Nordine Ganso, l’humour à la manière douce
À l’heure où nombre d’humoristes balancent des punchlines assassines pour percer, le timide Bordelais séduit par sa gentillesse. Et ça fonctionne !

Quel est le fil rouge de votre seul-en-scène, « Violet » ?
C’est ma vie ! Le violet est une couleur à laquelle on attribue souvent les mêmes caractéristiques qu’à moi : douceur, sensibilité, mélange… Tout ce que je partage avec mon travail. Maintenant, j’espère à l’avenir jouer avec toutes les couleurs au fil de mes spectacles.
Vous vous démarquez de vos pairs en jouant la carte de la douceur. Pourquoi ce choix ?
Quand tu montes sur scène pour faire du stand-up, tu parles de toi, tu mets en scène ta personnalité. Moi, je suis un gentil, donc je parle de ça, et les gens comprennent le délire, même s’il a fallu du temps pour qu’ils acceptent cette énergie, à laquelle ils n’étaient pas habitués. Moi-même, j’avais un peu de mal au début. Ce sont les retours du public, que je faisais justement rire grâce à ma sensibilité et ma douceur, qui m’ont permis de l’assumer totalement.
Vous jouez à guichets fermés à Paris. Y a-t-il selon vous un sketch qui a fait grimper votre cote ?
C’est plutôt venu progressivement, entre autres avec l’accumulation des vidéos sur Instagram. De plus en plus de gens ont commencé à me suivre, à aimer ce que je faisais. Ils ont partagé mon contenu, qu’ils trouvaient marrant, et amené ainsi d’autres vers mon travail. On peut s’en passer, mais les réseaux sociaux peuvent vraiment aider un artiste à se développer.
Vous jouez également dans la série « Master Crimes ». Avez-vous toujours voulu être humoriste ou, comme beaucoup, vous aspirez à devenir acteur et le stand-up est votre porte d’entrée ?
Je voulais monter sur scène pour faire rire les gens et en faire mon métier, c’était ma seule ambition. Je suis aujourd’hui amené à jouer dans des séries ; ce n’était pas prévu, j’ai même mis du temps à me dire que je pouvais le faire. C’est tout autre chose, c’est cool, mais je reste humoriste avant tout.
Quand avez-vous compris que vous étiez doué pour faire rire les autres ?
Gamin, j’étais mal dans ma peau, je souffrais d’embonpoint, j’étais très réservé. J’essayais de me distinguer en lançant des blagues. C’est devenu ma marque de fabrique, ça m’a permis de m’accepter aussi. J’ai débuté sur des scènes ouvertes, à 18 ans, je n’ai jamais suivi la moindre formation, j’ai appris en pratiquant. Je suis par contre toujours aussi timide. Sociable, oui, mais réservé. Je suis toujours un peu mal à l’aise quand il y a trop de monde, que l’on vient me parler…
Vous revendiquez votre métissage (sa maman est algéro-marocaine, son papa congolais). L’humour, pour toute votre génération, n’est-ce pas aussi une arme puissante contre le racisme ?
Totalement ! À mes débuts, un de mes défis a été d’aborder ce thème sans basculer dans les clichés. Je voulais faire passer un message positif sur la multiculturalité, les mélanges… Même si le racisme reste présent, je veux croire en un monde où il disparaît lentement. Aujourd’hui, on ne peut plus refuser l’accès à des emplois, des logements… sur la base de la couleur de la peau, par exemple. Le racisme ordinaire n’a plus non plus sa place comme par le passé, que ce soit dans les médias ou dans la rue. Je ne suis pas naïf : des choses graves arrivent encore, mais je pense malgré tout que la société et les lois évoluent de telle manière que pour continuer à afficher ses idées racistes, il faut vraiment le vouloir ! Le rôle des artistes, des humoristes, est aussi d’envoyer de temps en temps des piqûres de rappel pour poursuivre cette avancée positive.
L’artiste sera chez nous le 21 mars à la Nef, dans le cadre du festival «Namur is a Joke » (www.namurisajoke.be/).






