Sexe : à vos miroirs !

Sexe : à vos miroirs !

Il est méconnu des femmes elles-mêmes. La vulve reste taboue aujourd’hui encore ; quelque 35 % d’entre elles n’ont même jamais aperçu leur clitoris, selon une étude menée par le laboratoire Terpan en 2017. Pourtant connaître son intimité est le b.a.- ba d’une vie sexuelle épanouie (voir article « Le complexe de la vulve »). Savoir la vulve, le clitoris, le point G, le périnée, les seins mais aussi le vagin, le col de l’utérus, les ovaires et les fluides est un moyen pour non seulement prendre en main sa santé sexuelle mais aussi conquérir sa sexualité et son plaisir.

Se connaître pour mieux ressentir

Cette appropriation du corps, de plus en plus de femmes la revendiquent aujourd’hui qui ouvrent pour les unes des ateliers de découverte du soi intime, pour les autres des comptes instagram qui dévoilent ce sexe féminin. Clarence Edgard-Rosa elle, signe « Connais-toi toi-même. » Dans ce petit ouvrage, la journaliste française qui s’est spécialisée dans les sujets féministes et les questions sur la sexualité, commence par retracer l’histoire de cette volonté de connaissance intime née dans les années septante aux États-Unis pour donner ensuite la parole à des femmes contemporaines qui ont créé de tels ateliers ou y ont participé. Toutes disent combien cette auto-exploration leur a permis non seulement de mieux comprendre ce qui se passe au niveau charnel mais aussi de mieux ressentir. Le prologue terminé, Clarence Edgard-Rosa se lance dans le vif du sujet et aborde en dix petits chapitres les différentes parties du sexe féminin à travers des descriptions claires, enrichie par les dessins aussi précis qu’esthétiques de l’illustratrice Suzie Q. Toutes deux guident ainsi les lectrices pour qu’elles puissent explorer leur intimité sans oublier de recommander de procéder à cette quête dans le calme. Chacune choisit le moment où elle est détendue et ne risque pas d’être dérangée et rappelle qu’il ne faut pas oublier de bien se laver les mains ou de porter des gants en latex avant de partir en exploration.

En ce qui concerne la vulve qui est la première étape de cette quête, Clarence Edgard-Rosa nous rappelle qu’il n’y en a pas deux pareilles ; toutes diffèrent en forme, taille et couleurs mais toutes sont constituées de grandes et petites lèvres qu’elle préfère appeler extérieures et intérieures. À juste titre sans doute car les petites lèvres à l’adolescence grandissent pour dépasser très souvent les « grandes » qui prolongent en quelque sorte le mont de Vénus et sont couvertes de poils, donnant des complexes à certaines femmes qui se croient anormales. Et ces lèvres que d’aucunes veulent parfois faire raccourcir, sont particulièrement innervées et sensibles, constituant des zones érogènes trop souvent négligées. Entre ces lèvres, il y a au sommet le gland du clitoris ou la partie visible de cet organe dédié au seul plaisir protégé par un repli de la peau appelé le capuchon du clitoris. Sous ce clito qui depuis quelques années a les honneurs de nombreux livres et articles, il y a le méat urinaire puis l’entrée du vagin et plus loin l’anus.

Dessins de corps bien réels qui vivent

Ainsi c’est à un véritable cours d’anatomie que procède avec sobriété l’auteure française. Mais elle ne se contente pas de décrire le corps mais elle accompagne l’exploration, guide les aventurières et répond aux surprises qu’elles peuvent éprouver lors de ces moments. Quand elle propose de connaître le vagin, elle commence par le décrire, précise qu’il fait en moyenne de 8 à 10 centimètres de long, qu’il est extensible et n’est pas un organe ouvert mais fermé la plupart du temps. Ses parois extensibles sont l’une contre l’autre et de texture inégale. Clarence Edgard-Rosa rappelle que ce vagin est une des zones les plus propres de l’organisme et qu’il ne convient pas de le doucher, sécher ou le désinfecter en permanence ! Un conseil que bien des gynécologues apprécieront tant ils voient des vagins malmenés par des femmes obsédées par l’hygiène. Toujours ses conseils sont accompagnés par les dessins de Suzie Q qui parleront aux femmes bien davantage que les planches anatomiques d’un dictionnaire médical car il n’est pas ici question de schémas mais de dessins aussi réalistes qu’esthétiques de corps qui vivent et adoptent des attitudes et positions réelles.

Avec la même précision, elle aborde l’exploration du col de l’utérus que l’on découvre avec un spéculum jetable de plastique (vendu en pharmacie), un miroir et une lampe de poche dont le faisceau lumineux doit être dirigé vers le miroir plutôt que vers le corps. Mais l’exploration vaut le détour tant elle est troublante : le col ressemble si fortement au gland du pénis. Elle poursuit avec le point G, puis le clitoris, le périnée, suggérant au passage un exercice bien précis pour le tonifier et s’offrir tous les plaisirs. Ensuite elle aborde les ovaires, les fluides si essentiels au bon fonctionnement du vagin, et qui disent aussi bien l’état de la flore vaginale que l’état de santé du sexe, ses éventuelles infections et affections. Elle termine avec l’exploration des seins pour nous offrir au final une belle invitation à nous découvrir enfin !

« Connais-toi toi-même. Guide d’auto-exploration du sexe féminin » est paru aux éditions La Musardine, 60 pages 12 euros.

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Obstétrique/gynécologie|État de santé|Sexualité
 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern