Le sexe déconfiné: grande frousse ou grand relâchement?

Le sexe déconfiné: grande frousse ou grand relâchement?

Nombre de pays redoutent une seconde vague mais pour l’heure on célèbre avec bonheur et plaisir le déconfinement. Et cette levée des restrictions sanitaires a-t-elle entraîné une orgie de plaisirs ?

C’est ce qu’a voulu savoir PornHub. Le premier site web de streaming vidéo pour adultes a demandé au pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop de sonder l’activité sexuelle des Français en général et des célibataires en particulier. Et le premier constat de cette étude menée auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 Français (1) révèle qu’en dépit des frustrations vécues durant le confinement, les célibataires tendent plutôt à la prudence et à un désir de sécurité affective et sexuelle. Ils choisissent le « safe sex » et rêvent plutôt de stabilité. On peut les comprendre s’ils ont vécu les longues semaines de confinement seul…

Mais voyons plus en détail les résultats de cette enquête !

Une reprise en demi-teinte

Depuis le 11 mai, l’activité sexuelle des célibataires a repris sans pour autant retrouver le niveau d’avant le confinement : un tiers (33 %) des célibataires déclarent avoir eu un rapport sexuel durant le mois ayant suivi le confinement, soit une proportion en nette hausse par rapport à la fréquence de leurs relations intimes durant le confinement (13 %) mais qui reste en deçà de celle observée avant le 11 mai (44 %).

Manque de fête plus que de sexe

Les Français ont plus souffert du manque de fêtes que du manque de sexe. Ils sont 36 % à dire que les moments festifs et rencontres avec les amis leur ont beaucoup manqué, 18 % a dire que la tendresse leur a fait défaut et 12 % que le sexe leur a occasionné d grandes frustrations.

Prime à l’ « ex » et au « safe sex »

Signe des difficultés à faire des rencontres autant qu’à prendre des risques avec des inconnus, l’essentiel de cette activité sexuelle se concentre entre célibataires qui se connaissaient auparavant : 25 % ont eu un rapport sexuel avec une personne avec laquelle ils avaient déjà couché (ex : « ex », partenaire sexuel régulier ou occasionnel…), contre seulement 5 à 6 % avec quelqu’un rencontré après le 11 mai.

Des rapports plus tendus et plus de harcèlement public

Cette réduction de leur vivier de partenaires tient notamment à la difficulté actuelle à faire des rencontres – reconnue par une majorité des célibataires (57 %) – dans un contexte marqué des rapports entre les sexes plus tendus : la majorité des femmes de moins de 35 ans (51 %) estiment que « les hommes sont plus enclins qu’avant à importuner une femme dans les lieux publics ».

Un désir de stabilité sexuelle et affective

Alors que les mois de « disette sexuelle » imposée par le confinement auraient pu inciter les célibataires français à une « boulimie de sexe », force est de constater qu’ils expriment avant tout un besoin de stabilité sexuelle et affective : 90 % d’entre eux préférant chercher un seul partenaire pour établir une relation stable plutôt que « multiplier les partenaires sexuels pour rattraper le temps perdu » (10 %).

Comme à l’accoutumée, la gent masculine tend à moins inscrire leur sexualité dans un cadre conjugal ou affectif stable (82 %) que la gent féminine (96 %). Cependant, même chez les hommes, le nombre d’adeptes d’une multiplication des aventures sans lendemain reste marginal (18 % en moyenne), y compris chez les hommes de moins de 30 ans (22 %). Toutefois, deux catégories d’hommes célibataires se distinguent par leur désir de s’affranchir de la norme de la conjugalité : les gays (59 %) et les hommes musulmans (41 %).

La peur d’attraper le Covid 19

À noter que le COVID-19 ne restreint pas seulement les occasions de rencontres des célibataires par les restrictions sanitaires qu’il leur impose mais aussi par la crainte qu’il suscite… La crainte d’être infecté par le virus a déjà empêché près d’une célibataire sur deux de fréquenter un lieu où elle aurait pu rencontrer des potentiels partenaires (43 %) ou d’embrasser quelqu’un qui lui plaisait (45 %).

Plus grave, la crainte d’être infecté par le virus est à l’origine d’une nouvelle stigmatisation sur le marché sexuel qui affecte les personnes travaillant dans des secteurs exposés aux virus ou l’ayant déjà attrapé : 59 % de célibataires refuseraient d’avoir un rapport avec une personne susceptible d’être exposée au virus (ex : professionnels de santé…) et 58 % toute relation avec un individu qui a été infecté par le Covid-19.

Le Covid 19 est un frein à la liberté sexuelle

Que penser de ce besoin de stabilité affective et sexuelle ? Voici la réponse de François Kraus, le directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop et collaborateur à la revue Sexologies : « Produit de l’isolement affectif vécu durant deux mois puis du maintien des règles de distanciation physique qui incitent à une sélection plus stricte de ses partenaires et à une sexualisation plus lente des relations, ce besoin de monogamie dénote à l’heure où la tendance semblait être plutôt à la banalisation de la culture du coup d’un soir (« hookup culture »), notamment durant une période estivale généralement plus propice aux rencontres occasionnelles. Si l’impact du COVID-19 sur la vie sexuelle et affective des célibataires sera donc particulièrement intéressant à observer sur le long terme, il n’en reste pas moins pour l’heure un frein à leur liberté sexuelle en tant que source de contrainte et de crainte, en particulier envers les personnes travaillant dans des secteurs exposés aux virus ou l’ayant déjà attrapé qui font l’objet d’un rejet massif qui n’est pas sans rappeler le pire des « années SIDA.

(1) « Étude Ifop pour Pornhub réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 9 au 12 juin 2020 auprès d’un échantillon de 3 018 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »

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