Six jours de calvaire: l’histoire de la miraculée de Saint-Georges

Six jours de calvaire: l’histoire de la miraculée de Saint-Georges
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P our être à l’heure, elle a cavalé aussi vite que ce que son corps lui permet. Deux trains et un bus plus tard, Corine Bastide peut enfin s’asseoir et dérouler les six derniers mois de sa vie. Sur son divan, la quadragénaire accuse le coup, fatiguée par la séance de la matinée, à Esneux. C’est la fin de la semaine et elle a déjà trois rendez-vous de revalidation dans les pattes. Loin des caméras et des micros tendus des premiers jours, la Hutoise se reconstruit dans le calme et avec la patience qu’un physique encore délicat lui impose. Un processus long mais nécessaire pour celle qui aurait pu « ne plus jamais marcher ».

Côtes cassées, moelle épinière touchée, vertèbres en vrac : après son accident de la route, Corine subit quatre opérations. « C’était n’importe quoi. Le chirurgien qui m’a opéré a dû tout remettre en ordre là-dedans », retrace-t-elle, cheveux bruns jusqu’aux épaules et yeux perforants. Pendant plus de trois mois, elle a arpenté les couloirs de l’hôpital. D’abord pour récupérer la santé après les interventions chirurgicales. Ensuite pour se retaper physiquement. Aujourd’hui, elle habite seule mais continue, semaine après semaine, à enchaîner les séances de revalidation au CHU de Liège.

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Son bras gauche n’a pas retrouvé sa mobilité d’antan. Ses jambes peinent, parfois, à retrouver leur équilibre. Et ce n’est pas le sol irrégulier de son nouvel appartement qui l’aide à filer droit. Mais Corine se sait miraculée : « Il y a pire que moi. À l’hôpital, j’ai discuté avec un jeune homme qui ne pourra plus jamais marcher. Ça m’a remué et rappelé la chance que j’ai eue. » Son histoire n’est pas différente des autres : c’est celle d’une lente reconstruction. En 2018, le plat pays a connu quelque 3.636 blessés graves à la suite d’un accident de la route. Le caractère extraordinaire de son parcours, elle le doit plutôt aux improbables circonstances de sa « disparition », partagée par tous les médias du pays et même au-delà : TF1 s’est rendu à son chevet liégeois et une vidéo… indienne contant son aventure est disponible sur YouTube.

Survivre façon MacGyver

Pour comprendre cet « engouement », il faut remonter à la nuit de l’accident : entre les 23 et 24 juillet 2019. Dans la nuit, Corine quitte le domicile de son compagnon pour rentrer chez elle. Les freins de sa voiture couinent. La quadra quitte l’autoroute à Saint-Georges-sur-Meuse, entre Flémalle et Huy, pour finir son chemin à vitesse réduite. Elle compte payer une visite au garage le lendemain. Dans un rond-point, Corine perd le contrôle de sa Fiat Bravo et fait un tout droit dans le décor. Elle finit dans la végétation, en contrebas : invisible depuis la route et sur le toit. Le calvaire commence. « Ça fait bizarre de parler de ça. Ça fait remonter la douleur et la peur », dit Corine. Ses mots sont saccadés, son regard hagard.

« Au départ, je me dis qu’on va me retrouver. Je ne m’inquiète pas », établit l’accidentée au teint métissé. Physiquement, elle souffre mais ne se doute pas de la gravité de ses blessures. Elle crie à l’aide, imagine des tas de solutions pour s’échapper de l’épave. En vain. Au bout de deux jours, le doute s’installe. « Tout le côté gauche est paralysé à ce moment-là. Je dormais quand je tombais dans les pommes à cause de la douleur », se rappelle celle qui, pour survivre, s’hydrate grâce à de l’eau de pluie. La chaleur de juillet a laissé éclater quelques averses : « Je mouillais les fils de mes bracelets brésiliens et je buvais ce qui en ressortait. Il y avait aussi des branches à proximité. Je tirais dessus et je prenais l’eau accumulée. Je voulais avoir la bouche humide. Façon MacGyver ! »

Vitres cassées, portes éventrées : pourtant, impossible de s’échapper de la carcasse. Corine se souvient : « J’ai gardé mon calme durant tout l’accident. Je pensais à mes trois fils. Mes garçons n’auraient pas lâché. Alors, moi non plus ! », sourit-elle devant son deuxième enfant, Audric, qui écoute religieusement dans le salon. Au bout du 6e jour, la mère de famille invoque les cieux. « Je suis chrétienne, mais je ne pratique plus. Mais à un moment, je me suis adressée à Dieu. En créole, je lui ai demandé de m’aider à trouver une solution », confesse cette femme originaire de l’île Maurice arrivée par amour en Belgique, en 1992. Dans la foulée, des gens arrivent pour la sauver. Hasard ou signe ? « Je ne sais pas comment l’interpréter… »

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« Je me considère comme une survivante »

Pendant six jours, Corine n’a pas bougé. Ses proches, eux, se sont démenés pour la retrouver. Ce qui met la puce à l’oreille de la famille ? L’absence de connexion de Corine sur les réseaux sociaux, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Audric retrace le fil des événements : « Après deux jours d’absence complète, on a compris qu’il y avait vraiment un souci. » L’aîné de la fratrie, Hadrien, prend les choses en main et poste une annonce assortie d’une photo. L’avis, relayé par la police, est partagé plus de 25.000 fois sur les réseaux sociaux. S’ensuit une campagne d’affichage entre Huy et Saint-Georges. « À partir d’un moment, on a tout imaginé. On a pensé au suicide, mais elle n’aurait jamais fait ça », tempère Audric du haut de ses 16 ans. Sur le divan, Corine essuie une larme. L’adolescent reprend : « Le jour où elle a été retrouvée, mon cœur s’est contracté. C’était puissant. » Le 29 juillet, un couple parti à la recherche de la disparue passe par le fameux rond-point et aperçoit une voiture renversée. « Vous êtes Corine Bastide ? » Réponse affirmative de celle qui était à peine consciente et direction l’hôpital. Après 48 heures d’inquiétude, le médecin annonce que le pronostic vital de la Hutoise n’est plus engagé.

Sur son lit médical, Corine se fixe vite deux objectifs. Retrouver sa mobilité pour récupérer la garde de ses enfants, encore impossible en ce mois de février 2020, une semaine sur deux. Et avoir le plus vite possible son chez-elle pour s’y installer ! Désormais, Corine peut poursuivre sereinement sa revalidation – qui devrait encore durer de nombreux mois –, dans l’espoir de récupérer la garde alternée de ses fils au plus vite. C’est pour eux qu’elle se bat. L’ex-serveuse dans une cafétéria communale ne devrait pas tout de suite reprendre le chemin du travail. « Je n’ai jamais été au chômage, mais je me donne du temps. La vie est courte », explique-t-elle dans un accent qui fait le pont entre Liège et l’île Maurice. Et reconduire, alors ? « Je suis prête », lâche-t-elle. En voiture ou pour sa reconstruction, Corine entend tracer sa route.

 
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