Pesticides: la polémique

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Les pesticides ont-ils un impact délétère sur la santé humaine ? La réponse semble évidente : ces substances très variées agissent sur des organismes vivants (insectes, vers, plantes, vertébrés, bactéries, champignons) qu’elles détruisent, contrôlent ou repoussent selon le besoin. Il est difficile d’imaginer dans ce cas que les pesticides – de type herbicides, fongicides, insecticides… – appartenant à près d’une centaine de familles chimiques différentes, n’aient pas un impact sur la santé. Dans leur rapport sur Les effets des pesticides sur la santé, publié en 2013, les chercheurs de l’Inserm (Institut national – français – de la santé et de la recherche médicale) précisent que la rémanence de ces substances actives dans l’environnement peut varier de quelques heures ou jours à quelques années. «  Elles sont transformées ou dégradées en nombreux métabolites, précisent-ils. Certaines, comme les organochlorées, persistent pendant des années dans l’environnement et se retrouvent dans la chaîne alimentaire. » Les pesticides sont en effet présents un peu partout : dans l’air (extérieur, intérieur, poussière…), dans l’eau (souterraine, de surface, littoral…), dans le sol et les denrées alimentaires (y compris certaines eaux de consommation). Destinés au départ à dompter la nature pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même, ils peuvent donc, en cas d’inhalation, de contact cutané ou d’ingestion, se retourner contre nous. Pour autant, les scientifiques ne sont pas unanimes sur la question de leur dangerosité. «  En l’état actuel des connaissances, on n’a jamais pu démontrer l’existence d’un lien causal entre pesticides et cancer », déclare Sébastien Daems, porte-parole de l’Institut scientifique de Santé Publique (ISP). «  Mais nous partons bien sûr du principe que l’on en fait un bon usage, qui respecte scrupuleusement les consignes d’utilisation et de sécurité, notamment lors de la manipulation et de l’épandage. Et ces consignes sont extrêmement sévères en Europe. » La Fondation contre le Cancer nous confirme la non-existence du lien de cause à effet. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas un faisceau de présomptions… Et l’on revient au bilan effectué par les experts de l’Inserm, qui a balayé la littérature scientifique en quête d’arguments sur les risques sanitaires associés à l’exposition professionnelle aux pesticides, en particulier en secteur agricole et sur les effets d’une exposition précoce chez le fœtus et les jeunes enfants. Et là, plusieurs cancers présentent une présomption de lien avec les pesticides ; soit une forte présomption (lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples, cancer de la prostate), soit une présomption moyenne (leucémies), soit faible (maladie de Hodgkin, cancer du testicule, tumeurs cérébrales – méningiomes et gliomes –, mélanomes cutanés). Enfin, d’autres pathologies sont susceptibles d’avoir un lien avec les pesticides : c’est le cas de la maladie de Parkinson (forte présomption, surtout avec les insecticides organochlorés), de la maladie d’Alzheimer, des troubles cognitifs, des troubles de la fertilité (baisse de la qualité du sperme – voir encadré) et de la fécondabilité chez les femmes (présomption moyenne). Il existe enfin une faible présomption d’un lien causal avec la sclérose latérale amyotrophique et les troubles anxio-dépressifs. Pour les experts de l’Inserm : «  Ne pas être en mesure de conclure (à un lien causal) ne veut donc pas dire obligatoirement qu’il n’y a pas de risque. »

Constamment réévalués

«  Les pesticides ne sont pas des produits anodins », reconnaît Sébastien Daems (ISP). «  C’est pourquoi ils font l’objet d’une réglementation très stricte. On ne trouvera pas sur les marchés européen et belge de produits probablement cancérigènes, reprotoxiques ou génotoxiques pour l’homme, c’est-à-dire capables de modifier l’ADN. Ils sont de facto exclus par la réglementation. Qui plus est : ce n’est pas parce qu’un produit a été testé il y a 30 ans qu’il ne l’a plus été depuis ou qu’il ne le sera plus à l’avenir. Les substances sont réévaluées tous les dix ans par les autorités sanitaires compétentes. C’est le cas pour les glyphosates (Round up) depuis des décennies. La science évolue, amenant de nouvelles questions. Mais si, au cours de la décennie, de forts soupçons devaient peser sur un pesticide en particulier, on entamerait aussitôt une réévaluation rapide. Tout cela est imposé par la loi… » Un autre problème à prendre en considération est celui des mélanges auxquels la population est confrontée en permanence : des pesticides en faible dose, mais aussi bon nombre d’autres substances contaminant l’environnement. Il est donc impossible de décréter qu’il vaut mieux vivre en ville qu’à la campagne… «  En ville, on sera plus exposé aux particules fines par exemple, remarque Sébastien Daems. Et puis, il faut tenir compte de tous les autres produits susceptibles d’être néfastes à la santé (certaines substances dans les produits ménagers, déboucheurs, encens, bougies industrielles, déodorants…). Il est compliqué de déterminer la notion de risque : prenez une bouteille de vinaigre blanc, a priori inoffensive. Si vous la buvez dans son entièreté, le risque d’être malade est bien plus élevé que si vous pulvérisez votre parterre de fleurs… ».

 
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