Voyage Soir mag au-delà du Jourdain: la Jordanie millénaire

Petra.
Petra. - DR

L’ouverture des frontières jordaniennes au tourisme international dans les années 1980 a mis en lumière l’une des plus grandes merveilles archéologiques et architecturales de la planète : Petra. Hergé avait eu le crayon heureux et Indiana Jones y devait une part de son succès.

Comme dans un film

Parcourir la Jordanie, c’est pénétrer le décor d’un film. C’est se souvenir d’un enchevêtrement de vérités et de légendes, tantôt confirmées par l’archéologie, tantôt remises en perspective par le doute et la raison. La foi et l’Histoire se rencontrent, se confrontent, s’y complètent. Comment nier Amman et son passé antique, depuis le récit biblique jusqu’aux ouvrages des Romains ? Comment ne pas entendre la belle histoire d’amour presque shakespearienne de David et de la belle et impudique Bethsabée se baignant nue qui plus tard, après l’assassinat de son fidèle mari par le même David, devint mère du mythique roi Salomon ? Comment réfuter l’existence des solides rocs granitiques de la ville de Uum Qays, où Jésus aurait chassé des démons vers un troupeau de porcs qui se serait jeté dans les eaux de la mer de Galilée ?

Voir, depuis une terrasse, le plateau du Golan, le mont Hermon et le lac de Tibériade jusqu’aux dernières couleurs du crépuscule et, sinon croire, accepter d’y clore un rêve. Sillonner les rives du Jourdain, qui donna son nom au pays, entre figuiers, grenadiers aux fruits joufflus, térébinthes, balsamiers y imposant leur statut de plantes millénaires, chênes et pins se côtoyant au milieu d’une assemblée de chardons et d’herbes folles aux fleurs ensorcelantes. Là, le chemin s’arrête devant une plage, dont un livre saint, la Bible, a voulu faire celle où Jésus se fit baptiser par Jean le Baptiste. Car, oui… si c’était vrai ? Si c’était près de là, à Pella, que naquit comme l’annonçait la prophétie de Jésus (« Fuyez vers la montagne ! ») le christianisme du Ier siècle. Ouvrir la porte de la vieille église de Madaba au cœur de l’art byzantin et umayyade et y découvrir une mosaïque. C’est une des plus vieilles cartes politiques du monde. Elle date du VIe siècle et est restée très lisible, témoin imparable d’un monde révolu. Preuve incontestable de l’existence de cette Palestine-là !

Comprendre Moïse et évoquer Godefroid de Bouillon

Écarquiller les yeux pour voir au mont Nébo, sur 180o, la Terre promise comme l’aurait vue Moïse au terme de quarante années d’errance dans un désert du Sinaï et dans les montagnes de Moab. Scruter sa tombe dans les nombreuses grottes troglodytes. Parcourir l’imposante cité gréco-romaine de Jerash ou Gérasa. Elle aurait été fondée par Alexandre le Grand, occupée et constamment reconstruite par les Nabatéens puis les Romains, de Pompée à Hadrien. Son hippodrome, son forum ovale et ses bains autour des majestueux temples de Zeus et d’Artémis ne sont pas virtuels. Ils existent, là, sous vos yeux.

Ensuite se trouver nez à nez avec les constructions des Croisés, devant l’immense muraille de Kérak où Renaud de Chatillon se rendit coupable de fourberie face à Saladin et vendit par orgueil ce qui restait du royaume chrétien fondé par Godefroid de Bouillon en Palestine.

La mer Morte. Et photo du dessus : Wadi Rum.
La mer Morte. Et photo du dessus : Wadi Rum. - DR

De Sir Lawrence au royaume de Saba

Sillonner la Route des rois et imaginer la reine de Saba venir rendre hommage au roi Salomon au Temple de Jérusalem. Plonger vers le Wadi Rum et tenter de se souvenir de quelques phrases écrites par Lawrence d’Arabie dans les Sept Piliers de la Sagesse qui bien plus alors qu’un livre, existera réellement sous la forme de sept pieds de montagnes imprimés sur votre album de photos souvenirs. Rouler en 4X4 dans le sable d’un désert rouge, s’arrêter à l’ombre d’une de ses inquiétantes roches roses pour, à côté d’un troupeau de dromadaires, boire un café bédouin à la cardamome.

Passer du temps à Petra pour y tomber d’admiration devant le Kasneh, le Trésor, sillonner la ville de plusieurs kilomètres de long, à pied, à dos d’âne ou en calèche, vaillamment franchir l’Histoire et ses majestueuses huit cents marches vers le sommet, s’agenouiller devant El Déir, le Monastère, à l’ombre du tombeau d’Aaron. En face, le mont Horeb où Moïse aurait reçu les Dix Commandements… À gauche, la mer Rouge, visible par très beau temps. Il ne reste à l’esprit qu’à rejoindre le corps, au creux de l’eau salée de la mer Morte et de contempler le coucher de soleil qui doit faire luire, là-bas, au-delà des montagnes, l’or de la Coupole du Rocher de Jérusalem.

Ce n’est pas un trekking ni un séminaire, c’est un voyage dans un confort idéal (transports et hôtels) pour voir, entendre, savourer les mystères des origines de notre propre destinée. Qui sommes-nous vraiment, sinon des enfants de cette histoire-là ? Il n’y a pas de mot « fin », que des souvenirs. C’est un film qui ne s’achève pas. La Jordanie est le voyage qu’on croit choisir, jusqu’au jour où on réalise que le pays nous a certainement, lui aussi, choisis.

Tous les voyages « Soir mag » sont en ligne sur www.voyagessoirmag.be

 
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Signé Stéphane Bern