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« Son talent était évident » : Stéphane Rotenberg a joué un rôle important dans la carrière de Nikos Aliagas

Le journaliste anime depuis le début deux émissions cultes de la télé française : « Top Chef » et « Pékin Express ». Un roc !
Entretien -
Par Jacques Pessis, correspondant à Paris
Temps de lecture: 5 min

Les nouvelles saisons de « Top Chef » et « Pékin Express » sont diffusées en ce moment sur RTL-TVI et RTL Club, avec le toujours aussi lumineux Stéphane Rotenberg aux commandes.

Le public n’imagine pas qu’avant de découvrir l’univers de la télévision, vous avez été journaliste spécialisé dans l’automobile.

J’ai en effet débuté ma carrière en essayant, sur des circuits, de nouvelles voitures que les constructeurs mettaient à ma disposition. Je n’étais pas une très bonne plume, mais je savais analyser des qualités et des défauts, parmi lesquels la consommation et les performances. C’était l’essentiel.

Vous rouliez vite et vous preniez parfois des risques. Cela vous a valu quelques accidents.

En huit ans, j’en ai eu sept. Cela peut sembler énorme, mais certains de mes confrères en ont eu beaucoup plus que moi !

Votre passion de l’automobile remonte à vos très jeunes années.

Mon père avait une Mini Cooper à échappement libre. On m’a dit que je m’agitais dans mon couffin quand j’entendais le bruit !

Vous devez aux voitures vos meilleurs souvenirs d’enfance.

Je passais l’été chez une tante qui possédait un appartement à Cannes. Sur la plage, je ne regardais pas la mer, mais les limousines qui défilaient sur la Croisette.

Il y avait aussi les dimanches à la campagne.

J’avais 12 ans, et à la fin du déjeuner, je demandais à aller jouer dans la voiture. Mes parents, consternés, me disaient : « Il fait beau, va gambader dans la forêt ! » Rien n’y faisait ! Je me précipitais dans l’automobile de mon père ou de mon oncle, et je passais l’après-midi à tourner le volant, à jouer avec les clignotants et les essuie-glaces. Je m’inventais des histoires, j’étais l’enfant le plus heureux du monde !

Ce n’était pas le cas, en revanche, à l’école.

J’ai été un bon élève jusqu’en classe de quatrième. Ça s’est moins bien passé ensuite. Le lycée est devenu une telle souffrance que trois mois avant le baccalauréat, j’ai annoncé à mes parents que je ne passerais pas l’examen.

Le choc a dû être terrible pour eux !

Pas tant que ça… J’ai expliqué que ce diplôme me semblait inutile, car j’avais décidé de ne pas faire d’études supérieures et de me lancer directement dans le monde du travail. Je voulais devenir journaliste. Philippe Bouvard était mon modèle : il avait été un cancre, puis renvoyé de l’école de journalisme, avant d’entamer le parcours que l’on connaît. Ils ont compris et m’ont laissé tenter ma chance.

Vous avez alors commencé à frapper aux portes des journaux.

J’ai écrit à deux directeurs de rédaction, qui m’ont reçu. Je n’avais pas 17 ans. Le premier m’a trouvé trop jeune. Le second, qui a senti ma passion, m’a dit : « Ramène-moi un papier. S’il est bon, je le publierai ! » C’est ainsi que je suis devenu le benjamin des pigistes de la presse.

Dix ans plus tard, vous découvrez le monde de la télévision.

Là encore, je le dois à Philippe Bouvard. Je l’interviewe à l’occasion de la parution d’un livre où il évoque sa passion des voitures. Je lui parle de mon hésitation sur la proposition que vient de me faire une chaîne. Il me donne l’argument incontestable pour accepter ce tournant : je vais passer de 100.000 lecteurs à 3 millions de téléspectateurs.

C’est ainsi que vous êtes devenu l’un des reporters de « Turbo », l’émission sur le monde de l’automobile.

J’ai proposé des sujets de reportages à Dominique Chapatte, le présentateur, et j’ai appris sur le terrain la technique du tournage et du montage.

Vous avez découvert la télévision de l’autre côté de l’écran en entrant, deux ans plus tard, dans l’équipe de direction des divertissements à France 2. C’est ainsi que vous avez repéré une future star du petit écran.

J’avais en charge « Union libre », un magazine présenté par Christine Bravo. Nikos Alagias, qui était alors journaliste, a été engagé pour signer une fois par mois une chronique sur la Grèce. Son talent était évident, et son rendez-vous est devenu hebdomadaire. Les dirigeants de TF1 n’ont pas tardé à le débaucher, et ils ont eu bien raison.

Vous êtes ensuite devenu un « couteau suisse » en animant toutes sortes d’émissions sur plusieurs chaînes, y compris sur la TNT naissante.

Mon éclectisme et ma curiosité naturelle m’ont permis de présenter des programmes parfois contestés, à commencer par « Bachelor, le gentleman célibataire » sur M6, à partir de 2003. C’était une première, le concept m’amusait, et je n’imaginais pas qu’il me vaudrait des tombereaux d’insultes dans certains journaux, et des plaintes, y compris à l’Assemblée Nationale. Cela ne nous a pas empêchés d’être suivis par six millions de téléspectateurs !

Vous avez eu moins de problèmes avec « Pékin Express », qui entame sa 22e saison.

Quand on m’a proposé cette émission, j’ai d’abord refusé. Je ne pensais pas être capable de parvenir à respecter les codes très précis de ce jeu. J’ai changé d’avis en pensant aux voyages exceptionnels qui m’attendaient. Je n’imaginais pas que l’aventure se poursuivrait aujourd’hui.

« Top chef » est arrivée quelques années après.

C’est l’une des rares émissions dont j’ai réclamé l’animation. J’avais participé à « Un dîner presque parfait ». Le succès m’avait convaincu que la cuisine avait sa place à la télévision en prime time. Nous avons découvert, sur une petite chaîne américaine, un concept où les candidats étaient jugés par des professionnels. Les règles étaient complexes, et nous les avons simplifiées.

Là encore, le succès n’était pas garanti au départ.

L’audience de la première saison a été décevante. J’étais accompagné par Sandrine Corman, venue de sa Belgique natale. Elle a fait ensuite une belle carrière en France. La troisième saison a inversé la tendance. La campagne présidentielle était très présente sur les antennes, et le public est venu vers nous parce qu’il avait envie d’autre chose.

Pour la saison 17, dont la diffusion vient de débuter, vous annoncez avoir « cassé les codes ».

J’ai ajouté qu’il fallait oublier les règles des 16 saisons précédentes. La mode est aujourd’hui aux petits restaurants que les grands chefs ouvrent à la montagne ou au bord de la mer. Nous avons décidé de suivre cette tendance en quittant notre cuisine pour réaliser chaque émission dans un lieu différent. Depuis 20 ans, la télévision a beaucoup changé. À nous de suivre le mouvement !

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