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Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : David Gilmour, l’âme de Pink Floyd

David Gilmour, qui a tant incarné la jeunesse, la beauté, la force tranquille et la perfection guitaristique, aura 80 ans ce 6 mars.
Par Marc Ysaye
Temps de lecture: 2 min

Il est et restera un des musiciens les plus importants du XXe siècle. J’ai intentionnellement choisi de vous proposer un extrait de son premier LP solo de 1978, « David Gilmour », et l’autobiographique « There ‘s no way out of Here », qui fait tellement référence à Pink Floyd. Ce morceau est une vraie merveille.

Un guitariste de génie

David Gilmour n’est pas que guitariste, il est chanteur et compositeur au sein du groupe Pink Floyd bien sûr, mais il est également réputé pour ses œuvres solo. Le jeu de guitare, le chant et les compositions de David ont largement contribué au succès mondial de Pink Floyd, notamment avec l’album « The Dark Side Of The Moon » , troisième album le plus vendu de tous les temps.

David a été élu « Meilleur guitariste Fender de tous les temps » dans un sondage organisé par le magazine « Guitarist ». David a sorti cinq albums solo. Le cinquième album de Gilmour, « Luck and Strange », est sorti en septembre 2024 et s’est classé numéro 1 au Royaume-Uni, en Allemagne (son premier numéro 1 dans ce pays), en Pologne, aux Pays-Bas, en République tchèque, en Suisse, au Portugal et en Autriche.

La musique, une passion précoce

Cambridge, au début des années 1960, est une ville universitaire paisible. Dans une petite chambre d’une rue modeste, un adolescent nommé David Gilmour se construit un avenir dont il n’envisage pas encore les contours. Il passe des heures avec une guitare posée sur ses genoux, étudiant des disques de blues avec une intensité telle qu’il n’en absorbe pas seulement les notes, il en absorbe surtout le poids émotionnel qui se cache entre elles.

David Gilmour en 1971, l’aventure Pink Floyd est en cours…
David Gilmour en 1971, l’aventure Pink Floyd est en cours… - Avalon.red

Ses parents, tous deux universitaires, ne pouvaient lui offrir ni célébrité ni relations, mais ils lui donnèrent quelque chose de plus précieux : l’encouragement à poursuivre la beauté pour elle-même. Ils lui achètent sa première guitare et le laissent s’engloutir dans un monde de sons qui avait pour lui plus de sens que tout ce qu’on lui enseignait à l’école.

Une rencontre qui change sa vie

En 1967, David joue dans Londres pour un peu d’argent sans véritable avenir tracé. Arriva l’appel qui changea tout. Son ami d’enfance Syd Barrett, le génie brillant et excentrique qui avait cofondé un groupe psychédélique génial en pleine ascension appelé Pink Floyd, est en train de sombrer.

Syd venait pourtant de sortir avec ce groupe un premier LP gigantesque, « The piper at the Gates of down », qu’il avait composé. Malheureusement, Syd s’enfonce dans un brouillard mental, parfois muet sur scène, parfois refusant de jouer, parfois disparaissant en plein concert, souvent en surdose de LSD.

Pink Floyd à la dérive

Les membres du groupe demandent à David de les rejoindre temporairement, juste pour « aider » Syd jusqu’à ce qu’il aille mieux. Il dit oui, pensant sincèrement aider son ami avec qui il avait sillonné les routes de France et d’Espagne dans leur adolescence en faisant la manche avec leurs guitares. Il ne savait pas qu’il entrait dans une tragédie qui le mènera pourtant vers les sommets.

Pendant plusieurs mois, Pink Floyd tourne difficilement avec Syd et David, mais l’équilibre ne peut pas tenir. Le déclin de Syd s’accélère. Un jour de 1967, en route vers un concert, quelqu’un demande : « On va chercher Syd ? » Un autre répondit : « Laissons tomber. »

Ils continuèrent leur route. Syd était parti, et David était devenu son remplaçant naturel. David et Pink Floyd apparaîtront à quatre pour la première fois, sans Syd Barett donc, à la… télévision belge début 1968 devant l’Atomium à Bruxelles !

Pink Floyd aurait dû s’effondrer

Syd en était le moteur créatif, mais les membres restants, Roger Waters, Richard Wright, Nick Mason et désormais David Gilmour, commencent à travailler d’arrache-pied. Roger repousse les limites lyriques et conceptuelles. Richard remplit les albums de textures hantées. Nick, avec sa batterie inventive, sert de socle. Et David devient le cœur émotionnel, sa guitare apportant une profondeur qui semble avoir sa propre voix.

Leur album du début des années 70, « Meddle », notamment avec le fantastique morceau « Echoes », montre déjà leur potentiel, mais en 1973, ils créent quelque chose de transcendant. D’inimaginable.

