Du verlan au «Mistral gagnant»: Renaud célébré à la Philharmonie de Paris

«Putain d’expo», clin d’œil à la chanson «Putain de camion» (1988) écrite après la mort de son ami Coluche, démarre ce vendredi à la Philharmonie de Paris (jusqu’au 2 mai). Une rétrospective imaginée comme «une célébration» de la vie du chanteur de 68 ans dont les apparitions publiques sont désormais rares.

Renaud « va bien et à hâte de voir la rétrospective », a déclaré à l’AFP son frère jumeau, David Séchan, co-commissaire du projet avec l’agrégée de lettres modernes Johanna Copans, auteure d’une thèse sur le chanteur. Plus qu’une exposition, cette rétrospective est un événement en soi. Et pour cause: peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir fait l’objet d’une telle célébration... de leur vivant.

Mais voilà, Renaud n’est pas n’importe quel artiste: une vingtaine d’albums vendus au total à plus de vingt millions d’exemplaire, des chansons entonnées par plusieurs générations, de «Laisse béton» à «Manhattan-Kaboul», dont certaines désormais enseignées à l’école. Renaud est l’un des chanteurs les plus populaires, quasiment «porté» par la tendresse et l’affection qu’il inspire à nombre de Français.

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Intellectuels et ouvriers

Nourrie de ses archives et d’objets personnels, comme ses cahiers d’écriture, manuscrits de chansons ou dessins, l’exposition plonge le visiteur dans « l’univers coloré et enfantin » de l’artiste, « gaulé comme un moineau », selon ses propres mots. « On a imaginé le parcours avec des éléments visuels graphiques qui puisent dans l’imaginaire de Renaud », explique Gérard Lo Monaco, créateur des décors de scène des concerts du chanteur.

L’exposition ne suit pas la chronologie mais elle débute par des photos de famille jaunies. « La famille, ça n’explique pas tout Renaud mais une bonne partie de lui », souligne son frère jumeau. Issu d’une famille d’intellectuels côté paternel et d’ouvriers côté maternel, Renaud développe très vite une conscience politique. Cette « dualité sociale » va « l’ancrer » et développer chez lui un goût pour le militantisme qui l’emmènera, lors du mouvement étudiant de mai 1968, à la Sorbonne, complète son frère.

Là-bas, il adhère au comité Gavroche, écrit, dessine ... Le jeune Renaud est en plein bouillonnement. Sept ans plus tard, il sort son premier album «Amoureux de Paname». L’exposition se poursuit en évoquant les combats qu’il a menés: justice sociale, antiracisme, lutte contre l’apartheid... Hyperactif, Renaud est de toutes les luttes, notamment dans les années 80 et 90.

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Repris par les rappeurs

Des combats qu’il mène en chansons avec des titres comme «Dans mon HLM» (1980), «Banlieue rouge» (1981) ou «Deuxième génération» (1983), mais aussi en personne, en soutenant des causes chères à son cœur. L’exposition apporte un éclairage sur ses rapports «forts» avec François Mitterrand. « Il y avait un attachement entre les deux. Renaud adorait la politique. C’est un homme de gauche », souligne son frère. Mais ces deux figures se brouillent en 1989 lors de l’organisation du G7 à Paris, qui coïncide avec le bicentenaire de la Révolution française.

Vieil ami du journal et de la rédaction de Charlie Hebdo, qu’il avait aidé à financer en 1992, plusieurs de ses chroniques et des unes du journal sont mises en valeur dans un espace dédié au journal. L’exposition met en valeur le rapport à la langue française de cet amoureux des mots. « Le verlan, l’argot, il a créé tout un langage qui est aujourd’hui repris par les rappeurs », pointe David Séchan. Comme Booba qui a repris une boucle extraite de «Mistral Gagnant» (1985), la ballade phare de Renaud, pour sa chanson «Pitbull» (2006).

Signe que l’exposition devrait attirer un vaste public, Universal et la maison d’édition Plon ont conçu respectivement un documentaire audio et le catalogue de l’exposition. Quarante-cinq ans après ses débuts, « sa liberté, son impertinence parlent toujours aux Français », estime son frère.

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AFP

 
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