La tristesse et l’ennui des seniors

Olivier Polet
Olivier Polet

« Je suis souvent seul alors, quand j’ai de la visite, je parle beaucoup! » À 80 ans, Georges Boulogne vit isolé à Bruxelles depuis le décès de sa femme, il y a un an environ. Cette perte s’ajoute à ses problèmes de santé ainsi qu’à sa malvoyance. Elle a aussi enclenché un processus d’isolement. Le sentiment de solitude qui touche nos aînés représente un danger sanitaire et engendre une augmentation du risque de mortalité, qui est même comparable à celle des fumeurs, démontrent plusieurs études. L’impact que peut avoir cette solitude peut être dévastateur et les conséquences sont nombreuses, tant au niveau psychologique que physique. Les plus courantes sont les suivantes: tristesse, ennui, diminution des défenses immunitaires, perte d’autonomie, diminution du bien-être en général, augmentation des risques d’hypertension, de dépression, de diabète, de tabagisme, d’alcoolisme, de désordre alimentaire, de stress et de troubles du sommeil.

Selon une étude sur le bien-être des personnes de plus de 70 ans en Wallonie réalisée par le Panel de démographie familiale en 2010, 15% des seniors disent se sentir seuls. Autres chiffres inquiétants: 10% des aînés n’ont personne sur qui compter au quotidien et 20% n’ont qu’une seule personne sur qui se reposer. De plus, un cinquième des répondants ne pratiquaient aucune activité extérieure comme aller boire un verre, faire du shopping, aller au cinéma ou au théâtre… Le sentiment de solitude semble aussi s’exacerber avec l’âge.

Si l’isolement de Georges a des origines familiales et sanitaires, les causes du sentiment de solitude sont nombreuses et différentes d’une personne à l’autre. Mais quels sont les facteurs principaux qui influencent ce sentiment? Le fait de vivre seul (célibat, séparation, veuvage), la perte d’autonomie, le repli sur soi, le mauvais état de santé ou la maladie, le grand âge, l’absence de famille ou le manque de contacts avec celle-ci, la précarité économique, la vie à la campagne, la perte du réseau social, la peur de devenir un fardeau ou de sortir, la difficulté à communiquer et l’incompréhension entre les générations sont les facteurs qui créent ou renforcent cette solitude, toujours selon les recherches.

Hestia, mission de la Croix-Rouge

Si la lutte contre la solitude n’est pas inscrite dans les priorités politiques, des initiatives locales voient le jour. Hestia est l’une d’entre elles. Cette mission de la Croix-Rouge tire son nom de la déesse grecque du foyer et du feu sacré. Depuis 2009, elle a pour but de soulager la solitude des personnes âgées en vue d’améliorer leur qualité de vie sociale et relationnelle. Des activités d’accompagnement à domicile sont mises en place pour permettre à la personne isolée d’être écoutée et entourée. Une centaine de bénévoles font vivre ce projet à Bruxelles, dont Maria, Christian et Sonia.

Pour éviter cet isolement à Georges Boulogne, Maria passe quelques heures avec lui tous les dimanches depuis le début du mois de mars. Lui qui aime rigoler et parler apprécie la visite de cette bénévole de la Croix-Rouge. « J’ai choisi de me consacrer aux personnes âgées car on oublie souvent à quel point elles peuvent se sentir seules », explique-t-elle. En contrepartie, Georges lui exprime sa reconnaissance: « Elle prend quand même de son temps pour moi, en plus de son travail. » Depuis le décès de sa femme, Georges admet se sentir très seul. « Mais heureusement, j’ai mon chat! », ajoute en rigolant l’ancien informaticien, qui se bat pour rester optimiste.

«On peut être entouré et se sentir seul»

À 48 ans, la souriante et dynamique Sonia Parente Vilela est bénévole pour Hestia depuis un an. Alors qu’elle suivait une formation d’aide soignante en cours du soir, elle a été amenée à réaliser des stages en maison de repos.« C’est en entrant en contact avec les seniors que je me suis rendu compte qu’il était nécessaire de faire quelque chose pour eux. J’ai remarqué que s’ils avaient plus d’accompagnement comme avec Hestia, ils pourraient rester plus longtemps chez eux. Et c’est toujours leur souhait. » Une fois par semaine, elle rend donc visite à Suzie, une habitante de son quartier. Ensemble, elles se promènent, jouent au scrabble, assistent à des concerts et pièces de théâtre, discutent… Le sentiment de solitude des aînés est parfois difficile à expliquer et à comprendre.« On peut être entouré et se sentir seul », résume Sonia.

Écoute et empathie: les qualités essentielles des bénévoles

La plupart des bénévoles qui tentent de briser la solitude de nos aînés sont des pensionnés, comme Christian Renard, qui fait partie de l’aventure depuis quatre ans. À 67 ans, ce retraité voulait rendre service.« Quand j’ai vu la variété de possibilités de la Croix-Rouge, j’ai senti que je pourrais être utile. » Lui qui voulait participer à un projet humain favorisant la rencontre, s’est naturellement dirigé vers Hestia. Il a d’ailleurs été sensibilisé à la problématique au contact de ses grands-parents. C’est pourquoi il rend actuellement visite à deux femmes âgées, une semaine sur deux.

Mais quelles sont les qualités essentielles pour accompagner ces personnes? « L’écoute et l’empathie principalement. » En général, les demandes d’accompagnement viennent des partenaires (coordination de soin, service à domicile…), puis des personnes elles-mêmes et parfois des familles quand elles vivent éloignées ou qu’elles ne peuvent pas consacrer plus de temps à leurs parents. Mais chaque situation est singulière et nécessite un accompagnement spécifique et adapté, pour aider ces seniors à se sentir moins seuls.

Grâce au projet Hestia, les bénévoles ont réalisé l’année passée plus de 12.600 visites auprès de 552 personnes isolées. La Croix-Rouge recherche encore des bénévoles motivés pour venir enrichir les équipes. Pour tout renseignement au sujet de ce bénévolat qui débute par des formations, contactez le numéro gratuit «105 ».

 
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