladant sur le fil de mes souvenirs, j’ai revécu ma rencontre avec Françoise Verny, mon éditrice, et j’ai eu la sensation de lire un roman qui n’avait pas été écrit. Je me suis rendu compte qu’elle faisait partie de ces amis disparus qui survivent en vous, à travers une présence douce et consolante. Même si nous avons fini par nous fâcher, je n’ai aucun mal à dire qu’elle me manque tous les jours…

Votre amitié avec cette légende du monde littéraire est devenue filiale dès vos premiers échanges ?

Oui, c’était impossible autrement avec elle. Françoise se présentait au monde entier comme une mère, et chaque auteur à qui elle avait affaire aurait voulu être le seul, l’élu. Il y avait même des petites jalousies entre tous ses « fils » ! (Rires.) C’est elle qui a accéléré mon processus de rencontre avec moi-même. Cependant, cela n’a pas été facile, loin de là ! Pendant cinq ans, avant d’écrire mon premier roman, je lui posais des lapins tout le temps. J’étais en fuite et je ne me sentais absolument pas légitime. C’est finalement elle qui aura eu raison de moi, en incarnant cette mère que j’avais perdue très jeune.

Avec le recul, quel est votre rapport au destin ?

Ce récit est en quelque sorte une déclaration d’amour au destin, justement. À ce moment-là, j’ai 29 ans, je suis prêt à partir pour un tour du monde sur mon bateau. Celui-ci tombe en panne de moteur devant le quai de Belle-Île-en-Mer, la tempête fait rage, on est au beau milieu de la nuit, et Françoise Verny est là, sur la jetée. C’est fou ce que la vie peut être rocambolesque et poétique ! Je sais que j’ai eu beaucoup de chance ce jour-là, car j’ignore ce que je serais devenu sans elle, et aujourd’hui j’avais envie de remercier cette chance.

Le plus ironique dans tout ça, c’est qu’on vous a dit que vous n’auriez pas le Goncourt…

J’étais en vadrouille comme d’habitude, et j’ai dû revenir des États-Unis en catastrophe pour être présent car mon éditrice était furieuse. Jusque-là, en toute honnêteté, je m’en foutais du Goncourt. Mais la nuit qui a précédé l’annonce, j’ai été pris d’un étrange malaise, je n’étais plus moi-même. Je me suis mis à parler à ma mère comme si elle était vivante, pour lui raconter cette folle rencontre avec mon éditeur, pour lui confier tout ce que j’avais sur le cœur, ma peur de la décevoir, et puis…

Et puis il se passe à nouveau quelque chose d’incroyable !

En effet, il s’est passé quelque chose d’assez fou, encore une fois. Nous sommes donc en 1985, à la veille du résultat, et la femme d’un des jurés pour le Goncourt est au salon de coiffure, bigoudis sur la tête. Elle vient de terminer « Noces barbares », appelle son mari à la hâte depuis le téléphone du salon et lui dit : « Si tu ne changes pas ton vote immédiatement pour le Queffélec, je demande le divorce ! » (Rires). Sans cette femme, le prix aurait été pour un autre, puisque cela s’est joué à une voix…

Naissance

Collaborer avec la terre : 3 étoiles

Trop de sols, très exploités et recouverts de pesticides d’année en année, sont aujourd’hui morts, alors que l’on se rend compte, bien tard, de l’intérêt des micro-organismes, par exemple dans les cultures. Chantal Van Pevenage nous donne ici, dans ce guide de jardinage, les bons conseils pour collaborer avec la terre et ses êtres vivants : comment maintenir la vie du sol de nos jardins tout en gérant les rotations et associations des cultures. Utile.

Par Chantal Van Pevenage, éd. Weyrich, 188 p., 25 euros.

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Regrets éternels : 3 étoiles

Nous avions été un peu déçus par les derniers polars de Peter Aspe. Cette fois, l’auteur flamand revient à son meilleur niveau. Son commissaire brugeois Van In s’attaque cette fois aux suites de l’affaire des tueurs du Brabant, survenue dans les années 80. Il s’agit bien entendu d’une fiction, mais Peter Aspe s’est fort bien documenté (attention, le livre vient d’être traduit en français cette année, mais il a été écrit en néerlandais en… 2008). Il épouse la thèse selon laquelle les tueurs du Brabant auraient été commandités au sommet de l’État belge…

Par Peter Aspe, éd. Albin Michel, 300 p., 19 euros.

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L’espoir malgré tout: 4 étoiles

C’est au début de la guerre 40-45 que l’on découvre Spirou, alors jeune ado travaillant comme groom dans un hôtel bruxellois. L’auteur Émile Bravo nous raconte ainsi les bombardements sur la capitale, l’exode, le rationnement, la question juive, la collaboration. Mais s’il signe un récit historique des plus intéressants et nuancés, il l’enrichit d’une dimension « comédie ». On s’amuse beaucoup en lisant cet album. Émile Bravo réalise une superbe prouesse en évoquant avec humour les pages les plus noires de notre histoire.

Par E. Bravo, éd. Dupuis, 88 p., 16,50 euros.

Spirou

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