La Grande Guerre a fait un Grand Roi

Le roi Albert, une icône et un sujet de choix pour les magazines.
Le roi Albert, une icône et un sujet de choix pour les magazines. - Mathieu Golinvaux.

Donnez-vous l’occasion de vous rendre à la bibliothèque universitaire de Namur. S’y tient en effet une exposition passionnante sur le roi Albert Ier. Mais plus originale que les commémorations classiques suscitées ces dernières années par le centenaire de la Première Guerre mondiale, cette expo veut montrer comment le jeune prince timide qui n’était pas né pour régner est devenu ce Roi le plus célèbre de notre Dynastie à travers l’imagerie populaire et sa représentation sur des supports aussi divers que variés.

Albert Ier n’aurait jamais dû régner. D’abord, le roi Léopold II, son oncle, avait eu quatre enfants, dont un fils pour lui succéder, le prince Léopold. Albert, lui, est né quatrième et dernier enfant dans la famille du frère cadet de Léopold II, le prince Philippe, comte de Flandre. Et là, comme chef de famille, l’on comptait plutôt sur le fils aîné, le prince Baudouin. Baudouin, un frère qu’Albert admirait beaucoup. Il était et restera son modèle tout au long de sa vie. Beau, s’exprimant avec aisance en public, il était charismatique. Un leader né ! Alors qu’Albert était plutôt timide, réservé et myope comme une taupe. De plus, pris de bégaiement quand l’émotion le submergeait, il était peu talentueux en matière d’art oratoire. Albert se préparait donc à vivre un destin de l’ombre, mais il va être projeté dans la lumière. Né en 1875, il apprend quatre ans plus tard le décès prématuré de son cousin Léopold, le Prince royal, à l’âge de 9 ans, des suites d’une pneumonie. Si Léopold II n’a plus de fils pour lui succéder, il peut compter sur son frère Philippe et son neveu Baudouin. Las, en 1891, ce dernier meurt tragiquement, lui aussi d’une pneumonie, à l’âge de 21 ans. Comme le prince Philippe s’éteint à son tour en 1905, son fils cadet, le prince Albert, hérite de la Couronne en 1909 au décès de Léopold II.

Le roi Albert, magnifique tête de pipe
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Le roi Albert, magnifique tête de pipe ! - Mathieu Golinvaux.

Roi des Belges et des armées

Arrivé là un peu par hasard, Albert nourrit de sérieux doutes quant à sa capacité à régner. « Je suis vraiment accablé par l’avenir particulièrement difficile qui se présente à moi, difficile par lui-même en raison de la complexité de la vie désunie du pays, difficile surtout par mon manque de préparation. (…) Je ne puis le dissimuler, le moment est venu pour moi de travailler jusqu’à crever pour acquérir non pas une capacité, ce qui est impossible, mais un savoir suffisant pour exclure du moins le ridicule de la fonction que la fatalité doit m’infliger », écrit-il à Élisabeth. C’est justement son épouse qui va lui donner confiance en lui. Moderne, éclairé, progressiste, il se montre un farouche critique de l’État indépendant du Congo, la colonie privée de Léopold II qu’il visite en tant que prince héritier. « Le travail en Afrique, l’or à Bruxelles, voilà la devise de l’État indépendant », déclare-t-il devant le Parlement à son retour de mission dans la colonie. Pourtant, au cours des premières années de son règne, le troisième Roi des Belges doit lutter contre un sempiternel sentiment d’imposture. Comme l’alchimiste transforme le plomb en or, la Première Guerre mondiale va le métamorphoser d’abord personnellement, puis publiquement, et lui forger une image de Héros et de Père de la Nation. Car quand éclate le conflit mondial, le couple royal sait où est sa place, auprès de ses troupes, auprès de son peuple.

À l’automne 1914, Albert Ier, qui a pris la tête de son armée, se replie avec ses troupes sur le littoral, devant l’inexorable avancée des troupes allemandes. Sa résistance pied à pied devant l’ennemi force l’admiration non seulement des Belges, mais du monde entier. Voulant partager le sort de ses troupes, le Roi-Soldat se retranche derrière l’Yser sur la toute dernière petite portion de territoire restée belge. Et il tiendra sa position jusqu’à la fin de la guerre. La Reine, quant à elle, jouera les infirmières et fondera l’hôpital de campagne L’Océan à la Panne avec l’aide du docteur Depage. Une attitude qui vaut au couple royal d’être reçu avec faste par toutes les grandes puissances du monde au sortir de la guerre et qui met comme jamais notre petit pays à l’honneur.

L’hommage au couple royal trouve tous les supports, même les plus insolites,  comme ce cartable d’écolier.
L’hommage au couple royal trouve tous les supports, même les plus insolites, comme ce cartable d’écolier. - Mathieu Golinvaux.

Tête de pipe !

C’est bien l’objet de l’exposition « Albert Ier, un Grand Roi, une Grande Guerre, un petit pays », cette métamorphose spectaculaire. Axel Tixhon, le futur bourgmestre de Dinant, professeur d’histoire à l’université de Namur, grand spécialiste de la Première Guerre mondiale et commissaire de cette expo : « Au travers des objets et documents en provenance des collections de Vincent Scarniet et de Patrick Hilgers, on découvre comment la guerre a fortement et profondément modifié l’image du roi Albert. Avec une transformation de l’iconographie qui le représente. Dans ses jeunes années, il est représenté sur des objets classiques dans la réalisation et bourgeois dans l’usage, comme des figurines ou des pièces de vaisselle. Après la guerre, on voit la tête d’Albert Ier partout et sur les supports les plus originaux ; cela va du cartable d’écolier aux douilles d’obus utilisées pendant la guerre en passant par les boîtes de biscuits, tableaux, médailles, céramiques, boutons de costumes, bijoux et jusqu’aux tuyaux de pipes sculptés ! Nous exposons aussi des objets artisanaux réalisés à la main dans les tranchées… »

Des dizaines et des dizaines de pièces à examiner de près, ainsi que des documents papier et des images d’archives illustrant tant le roi Albert que la reine Élisabeth. « Nous diffusons notamment des images rares des grandes manœuvres de 1913 dans la région namuroise mais aussi la joyeuse entrée des Souverains à Bruxelles le 22 novembre 1918 devant une population en liesse. » Des documents présentés de manière chronologique, de la naissance du futur roi jusqu’à sa mort soudaine et brutale dans un accident d’escalade au rocher de Marche-les-Dames le 17 février 1934.

Expo gratuite accessible du lundi au vendredi de 7h30 à 20 heures en la bibliothèque universitaire Moretus Plantin (Bump), 19 rue Grandgagnage, à 5000 Namur.

 
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