« The Dark Side of the Moon » n’était pas qu’un disque : c’était une méditation complète sur la peur, le temps, la folie et la condition humaine.

Un album mythique

Produit par Alan Parsons, l’album proposera une quantité incroyable de techniques d’enregistrement nouvelles et inédites jusque-là. Exactement au même endroit, dans le même studio et de la même manière novatrice que les Beatles avec George Martin dix ans avant.

Sur « The Dark Side of the Moon », les empreintes de David sont partout. Sa voix douloureuse façonne « Breathe », son solo brûlant et existentiel a transformé « Time » en un cri contre les vies gâchées. Son jeu glissant, teinté de blues, sur « Money » a changé le cynisme en hymne. L’album resta dans les classements pendant plus de dix-sept ans et se transforme en un monument culturel mondial !

Mais les chefs-d’œuvre ne s’arrêteront pas là…

Pink Floyd truste les sommets

En 1975, Pink Floyd sort « Wish You Were Here », un album empreint d’une immense tristesse sur la perte de Syd. « Shine On You Crazy Diamond », qui ouvre et ferme l’album, commence par le motif lent et funèbre de quatre notes de David : un adieu musical à son ami avec qui il jouait autrefois de la guitare dans les champs autour de Cambridge.

Puis, quelque chose d’assez irréel va se produire pendant l’enregistrement de l’album, Syd entre soudainement dans les studios d’Abbey Road. La tête et les sourcils rasés. En surpoids. Vide. Méconnaissable, sauf par ses yeux. Le groupe est sidéré. Syd écouta un instant, puis repartit. Ce fut la dernière fois que la plupart d’entre eux le virent.

Après l’album « Animals », Pink Floyd triomphe encore au-delà de tout à la fin des années 70 avec « The Wall » en 1979. C’est sur cet album que l’on trouve deux des plus grands solos de David Gilmour. Ceux de « Another brick in the Wall pt 2 » et bien entendu du morceau ultime, le Graal absolu « Comfortably Numb ».

Le groupe se fissure

La vision de Roger Waters devient dominante, son contrôle s’étendant jusqu’à rendre toute collaboration impossible. David s’y opposa, convaincu que la musique, et non l’ego, devait passer en premier. Richard Wright fut même écarté pendant les sessions de « The Wall » !

Après « The Final Cut » en 1983, Roger quitta le groupe et déclara Pink Floyd mort et enterré. De son côté, Gilmour se braque. Pour lui, le nom et la musique appartiennent à tous. Waters intentera un procès pour empêcher Gilmour de continuer sous le nom Pink Floyd, mais il va perdre son action en justice, ce qu’il ne digérera jamais.

David reconstruit alors le groupe et sort « A Momentary Lapse of Reason » en 1987.

Les fans suivent Gilmour

Les critiques doutent mais pas les fans. L’album et la tournée seront un succès planétaire et prouveront que Pink Floyd existe sans son ancien « leader ». Puis vint ce moment que personne n’attendait. Le 2 juillet 2005, au « Live Aid » à Londres, Pink Floyd se réunit. David, Roger, Nick et Richard partageront la scène ensemble pour la première fois depuis plus de vingt ans pour un seul concert.

Quand David joua le solo de « Comfortably Numb » ce soir-là, le monde sembla retenir son souffle, tant l’émotion sera forte. David reconnaîtra plus tard qu’il avait légèrement raccourci le solo tant il était lui-même ému. Ce solo était le son de tout ce qui avait été brisé, de tout ce qui était guéri, de tout ce qui n’avait jamais été dit et de tout ce qui restait à faire. Ils s’embrassèrent ensuite.

Ce fut bref, imparfait, humain. Et final. Ils ne se retrouveront plus après cela.

La réconciliation impossible

Ce qui est affligeant dans l’histoire de Pink Floyd, c’est qu’aujourd’hui encore, Roger Waters méprise David Gilmour de toute sa hauteur. Lors du dernier passage de Waters au SportPaleis d’Anvers, il parviendra à raconter l’histoire de Pink Floyd sans mentionner une seule fois le nom de David Gilmour et en ne montrant aucune photo de lui.

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Waters est un immense musicien, mais là, c’était complètement ridicule et stupide. L’héritage de David Gilmour n’est pas la vitesse, la complexité ou la virtuosité. C’est l’émotion, la grâce, la beauté. C’est la retenue. C’est le feeling. C’est la compréhension qu’une seule note, jouée avec du sentiment, peut dire ce que cent notes ne pourront jamais exprimer.

Il ne cherchait pas à devenir l’âme de l’un des plus grands groupes du monde. Il voulait simplement faire parler sa guitare.

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