Sexe sur internet: que font les ados?

Sexe sur internet: que font les ados?

Le sexe est aujourd’hui à portée de clic. Accessible à tout moment, pour tout un chacun, quel que soit son âge, son milieu, ses moyens. Et ce sexe disponible sur le net est souvent associé et même réduit au diabolique porno. Accusé de tous les maux, il menacerait la jeunesse, lui ferait découvrir très tôt, trop tôt le « pire » de la sexualité, des scènes où les hommes toujours bandants, toujours puissants, soumettent les femmes aux actes les plus humiliants. Il lui donnerait une fausse image de la sexualité et participerait à la perpétuation de la domination des femmes par les hommes. Pire, il pervertirait la jeunesse pour le sociologue britannique Stanley Cohen, lui ferait perdre ses valeurs et deviendrait dès lors une réelle menace.

Faut-il réellement s’inquiéter ? Quel est le réel usage sexuel d’internet fait par les ados ? Une étude conséquente, tant qualitative que quantitative, vient d’être menée par l’Injep, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire en partenariat avec la chaire de recherche sur la jeunesse de l’École des Hautes études en santé publique. Pendant un an, les chercheurs de ces deux institutions ont rencontré individuellement et en groupe quelque 66 jeunes Français âgés de 18 à 25 ans (32 garçons et 34 filles). Ils ont aussi interrogé en ligne pas moins de 1427 jeunes. Et ce qu’il en ressort de leurs travaux est des plus intéressants car contrairement à ce que d’aucuns croient ou craignent, les ados ne se ruent pas sur les sites pornos dès qu’ils ont un smartphone entre les mains ou un ordi dans leur chambre pour devenir accros à ces images. Ils n’y vont que dans un deuxième temps, quand ils sont plus âgés et plus experts en la matière. Et même entre eux, quand ils ont été sur les sites, ils en parlent peu ou alors pour s’en amuser et raconter les délires qu’ils se sont offerts ou la curiosité qui les animé. En tout cas, le porno n’est pas une expérience sexuelle qu’ils se partagent entre copains. Et ce constat, c’est pour les garçons qu’il peut être fait car du côté des filles, c’est une autre affaire… Si en ce 3 e millénaire si féministe, on est une nana, il reste mal vu de dire qu’on a regardé du porno. Même entre filles, elles ne peuvent raconter cette expérience sous peine d’être catégorisées et méprisées… Les stéréotypes ont la vie dure !

Cette enquête, appelée SEXI pour SEXualité et Internet – nous apprend donc qu’il faut relativiser la puissance et la fascination du porno sur les jeunes. En fait au début de l’adolescence, les filles et les garçons vont sur internet non pour le porno mais pour tout apprendre sur le sexe, son anatomie comme son fonctionnement. Les explications qu’ils reçoivent à l’école ou dans leurs familles ne les satisfont pas ou pas assez et ils vont sur le net pour s’informer davantage. Ils veulent savoir à quoi un sexe ressemble – surtout celui du sexe opposé –, si le leur est normal. Ils s’approprient ainsi leur corps. Mais pas seulement, ils cherchent aussi un savoir-faire et s’informent sur le rapport sexuel, ce qu’il faut faire et ne pas faire dans l’intimité, ils veulent connaître les positions sexuelles, les pratiques, les liens entre désir et amour. Les questions évoluent avec les ans ; plus pratiques au début, elles peuvent ensuite toucher l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Suis-je homosexuel ? Lesbienne ? Trans ? Le sexe via internet est ainsi un moyen parmi d’autres d’explorer la sexualité.

Et toutes les questions que les ados se posent, qu’elles soient pratiques, émotionnelles ou identitaires, peuvent être caractérisées par le genre. Les filles font plus de recherches en lien avec les conséquences pratiques d’un rapport sexuel et s’informent sur la contraception. Les garçons eux s’enquièrent davantage de problèmes liés à la performance sexuelle… On imagine leurs inquiétudes quant au timing et à la grandeur du pénis. Encore une fois, les stéréotypes sont tenaces et les ados ne semblent guère débarrassés des rôles genrés !

Mais quel que soit leur sexe, ils veulent tout savoir dans la plus grande discrétion. En restant anonymes ! Internet a ce double avantage d’être une mine d’informations – pas forcément exactes ; tout dépend du site consulté – et de leur offrir l’anonymat. Nul ne sait leurs recherches. Ils ne se taperont pas la honte devant les copains ou les parents s’ils posent des questions sur l’homosexualité, une infection sexuellement transmissible ou sur les conséquences d’un rapport non protégé. Ils se sentent à l’abri de telles humiliations par l’anonymat qu’offre internet. En toute discrétion, ils peuvent apprendre et s’informer. De même quand au fil des ans, ils deviennent plus experts et veulent regarder de la pornographie, ils se sentent protégés par l’anonymat. Pas besoin de s’inscrire sur le site porno ou de donner son nom pour regarder une vidéo de gang bang ou autre plaisir interdit. Nul ne saura qu’ils l’ont fait.

Cet anonymat si important ne les empêche de s’exposer sur le net. Les ados se confient sur les forums et n’apprennent que progressivement qu’ils doivent être prudents. Au fil des ans, ils se soucient davantage de protéger leurs identités et font attention aux informations personnelles et images qu’ils montrent sur le net. S’ils mettent des photos et vidéos intimes, ils pensent à cacher leur visage. Une vigilance sans nul doute trop tardive mais d’autant plus indispensable que comme le nota Dana Boyd dans son ouvrage « C’est compliqué. Les vies numériques des adolescents », ils « croient souvent que leur public est constitué par ceux qu’ils ont choisis comme « amis » ou qu’ils « suivent », indépendamment de ceux qui peuvent en réalité consulter également leur profil. »

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern