Ma petite fille se caresse…

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Le grand Sigmund affirma que les enfants entraient vers 5-6 ans dans une période de latence qui les éloignait de la sexualité jusqu’à la puberté et leur permettait de s’ouvrir au monde. Il avait tout faux ! Encore une fois : c’est Freud qui déclara aussi que l’orgasme clitoridien était immature et que seule la jouissance vaginale comptait. Mais le père de la psychanalyse se trompait sur les deux tableaux. Le clitoris est cet organe sexuel féminin dévolu au seul plaisir qui engendre tant l’orgasme clitoridien que vaginal et en ce qui concerne la sexualité des enfants, elle existe depuis qu’ils naissent, changeant et évoluant au fil des ans.

Chez les petites filles – sujet qui nous occupe aujourd’hui –, elle débute par l’exploration génitale qui apparaît vers 10-11 mois et se poursuit par des touchers entre 3-4 et 5 ans. La découverte est souvent fortuite ! Le sexe féminin intérieur, caché, ne s’impose pas à la fillette comme au jeune garçon. La sensation d’un titillement à l’intérieur des cuisses se fait souvent par hasard avant d’être recherchée presque inconsciemment. Sans toujours s’en rendre compte, l’enfant appuie un jouet ou une couverture sur son clitoris et s’offre des sensations agréables et des apaisements. Vers 5 ans, la petite fille peut prendre conscience des gestes qui lui procurent du plaisir et vers 10 ans, les rechercher volontairement.

Mais quel que soit l’âge où elle est pratiquée, la masturbation est naturelle. Elle appartient à la vie intime de l’être humain et offre de bienfaits physiques comme psychiques. Elle est la première découverte de la sexualité et permet de connaître et maîtriser son fonctionnement érotique, tout comme elle détend, diminue le stress, dope les défenses immunitaires et donne confiance en soi. Tant de bienfaits que les tabous ne peuvent gâcher !

Mais sans doute, ces interdits restent-ils importants et beaucoup de parents ne savent trop comment réagir face à un enfant qui se touche. Parfois ils punissent mais ils font alors implicitement comprendre que la sexualité est méprisable, condamnable, sale. L’auto-érotisme doit être simplement expliqué et limité à l’espace privé de la chambre.

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Et sans doute le petit livre « Éléphantine veut tout savoir sur sa zézette » est-il un bon moyen d’aborder le sujet avec les enfants. Les auteurs, Natacha de Locht au scénario et Laurent Carpentier au dessin, abordent avec légèreté et sensibilité le sujet de la masturbation des petites filles – encore plus taboue que celle des garçons – en l’intégrant dans le quotidien de la vie. Ils nous racontent la petite Éléphantine qui lors d’une après-midi chez sa grand-mère lui confie qu’elle ressent des guili-guilis dans la zézette. La mamie emmène sa petite fille s’asseoir sur le divan et lui explique que les sensations agréables sont naturelles. En toute simplicité, avec tendresse, poésie, amour et complicité, elle lui parle du clitoris, rebaptisé « perle précieuse » puis aborde les notions d’intimité et de consentement. Toujours avec le sourire.

Avec Éléphantine, on est loin des livres pour enfants qui soit nient complètement le clito – il a fait son apparition pour la première fois en septembre dernier dans un et un seul manuel scolaire – soit limitent le sexe féminin à l’appareil reproducteur, ou le représentent sous la forme d’un animal qui grogne la nuit… Ce n’est pas pour rien que ce petit livre édité en crowdfunding a été soutenu par la FLCPF (Fédération Laïque des Centres de Planning Familial), le CAL (Centre d’Action Laïque), le CFFB (Conseil des Femmes Francophones de Belgique), le SPFB (Service Public Francophone Bruxellois), le GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles Féminine) et SISA SOS.

J.S.

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Éléphantine veut tout savoir sur sa zézette est publié aux éditions les nez à nez, 14,50 euros

Pour le commander : aller sur le site https ://www.lesnezanez.be/ ou envoyer un mail info@lesnezanez.be

 
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