L’initiatrice de #balancetonporc jugée en appel pour diffamation

L’initiatrice de #balancetonporc jugée en appel pour diffamation
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L’initiatrice du mot-clé #balancetonporc, condamnée pour diffamation en première instance, est jugée en appel mercredi à Paris sur assignation d’un homme qu’elle avait accusé nommément de harcèlement sexuel en octobre 2017, en pleine vague de libération de la parole des femmes.

L’étincelle qui a tout déclenché

Plus de trois ans après l’onde de choc qui avait suivi la mise en cause du producteur américain Harvey Weinstein, la cour d’appel réexamine ce dossier qui a valu à Sandra Muller d’être condamnée le 26 septembre 2019 à payer 15.000 euros de dommages-intérêts à Eric Brion. Le 13 octobre 2017, la journaliste avait posté sur Twitter les mots : « #balancetonporc!! Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent (sic) sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends ». Quatre heures plus tard, elle avait écrit : « ’Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit’ Eric Brion ex-patron de Equidia #balancetonporc ». Des milliers de femmes avaient alors pris la parole pour dénoncer harcèlement ou agressions sexuelles sous ce mot-dièse ou son équivalent en anglais #Metoo (#MoiAussi) lancé par l’actrice Alyssa Milano.

Consultant et ancien directeur général de la chaîne de télévision Equidia, Eric Brion avait assigné Sandra Muller en diffamation. Il admettait avoir eu des mots déplacés lors d’une soirée cannoise en 2012 - il s’était excusé par texto le lendemain - mais se défendait d’être un « harceleur sexuel ».

Un jugement « hors du temps » ?

Dans son jugement, le tribunal avait souligné que la question des « violences, sous toutes leurs formes infligées aux femmes par des hommes, constitue à l’évidence un sujet d’intérêt général ». Mais il avait estimé que Sandra Muller avait tenu des propos diffamatoires, en l’absence, selon lui, de la « répétition » ou de la « pression grave » nécessaire pour constituer le délit de harcèlement sexuel. Les juges avaient ajouté que Sandra Muller n’avait apporté ni « base factuelle suffisante », ni preuve de la vérité de ses accusations.

La journaliste, qui fait partie des « briseuses de silence » désignées par le magazine Time comme « Personnalités de l’année » 2017, avait immédiatement fait appel de sa condamnation, ses avocats dénonçant une décision « hors du temps ». Pour ce deuxième procès mercredi après-midi, Eric Brion sera présent mais pas Sandra Muller, retenue aux Etats-Unis par la crise sanitaire.

« Eric Brion est toujours marqué au fer rouge par cette accusation infamante et compte bien obtenir la confirmation du jugement pour retrouver une vie sereine », a déclaré à l’AFP son avocat Me Nicolas Bénoit. Me Jade Dousselin, l’un des conseils de Sandra Muller, va demander que la cour déboute M. Brion après une première décision « incompréhensible », soulignant notamment que sa cliente avait écrit « ce qu’elle a entendu ».

 
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Signé Stéphane Bern