Accueil Actu Stars

Robin Williams, poète du rire

Ce génie comique s’est suicidé il y a une décennie, emporté par une sévère dépression et les prémices de Parkinson. Il a laissé derrière lui des films iconiques.

Journaliste au Soirmag Temps de lecture: 6 min

Depuis dix ans et sa disparition soudaine, aucune publicité ou aucune proposition artistique n’a utilisé l’image de Robin Williams, à l’instar d’une Marilyn Monroe ressuscitée pour une campagne Chanel ou d’un Elvis Presley en format géant pour vanter les mérites du Coca-Cola. La tentation a pourtant dû être grande chez certaines marques tant l’aura et la personnalité de l’acteur décédé le 11 août 2014 à l’âge de 63 ans ont marqué plusieurs générations de cinéphiles, et pas uniquement. Seul bémol : Robin Williams avait drastiquement verrouillé l’emploi de son image post-mortem, interdisant toute utilisation nouvelle pour une période de vingt-cinq ans !

La panoplie de Robin Williams était immense, malgré une carrière entrecoupée d’absences dues à des cures de désintoxication. « Un produit qui vous rend paranoïaque et impuissant ? Bien sûr que je prends », livrait-il dans les années 1980 au sujet de la cocaïne. Au cinéma, doté d’un indéniable talent comique, il s’est aussi aventuré avec brio dans des registres plus intimes, avec l’iconique « Cercle des poètes disparus » de Peter Weir, en 1989, dans lequel il incarne un professeur de littérature anglaise cassant les codes, ou l’inoubliable « Will Hunting », de Gus Van Sant, en 1997, et son rôle de psychiatre du surdoué joué par Matt Damon, un second rôle qui lui vaudra son seul Oscar.

Copain de… Superman !

La carrière de Robin Williams s’est surtout construite autour des éclats de rire du grand public. Né à Chicago dans une famille bien mise, il ne découvre le théâtre qu’au lycée après un déménagement en Californie. Une révélation qui le pousse sur les bancs – ou plutôt les planches – de la Juilliard School, école d’art new-yorkaise où il a le futur Superman Christopher Reeve comme compagnon de classe. Ces deux-là font la paire ! En plus des cours, Robin Williams écume les petits clubs d’humour de la ville qui ne dort jamais pour y parfaire son sens inné du rythme et de la vanne.

Il finit par décrocher un premier petit rôle dans l’obscur « Can I Do It… ‘Til I Need Glasses ? ». Pour 150 dollars, il joue un avocat puis un montagnard souffrant d’une rage de dents dans ces courts sketchs à caractère sexuel. Sorti en 1977, le film est lynché par la critique. Robin Williams, lui, est… coupé au montage !

Star en devenir

L’anecdote est piquante : quand il accède à la notoriété un tantinet plus tard, le producteur de ce naufrage cinématographique a l’idée farfelue de remonter le film avec les passages « oubliés » du jeune acteur et de réimprimer une nouvelle affiche du nanar en plaçant Robin Williams à l’avant-plan ! L’entreprise ne plaît pas au comédien qui, déjà à l’époque, protégeait son image : il intente une action en justice pour « publicité fausse et trompeuse ».

Passé ce premier aperçu amer de Hollywood, Robin Williams se relance grâce à un casting pour la série TV « Happy Days ». Pour l’audition d’un rôle… d’extraterrestre, il débarque dans le bureau du producteur Garry Marshall en s’installant tête en bas sur le fauteuil : « Je l’ai embauché immédiatement, car c’est le seul alien qui se soit présenté au casting. » Le temps de deux épisodes, Robin Williams campe le personnage de Mork. Cela suffit à convaincre la chaîne ABC de créer une série centrée autour de ce petit extraterrestre. « Mork and Mindy » est diffusée aux États-Unis de 1978 à 1982, permettant au comédien de décrocher le Golden Globe du meilleur acteur dans une série TV musicale ou comique et de devenir prophète du rire en son pays. L’homme, devenu au fil des ans le meilleur client des talk-shows américains, est capable de jouer toutes les expressions, de capter ce qui fait le sel des imitations et d’user d’une repartie qui défie toute logique.

Le cercle des poètes disparus
BelgaImage

Le Vietnam… du rire

Au cinéma, Robin Williams brille de plus en plus. C’est probablement « Good Morning, Vietnam » de Barry Levinson, en premier, qui marque durablement les esprits dès 1987. Il y joue un animateur de radio déjanté qui doit divertir les G.I. en poste dans cet enfer vert. Le film permet à l’acteur de se perdre dans des improvisations légendaires, avec des vannes débitées façon mitraillette.

Dans les années 1990, l’Américain multiplie les grosses productions. Il est un Peter Pan adulte dans « Hook » de Steven Spielberg, un homme coincé dans la jungle d’un univers parallèle dans « Jumanji » de Joe Johnston ou un père de famille qui se travestit en nounou pour rester près de ses enfants dans « Madame Doubtfire ». Des films inoubliables. Sans oublier « Fisher King » de Terry Gilliam, où il campe un clochard héroïque, ex-prof devenu fou après le meurtre violent de sa femme. Il est encore possible de citer « La nuit au musée », « Flubber », « Insomnia » ou « Aladdin », Robin Williams prêtant sa voix au génie.

«Good Morning, Vietnam» (1987). BelgaImage
«Good Morning, Vietnam» (1987). BelgaImage

Pitre jusqu’à l’absurde

Pour promouvoir ses films, Robin Williams se rendait fréquemment sur les plateaux de télévision. Le présentateur d’« Actors Studio » James Lipton a toujours juré qu’une spectatrice de son émission avait dû être hospitalisée pour une hernie provoquée par un excès d’éclats de rire suite aux improvisations répétées de Robin Williams.

Cet humour en cascade cachait des zones d’ombre, parmi lesquelles une certaine férocité à l’égard de ses victimes préférées qu’étaient la papesse du talk-show Oprah Winfrey ou le physicien paralysé Stephen Hawking, qu’il imitait avec une précision bluffante et un brin gênante.

«Madame Doubtfire» (1993). Content Curation
«Madame Doubtfire» (1993). Content Curation

Parkinson s’en mêle

Robin Williams a aussi dû, toute sa vie ou presque, lutter contre ses addictions à l’alcool ou à la drogue. « Je crois que la cocaïne est un moyen que Dieu a trouvé pour nous dire qu’on gagne trop d’argent », disait-il. Dans les dernières années de sa vie, l’acteur tournait moins. Son incroyable moteur à vannes s’épuisait face à la « dépression sévère » qui le rongeait et qui a eu raison de son existence. À l’aide d’une ceinture, il s’est pendu dans sa résidence californienne le 11 août 2014, laissant derrière lui trois enfants et une épouse (son 3e mariage). Dans la foulée, sa veuve Susan Schneider avait révélé qu’il luttait contre un début de maladie de Parkinson.

Will Hunting 1997 CC
Content Curation

« Il était un éclair de génie comique et notre rire était le coup de tonnerre qui le faisait avancer », avait partagé Steven Spielberg. Barack Obama en personne y était aussi allé de son hommage, rappelant son engagement caritatif envers les sans-abri, sa présence en Irak ou en Afghanistan pour faire rire les soldats et, bien sûr, son rôle d’artiste : « Il est arrivé dans nos vies comme un étranger, mais il a ensuite fini par toucher en nous tout ce qui constitue notre humanité. »

L'actu en vidéo

 

Aussi en Stars

Voir plus d'articles

À la Une