Accueil Culture

Ryan Gosling : « Je joue le genre de professeur que j’aurais voulu avoir »

La star hollywoodienne porte le « Projet Dernière Chance », dans lequel il incarne un prof de sciences qui doit sauver la Terre.
Par Déborah Laurent, correspondante à Los Angeles
Temps de lecture: 5 min

Ce jour-là, au Four Seasons de Beverly Hills, dont les couloirs sont pourtant régulièrement foulés par ce que Hollywood fait de mieux, il régnait une excitation particulière. Ryan Gosling était annoncé pour défendre « Project Hail Mary » (« Projet Dernière Chance », en français), un film basé sur le roman du même nom d’Andy Weir et dont il est le héros et le producteur. Le constat est sans appel : il y a peu de stars qui font encore cet effet-là. Nous avons été victime consentante de son numéro de charme. Rencontre.

Cancre à l’école, prof à l’écran !

« Je joue le genre de professeur que j’aurais voulu avoir », commence Ryan. S’il n’a pas été un élève brillant, une prof a malgré tout marqué sa scolarité. « Elle avait fixé un objectif de lecture : si on était celui qui lisait le plus de livres, on pouvait monter dans sa Jeep. Celui qui en lisait le deuxième plus grand nombre gagnait un CD des New Kids on the Block. Je n’ai pas eu le tour en Jeep, mais j’ai eu le CD, que je voulais vraiment. »

À la fin de l’année, pour la remercier, Ryan, inspiré par « Le Cercle des poètes disparus », est monté sur son bureau et lui a lancé : « Ô capitaine, mon capitaine. » Il ajoute : « Une référence qu’aucun élève n’a comprise, et je ne suis pas sûr qu’elle l’ait comprise non plus, mais ce prof a vraiment marqué ma vie. »

Entre « Interstellar » et « E.T. »

Dans « Projet Dernière Chance », l’acteur de 45 ans incarne donc Ryland Grace, un scientifique génial devenu prof de sciences à l’école primaire parce que ses théories en biologie moléculaire n’ont pas été comprises à leur juste valeur. Sa vie change brutalement lorsqu’on vient le chercher pour lui annoncer qu’il est le seul à pouvoir sauver la Terre et que pour mener à bien cette mission, il va devoir aller dans l’espace. Ryan Gosling est ravi de transformer un enseignant en héros, « parce qu’ils le sont vraiment ». « Un rôle de composition », nuance-t-il avec le sourire, puisqu’il n’a pas terminé le lycée. « J’avais du mal à l’école », admet-il.

Ce long-métrage familial, drôle et touchant, avec un grand spectacle visuel et un joli message universel optimiste, est exactement ce dont on a besoin pour croire en des lendemains plus heureux. Devant une poignée de journalistes tout acquis à sa cause mais très concentrés à faire semblant du contraire, Ryan Gosling confie d’ailleurs avoir accepté le projet parce qu’il permet de « regarder l’avenir non pas comme quelque chose à craindre, mais comme quelque chose à surmonter ». « Nous avons tous des films dont on se souvient exactement où on était quand on les a vus et ce qu’ils représentaient. Celui-là a tout le potentiel pour être l’un d’eux. »

Objectif Lune

Le papa d’Esmeralda Amada, née en 2014, et Amada Lee, née en 2016, qu’il a eues avec Eva Mendes, précise en rigolant que si son personnage porte des lunettes, c’est parce que l’une de ses deux filles lui a dit que ça lui donnait « l’air plus intelligent ». « J’ai pris note », s’amuse-t-il, avec ce second degré malicieux nimbé de son sourire assassin.

Ce n’est pas la première fois que Ryan Gosling incarne un astronaute au cinéma. Il était déjà la star de « First Man » de Damien Chazelle, inspiré de la vie de Neil Armstrong et sorti en 2018. Mais le tournage de « Projet Dernière Chance » a été très différent. Il s’en souvient comme d’une expérience extrêmement solitaire. Seul dans son vaisseau spatial la majorité du film, Grace n’interagit qu’avec Rocky, un gentil extraterrestre qui ressemble à une araignée faite de roches et sans visage.

Seul dans l’espace

Pas d’intelligence artificielle ici, mais de l’artisanat : Rocky est une marionnette animée par James Ortiz. « Est-ce que ça aurait été plus facile de tout faire en effets visuels ? Sûrement, note Ryan Gosling. Mais la relation dans le film est difficile entre ces personnages. Tout est difficile. Être dans la même pièce est difficile. Communiquer est difficile. C’est la magie du film : on vivait en quelque sorte ce que vivent les personnages, on cherchait un moyen de se connecter, de communiquer, de faire fonctionner les choses. »

Je n’avais jamais passé autant de jours à travailler seul sur un film.

Lors de notre rencontre en tête-à-tête, un peu plus tard dans la journée, Ryan Gosling nous confiait avoir passé beaucoup de temps « suspendu par un harnais », coiffé d’un casque et doté d’une oreillette qui lui permettait d’échanger avec James Ortiz. Celui-ci, à fond dans son rôle, lui répondait en se mettant dans la peau de Rocky. Mais malgré tout, Ryan se sentait « très seul ». « Je n’avais jamais passé autant de jours à travailler seul sur un film, nous confie-t-il, pensif. Mais c’est ce que vivait le personnage. Cet isolement a fait ressortir beaucoup de choses, des choses qui, je pense, étaient utiles et importantes pour l’histoire. Parce qu’il est tellement seul et isolé que lorsqu’il rencontre enfin cet extraterrestre, on ressent vraiment qu’il avait besoin de cet ami, et j’en avais besoin aussi. »

« J’ai besoin d’un ami »

Et puis, la solitude et l’ennui, ça pousse à la créativité… Un jour, « complètement perdu », avec l’impression « d’avoir gratté le fond du baril » de sa créativité, Ryan a balancé aux réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller : « J’ai besoin d’un ami, d’un partenaire de jeu. Je ne peux pas faire ça une seule journée de plus. » Ils lui ont bricolé « une personne-balai » qu’ils ont surnommée Moppy. « Elle portait des lunettes, une robe et tout le reste, se marre Ryan. J’ai passé la journée à parler et à danser, et j’ai même pleuré avec Moppy. Et on a gardé ça dans le film. »

« Projet Dernière Chance » n’est pas parfait. Le film est un peu trop long et parfois poussif au niveau des émotions – on a l’impression qu’on nous oblige à pleurer –, mais il fait du bien. « Ce n’est pas une vision dystopique et sombre, même si le sujet est très sérieux, conclut Ryan Gosling. C’est un film qui nous rappelle ce dont nous, êtres humains, sommes capables. Il nous rappelle que nous rendons l’impossible possible constamment, que c’est un peu notre marque de fabrique, et que nous sommes capables de bien plus que nous ne le pensons. »

« Projet Dernière Chance », actuellement dans les salles.

L'actu en vidéo

 

Aussi en Cinéma

Voir plus d'articles

À la Une