Camille Thomas, la violoncelliste qui réveille les musées confinés (vidéo)

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Perchée sur un toit de l’Institut de France, tout près de la coupole sous laquelle se réunissent les cinq Académies, la violoncelliste franco-belge de 32 ans a comme une sensation de déjà-vu en interprétant « Kaddisch » de Maurice Ravel, un des morceaux qu’elle a le plus joué au premier confinement. Malgré les temps difficiles pour les artistes privés de contact avec le public, «  il ne faut pas se laisser abasourdir », assure-t-elle à l’AFP. Depuis juin, elle est entrée en contact avec des musées encore vides pour y jouer, un projet qu’elle poursuit avec le deuxième confinement. « J’avais cette envie d’allier différents types de beauté », la musique et le patrimoine, explique la jeune femme de parents belges mais qui a grandi à Paris.

Un ami, le cinéaste Martin Mirabel, la filme au Musée des Arts Décoratifs, une vidéo qui a déjà été vue plus de 15.000 fois depuis le 30 octobre et où on la voit jouer le célèbre air d’opéra de Donizetti « Una furtiva lagrima » adapté pour violoncelle. «  Pendant deux heures, on a essayé de faire vivre ce lieu en unique. Ça nous a tellement enthousiasmés qu’on a voulu continuer », raconte Camille Thomas. Elle compte faire au total neuf vidéos filmées à l’Institut du Monde Arabe, à Versailles, au musée Nissim de Camondo, à la grande galerie de l’Evolution au Jardin des Plantes, au Palais Garnier et aux musées Rodin et d’Orsay. À Versailles, elle a connu « un moment d’émotion incroyable » en jouant au théâtre de Marie-Antoinette, un lieu qui a gardé son décor et sa machinerie d’origine.

Des vidéos qui seront partagées avec le public d’ici février. «  Un musicien qui ne partage pas la musique perd son sens et sa raison d’être », affirme la violoncelliste. Au premier confinement, les vidéos, vues par plus de quatre millions de personnes sur les réseaux sociaux, lui ont permis de garder le lien avec le public. «  C’était merveilleux parce que je me suis rendu compte que ça touchait des gens du monde entier », se souvient la musicienne, qui a reçu des messages de remerciements, des États-Unis à la Malaisie. «  Les gens qui disaient que ces images leur faisaient du bien, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire ».

Stradivarius

L’autre « cadeau » dont elle est fière, c’est son violoncelle, ou plutôt celui prêté pour un an par la Nippon Music Foundation : un légendaire Feuermann Stradivarius de 1730 qui a appartenu notamment à Auguste-Joseph Franchomme, grand violoncelliste français qui a joué aux côtés de Chopin. Camille Thomas n’a pas attendu cette année pour se faire connaître du milieu musical.

Initiée au violoncelle dès l’âge de quatre ans («  Je n’ai aucun souvenir sans violoncelle »), elle a étudié à Paris dans des classes à horaires aménagés jusqu’à l’âge de 17 ans puis en Allemagne pendant dix ans. Nommée aux Victoires de la Musique classique en 2014 comme révélation soliste instrumental, lauréate de plusieurs prix, elle signe un contrat chez Deutsche Grammophon, devenant ainsi la première femme violoncelliste à signer pour la prestigieuse maison de disques.

En partenariat avec l’Unicef, auquel une partie des bénéfices seront versés, elle a sorti cette année son deuxième album chez DG, « Voice of Hope », qui comprend des airs d’opéra, des lamentations et le premier enregistrement mondial d’un concerto du pianiste et compositeur turc Fazil Say. Pour Camille Thomas, « Never give up », un des titres de l’album, écrit au lendemain de l’attentat du Bataclan et d’attentats en Turquie, a un message qui résonne particulièrement en cette année trouble. «  Il ne faut jamais renoncer à l’Homme, à l’espoir et à la beauté », dit-elle.

AFP

 
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