La valse des faux papiers dans nos aéroports

La valse des faux papiers dans nos aéroports

L’alerte a été lancée voici quelques mois déjà parmi les services de police belges: des Belges partis combattre en Syrie tentent de revenir en Belgique sous de faux noms, en possession de cartes d’identité ou de passeports falsifiés. Ce n’est pas la première fois que des connexions sont établies entre les milieux djihadistes et les organisations criminelles classiques, notamment celles spécialisées dans la confection de faux documents. La preuve la plus terrible concerne les auteurs des attentats de Paris et de Bruxelles. Salah Abdeslam, Khalid El Bakraoui, Najim Laachraoui ou Mohamed Bakkali ont été approvisionnés en faux papiers par une filière dont l’atelier de confection était basé rue Gustave Defnet à Saint-Gilles. Le réseau, peu regardant, fournissait aussi bien des réfugiés et des truands que des terroristes, avec des cartes d’identité belges à 1.000 euros/pièce et des passeports nationaux à 1.500 euros l’unité. Les faussaires ont été arrêtés et lourdement condamnés en janvier dernier, à l’issue d’un procès devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Les audiences ont permis d’en apprendre davantage sur la manière de travailler de l’atelier. Les clients transmettaient une photo d’identité et l’argent à un représentant, qui servait d’intermédiaire avec les faussaires. Les documents contrefaits étaient expédiés dans le monde entier, par courrier express. Un des premiers usages des faux papiers belges est notamment de permettre l’entrée dans différents pays européens de migrants africains, congolais notamment. Dans l’enquête à Saint-Gilles, la police a aussi découvert qu’un receleur fournissait la matière première: de vraies cartes d’identité et passeports volés (lors de cambriolages ou de vols à la tire notamment). Ces documents étaient méticuleusement falsifiés, d’abord en effaçant photos et noms, avant d’être réimprimés avec une fausse identité au moyen de matériel informatique de pointe. Des documents garantis de première catégorie étaient particulièrement bien imités, d’autres plus grossièrement. Le réseau a été démantelé grâce à des écoutes téléphoniques et des observations de terrain, avant que les terroristes n’entrent en action à Paris et Bruxelles. Ce n’est que bien après que les enquêteurs ont connecté les deux affaires.

Bruxelles-National et Eurostar

Selon des données qui nous sont communiquées par le cabinet du ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), plus de 10.000 faux documents (passeports et cartes d’identité) ont été saisis par les policiers lors des cinq dernières années. En 2016, 1.755 pièces d’identité contrefaites ont ainsi été récupérées. C’est moins que les années antérieures (1.952 en 2015 par exemple). La majorité des passeports et cartes d’identité sont retrouvés par la police judiciaire. En 2016, 1.020 documents ont été transmis pour analyse à l’Office central pour la répression des faux (OCRF), le service spécialisé de la police judiciaire fédérale. La police administrative a saisi de son côté 735 documents aux différents postes frontières en 2016. La majorité (415, soit 111 cartes d’identité et 304 passeports) a été détectée à l’aéroport de Zaventem. Suivent le contrôle Eurostar à la gare du Midi (173 faux documents, dont 107 passeports) et l’aéroport de Charleroi (142 faux, dont 75 passeports). Au total, en 2016, les enquêteurs ont pu intercepter 742 auteurs.

Techniques étonnantes

Les faux papiers permettent aussi une série d’arnaques, notamment des achats frauduleux sur internet. On recense environ 4.000 cas d’usurpation d’identité chaque année dans notre pays. À l’inverse des cas cités plus haut, où l’on invente une fausse identité, ici, le malfrat garde le nom sur la vraie carte, tout en changeant simplement la photo pour passer incognito. Sans révéler trop de détails, l’une des techniques des fraudeurs pour transformer des documents vrais en faux papiers est de remplacer la photo… par l’arrière du document, pour préserver toutes les couches supérieures contenant les éléments de sécurité! Pour un œil non averti, le piège est total. Et avec cette carte, un malfrat peut prendre votre identité en un clin d’œil. D’où l’intérêt de signaler immédiatement un vol de carte ou de passeport. Rappelons la procédure, ultrasimple, mais encore peu connue: téléphoner (gratuitement) à Doc Stop, au numéro 00-800-2123-2123 (numéro accessible y compris de l’étranger). Un numéro un peu compliqué à encoder dans votre GSM! Doc Stop est disponible 24h/24 et 7j/7. En cas de vol, déclarez-le aussi au poste de police le plus proche du lieu du vol ou à votre police locale. En cas de perte, téléphonez immédiatement à Doc Stop également, puis adressez-vous à votre administration communale pour obtenir une attestation. Doc Stop bloque les documents perdus ou volés en quelques minutes et signale les faits sur le site www.checkdoc.be/. Ce site est utilisé par les banques et autres organismes ou administrations pour vérifier si un document d’identité est signalé volé ou perdu. Et si vous retrouvez votre document, qui avait été seulement égaré? Vous disposez à partir de votre appel de sept jours pour le débloquer. Après ce délai, le document d’identité est définitivement annulé et vous devrez en demander un autre auprès de votre administration communale.

 
 
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